La tête de feuilles, également appelée l’Homme Vert (The Green Man) est une figure courante en architecture médiévale, particulièrement dans l’Ouest européen. Bien que les débuts de son culte soient incomplètement connus en raison de sa très grande ancienneté, il témoigne néanmoins de l’étendue de son personnage dont on se souvient encore de nos jours. Les Anglais qui connaissent leur folklore et ne s’y trompent pas le font apparaître dans le carnaval des fous à la fin du Robin des Bois réalisé par John Irvin pour la BBC en 1991, et dans Le Jeu de la Reine (2023) à la cour du roi Henri VIII.
Ses premières représentations remontent bien avant l’apparition du christianisme. Cependant, c’est avec l’avènement de l’empire romain qu’elles ont commencé à fleurir. Ceci à la fois au sein de l’empire comme à ses frontières puis, on retrouve l’Homme Vert dans des versions similaires dans d’autres cultures telles que l’Inde. Malgré la diversité des emplacements des artefacts retrouvés de l’Homme Vert, il est le plus souvent associé à la culture celte, essentiellement en France et en Angleterre, en raison du grand nombre d’images trouvées dans ces régions et la manière stylisée dont il a été dépeint.
Incarnation vivante de la Nature qui observe, qui se cache, qui se défend, l’Homme Vert est aussi la représentation parfaite du renouveau de la nature au printemps et de la fertilité. Allégorie vivante d’un être sans âge, qui ne connaît ni bien ni mal, qui survit en toute circonstances, qui se cache tout en observant et à qui rien n’échappe. Il est la Nature à l’état brut en ce qu’elle a de fécond et de sombre, de puissance et d’obscurité. Il peut apparaître à tout moment pour danser au cœur de la forêt avec la future reine de Mai comme rester immobile symbole vivant du temps qui s’arrête. Il est notre côté sauvage, sans concessions, rebelle, celui qui n’accepte ni faiblesse ni mollesse, ces « travers » pourtant si répandus dans le temps présent.

Ici le Green Man du Robin des Bois par John Irvin
Cette figure est gravée dans certains ouvrages de maçonnerie datant de l’époque médiévale un peu partout en Europe. Comme la plupart des iconographies médiévales, elle a été empruntée à un fonds païen. L’Homme vert est décrit et représenté comme une « tête feuillue », c’est-à-dire faite de branches, de feuilles, de fleurs, au milieu desquelles on peut distinguer un visage humain masculin allant d’un âge moyen à celui d’un homme âgé, Des découvertes archéologiques d’artefacts ont été faites, représentant l’Homme Vert avec des branches et des feuilles de vigne sortant des orifices faciaux, ou encore avec les traits faciaux soigneusement modelés avec des sarments de vigne innervés dans la peau. Ce visage est aussi parfois mi-humain et mi-animal. Dans ce dernier cas, la face de la créature est parfois surmontée de cornes à peine visible qui se fondent dans la végétation. Nous retrouvons cette figure à travers le Derg Corra, l’homme dans l’arbre, de certains mythes celtes qui est une variante de Cernunnos, le Dieu-Cerf. Certaines coutumes celtes font référence à l’Homme vert, notamment durant la nuit du Walpurgis (30 avril – 1er mai). Les jeunes gens allaient au bois couper une branche d’aubépine pour la planter devant la porte de leur promise en signe de fécondité. Le Walpurgis est plus connu sous le nom de Beltaine, une des fêtes majeures de la tradition païenne qui célèbre l’union symbolique de la Déesse Mère et du Dieu-Cerf, le dieu Bel des Celtes, devenu Belenos ou Cernunnos le Cornu. Le Cornu est le dieu de la virilité et des richesses, il est le Seigneur des créatures vivantes, il est également le Gardien des portes de l’Autre monde (Annwn).

Les bois du cervidé tombent et repoussent cycliquement durant l’année, ses bois repoussent à la saison printanière et c’est la raison pour laquelle les Celtes ont associé les bois du cervidé à l’énergie vitale de la Nature véhiculée à travers l’archétype de l’Homme vert. Dans de nombreuses iconographies, de la bouche du Green Man jaillit la végétation ce qui était assimilé chez les Celtes à la puissance du Verbe créateur. Son énergie ramène à la vie de la Nature qui était alors comme endormie, c’est un dieu chthonien qui s’éveille en même temps que la Nature renait au printemps. L’Homme Vert symbolise donc la croissance et la renaissance, l’éternel cycle saisonnier. Cette association découle de la notion pré-chrétienne voulant que l’homme soit né de la nature, comme en témoignent divers récits mythologiques sur la façon dont le monde a commencé, et l’idée que l’homme est directement lié au destin de la Nature. C’est le changement naturel des saisons qui présente le passage du temps de l’homme sur Terre, en décrivant l’Homme Vert de manière à illustrer fortement la relation de l’homme avec la nature, soulignant l’idée pour les fidèles qu’il est impossible de survivre sans elle. Cette union avec la nature et cette confiance mutuelle se manifestent historiquement et archéologiquement à travers l’homme, la culture et le développement du monde naturel et les fruits ainsi produits.
En plus de la renaissance et de la confiance, il existe une affiliation plus puissante encore que les images de l’Homme Vert indiquent sans aucun doute. Avec le 4ème cycle de l’année vient la fin de l’année ; avec le 4ème cycle de la vie vient le dernier, la fin de la vie qui n’est que la fin d’une chose mais non la fin en soi, et le début d’une autre ; et avec l’utilisation excessive de la Nature vient la fin ultime de la Nature, comme c’est le cas actuellement. L’autre affiliation importante et puissante de l’Homme Vert est donc celle de la Mort. De nombreuses représentations de l’Homme Vert ont été découvertes sur des tombes. Son visage est un crâne et non un homme pleinement épanoui, mais une fois de plus il se compose de verdure. Bien qu’il n’y ait pas de visage physique, les archéologues ont exprimé la conviction qu’il s’agissait là d’un autre masque de l’Homme vert, lié aux cycles logiques de l’Homme.
Le symbole de l’Homme Vert pourrait donc être résumé en trois mots : renaissance, confiance et mort. Les archives archéologiques associent l’Homme Vert à ces trois notions, en raison des trois moments les plus importants qu’ils représentent, qu’il s’agisse de la vie et de la mort de la Nature, de l’homme ou des deux. Il faut comprendre que la plupart des connaissances sur l’Homme Vert sont des spéculations, car les archives mythologiques ne sont pas utilisées à titre de preuves solides, mais plutôt comme des exemples du système de croyance des cultures préexistantes ; néanmoins, ces spéculations sont très probables.

