Au christianisme, je reproche son universalisme…

L’opposition entre chrétiens et païens ne se réduit évidemment pas au nombre des dieux. Le paganisme est d’abord une religion de la cité (les Grecs rendaient un culte à des dieux grecs). C’est ensuite une religion du kosmos et de la vie, où l’éthique et l’esthétique n’entrent jamais en opposition. Le paganisme, c’est l’éthique de l’honneur, pas la morale du péché. C’est la condamnation de la démesure (hybris), le sens des limites, le refus du primat de tout ce qui n’est que matériel. Historiquement, le christianisme est un phénomène hybride, qui a dû composer dans les formes avec le paganisme sans pour autant cesser de le combattre sur le fond. Je n’aime pas ceux qui ne croient à rien. Je crois que pour donner le meilleur de lui-même, pour parvenir à son telos, l’homme doit s’appuyer sur quelque chose qui le dépasse. Mais je ne crois à aucun arrière-monde, à aucun au-delà du monde. Je ne crois pas à la distinction théologique de l’être créé et de l’être incréé. C’est pourquoi je me sens plus chez moi en me plongeant dans les récits homériques ou dans la Chanson des Nibelungen, en pratiquant Héraclite, Aristote, Sénèque ou Marc-Aurèle, qu’en lisant saint Paul ou saint Augustin. J’étudie les origines chrétiennes depuis plus de quarante ans. Je n’y vois rien de crédible ni d’attirant. Au christianisme, je reproche son universalisme (le « peuple de Dieu » ne se confond avec aucun peuple), qui l’empêche, quand il est laissé à lui-même, d’assumer une dimension identitaire. Je lui reproche d’avoir introduit l’individuo-universalisme dans l’espace mental européen, d’avoir vidé le monde de toute sacralité intrinsèque, d’avoir propagé une conception vectorielle, linéaire de l’histoire dont sont sortis tous les historicismes modernes, d’avoir disséminé ces « vérités chrétiennes devenues folles » (Chesterton) qui, une fois sécularisées, ont formé le socle du monde désenchanté, vidé de sens, où nous vivons aujourd’hui.

Alain de Benoist

Quelle voie, Homme européen… ?

Automne : la mort annuelle de la nature et le réveil des forces intérieures

L’automne arrive et la nature se teinte de jaune et de couleurs sombres. La période des fruits secs et, pour de nombreux animaux, de l’hibernation commence. La période des semailles en agriculture commence, une période où l’on se referme sur soi pour se mettre en ordre, se rectifier et pouvoir se préparer à une nouvelle année et, disons-le, à une véritable renaissance.

Cette mort extérieure, conséquence du raccourcissement des jours dû à la position particulière du Soleil par rapport à la Terre, n’est en réalité qu’apparente.

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The Green Man

La tête de feuilles, également appelée l’Homme Vert (The Green Man) est une figure courante en architecture médiévale, particulièrement dans l’Ouest européen. Bien que les débuts de son culte soient incomplètement connus en raison de sa très grande ancienneté, il témoigne néanmoins de l’étendue de son personnage dont on se souvient encore de nos jours. Les Anglais qui connaissent leur folklore et ne s’y trompent pas le font apparaître dans le carnaval des fous à la fin du Robin des Bois réalisé par John Irvin pour la BBC en 1991, et dans Le Jeu de la Reine (2023) à la cour du roi Henri VIII.

Ses premières représentations remontent bien avant l’apparition du christianisme. Cependant, c’est avec l’avènement de l’empire romain qu’elles ont commencé à fleurir. Ceci à la fois au sein de l’empire comme à ses frontières puis, on retrouve l’Homme Vert dans des versions similaires dans d’autres cultures telles que l’Inde. Malgré la diversité des emplacements des artefacts retrouvés de l’Homme Vert, il est le plus souvent associé à la culture celte, essentiellement en France et en Angleterre, en raison du grand nombre d’images trouvées dans ces régions et la manière stylisée dont il a été dépeint. 

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Un regard qui monte des racines

Le paganisme – tout au moins le paganisme tel que, d’abord, je le ressens et tel que, ensuite, je le comprends (après l’avoir réellement intériorisé au contact de Saint Loup) – m’apparaît comme beaucoup plus qu’un regard qui embrasse le monde, ce regard fut-il d’explication, de réconciliation ou d’harmonisation. Aux moments de recueil, d’études mais aussi d’interrogation sur l’avenir : devenir de nos peuples menacés sur leur sol et dans leur sang, il m’emplit chaque fois de nouvelles espérances et de nouvelles certitudes et je l’éprouve alors dans l’apaisement infini du regard souverain qui restitue dans sa pensée et ré-installe dans son harmonie originelle tout ce que vingt-et-un siècles de dérive obscurantiste, de rupture dualiste et d’éradication égalitariste ont extirpé des matrices naturelles, amputé, mutilé, jusqu’à criminaliser aujourd’hui les peuples qui ont encore conscience de leur identité ou à diaboliser les cultures qui veulent vivre leur originalité ; regard qui monte des racines, qui relie le droit du sol à la loi du sang, regard identitaire qui nous réapprend que la dignité de l’homme n’est concevable que dans le respect imprescriptible de ses différences et, à cause de cela même, regard du sang qui se métamorphose en esprit, dit Nietzsche, regard de l’esprit et du sang, dit Knut Hamsun, enclin alors à deviner et à saisir, plus loin que soi, la « fibre nerveuse qui unit l’homme à l’univers et aux éléments » car une race regarde le monde avec les yeux de ses mythes, écoute ses dieux avec les oreilles de ses archétypes, parle aux arbres, aux bêtes et aux hommes dans la langue ancestrale de sa culture. Mais je ressens aussi le paganisme comme le regard que la nature se porte à elle-même quand ses dieux, dont les actes miment et répètent les archétypes de l’harmonie primordiale, dévoilent à la conscience des hommes les lois qui fondent l’ordre du monde. Autant dire que le paganisme m’apparaît comme un élément constitutif du monde et de la vie.

Pierre Krebs

Hel, déesse des morts

Telle est cette déesse dans la mythologie nordique. Elle est la fille de Loki et de la géante Angrboda, et la sœur de Fenrir et de Jörmungand. Le nom Hel (Helja) signifie accueillir, cacher. Dans les croyances nordiques ancestrales préchrétiennes, Hel est l’une des hypostases de Freyja la Grande Déesse Mère laquelle a aussi un rôle auprès des morts puisqu’elle accueille la moitié des Einherjar, ceux tombés en combattant arme à la main pour protéger leurs villages, leurs familles, leurs clans, leurs biens, Odin accueillant l’autre moitié, ceux tombés sur le champ de bataille.

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31 Juillet, Nuit des Mazzeri

Pendant longtemps, dans toute la Corse, la nuit du 31 juillet au 1er août était redoutée car elle était la nuit des mandrache pendant laquelle s’affrontaient les mazzeri.

Les textes ci-dessous donnent une explication sur le sens de cette date. Les trois premières parties sont tirées du très utile « Almanach de la mémoire et des coutumes de la Corse » écrit par Claire TIÉVANT et Lucie DESIDERI (Albin Michel, 1986). La quatrième partie, consacrée à cette nuit dans notre canton, est inspirée de « Le mazzérisme : un chamanisme corse » de Roccu MULTEDO (Editions L’Originel, 1994).

Précision préalable : Les mazzeri sont des humains ayant une vie sociale et personnelle mais qui sont considérés par le village comme des êtres surnaturels liant l’au-delà au monde des vivants. Dans la vie courante, les mazzeri sont des êtres pacifiques. On les reconnait à leur regard : ils ne vous regardent pas, mais regardent à travers vous.​ Ils sont capables de dire quels seront les prochains morts de la communauté.

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La Torche

*

La torche passe de main en main.
Quand la mort l’a ravie à l’un,
Le plus proche la reprend.
Le relais aux flambeaux continue.

Le temps s’écoule rapidement,
Et nul ne demande combien de temps
Chacun portera la torche.
Ce qu’il faut simplement, c’est qu’elle brûle,

Pure et étincelante.
Et qu’un cœur brûle avec elle.
Nous la porterons donc aussi, toi et moi,
Cette torche, vers des buts lointains,

Pour une partie du chemin.
Puisse-t-elle clairement resplendir !
Dans l’obscurité, devant nous,
Déjà attendent les autres !

Nous ne trompons pas Dieu en nous

Le chrétien est un éternel sceptique. Est-ce qu’un homme qui se montre déloyal envers lui-même peut être loyal aux autres ? Peut-il être grand s’il est rongé par le désir de retourner à la poussière ? Quelqu’un peut-il être fort s’il aime la faiblesse ? Quelqu’un peut-il être fier, s’il avance avec humilité ? Est-ce qu’un homme qui se considère comme né dans le péché peut être pur ? Est-ce que quelqu’un qui méprise le monde peut être heureux dans ce monde ? Et quiconque méprise la Création divine peut-il porter le Créateur dans son âme ?

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Ce que nous apprend le paganisme

Le sacré, le divin, la spiritualité sont des exigences de la nature humaine. Tout le monde connait cette célèbre formule selon laquelle « l’homme est un animal religieux ». N’oublions pas que religion vient d’un mot latin qui signifie relier. Il s’agit bien de relier toutes les parties du monde, relier ce qui appartient à la sphère de l’humain et ce qui appartient à la sphère d’un univers beaucoup plus vaste au sein de laquelle l’humain n’est qu’une partie. C’est ce que signifie le symbole de la croix (la croix dite grecque aux quatre branches égales et non la croix dite latine). Ce symbole, beaucoup plus ancien que le christianisme, comme l’atteste l’archéologie, est une façon de dire que l’homme est à la croisée d’un axe horizontal, qui représente le lien entre les choses de la terre, et un axe vertical, qui représente le lien avec le reste de l’univers, « ce qui est en dessus et ce qui en dessous ». Ainsi le paganisme nous apprend, entre autres choses, à être tout à la fois solidaire de l’ensemble de l’univers et humble vis-à-vis de cet univers. Nous sommes de petites étincelles, de petites poussières brillantes au sein de l’infini. Le paganisme c’est à la fois la prise en compte de cette humilité devant la diversité de la vie, devant la diversité du monde, mais aussi la grande fierté d’appartenir à ce monde vivant. – Pierre Vial.