Le problème ne date pas d’hier. Il est même antérieur aux Croisades. Car il procède, pour l’essentiel, du fait que trois monothéismes s’affrontent à l’échelle mondiale. Trois monothéismes sur une seule planète, trois rêves pour un seul lit : c’est trop. Il est clair que la meilleure solution serait de partager. Comme à Yalta, en 1945. Ou comme à Tordesillas, en 1494. Vous, allez par ici ; nous, nous irons par là. A vous l’Est ; à nous l’Ouest. Il y a assez de pâturages, de part et d’autre, pour nos troupeaux. Assez de mers pour nos vaisseaux. Seulement voilà : les hommes, comme les enfants, ne sont guère partageurs. Ils s’imaginent toujours qu’ils pourraient tout avoir à la fois. Et le conflit est d’autant plus violent que les concurrents se fréquentent depuis longtemps, qu’ils se ressemblent, que des liens familiaux les unissent les uns les autres. Car alors chacun se dit : celui-ci est mon frère, je lis dans ses pensées, il ne vaut pas mieux que moi. Je ne vais donc pas m’abaisser devant lui. Telle est la situation actuelle. Les trois monothéismes en guerre sont de la même famille. Ce sont les trois religions du « Livre ». De là, ce qu’elles ont en commun est beaucoup plus massif que ce qui les sépare. Et c’est pour cette raison que chacune d’elles, si elle veut s’individualiser, doit mettre l’accent sur ce qui l’oppose aux deux autres.
Racontons donc une nouvelle fois la vieille saga que tout croyant, ou ex-croyant de ces monothéismes, connaît par cœur. La saga qui, en ce début de XXIe siècle, continue d’occuper le devant de la scène de l’histoire.
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