
Les grandes civilisations abordent le monde non pas avec crainte ni par une capitulation naïve, mais avec une confiance fondée sur la réalité qu’elles bâtissent. De telles civilisations ne se replient pas sur elles-mêmes jusqu’à s’y éteindre ; elles possèdent quelque chose qui échappe à notre époque et à nos schémas de pensée : un centre vivant, un noyau fécond qui se projette avec assurance vers l’avenir. C’est ce qu’elles protègent à tout prix, sans pour autant s’y barricader. Les Grecs offrent l’un des exemples les plus manifestes de ce phénomène, tant dans son expansion que dans son repli. Les débats contemporains sur l’identité et la civilisation oscillent souvent — jusqu’à l’extrême — entre deux pôles. D’un côté, le fantasme d’une ouverture totale : l’idée que toutes les cultures sont interchangeables, que la continuité n’a pas d’importance et que l’enracinement est suspect d’extrémisme. De l’autre, une rigidité défensive : la conviction que les cultures ne survivent qu’en se fermant à tout contact extérieur. Les Grecs suggèrent une troisième possibilité.
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