Cette France championne de l’ordure mentale

Simone de Beauvoir est l’une des impostures morales les mieux protégées du XXe siècle. Et il est temps de la nommer pour ce qu’elle est.

Fait n°1. En 1943, Simone de Beauvoir est radiée de l’Éducation nationale pour « incitation de mineure à la débauche ». Sa victime s’appelle Nathalie Sorokine. C’est son élève au lycée Molière. Beauvoir a entretenu une relation sexuelle avec elle, puis l’a « passée » à Jean-Paul Sartre, son compagnon. Ce n’est pas une rumeur. C’est documenté. Les lettres existent. La sanction administrative existe. La « grande philosophe » de l’émancipation féminine a, dans la vie réelle, prédaté ses propres élèves mineures et les a livrées à un homme de presque quarante ans pour entretenir son couple « libre ».

Fait n°2. Le fameux « pacte » avec Sartre, qu’on nous présente comme un modèle d’avant-garde amoureuse, est en réalité un dispositif d’exploitation organisée. Pendant des décennies, Beauvoir a repéré, séduit, rabattu de très jeunes femmes vers Sartre. Bianca Bienenfeld (dix-sept ans), Olga Kosakiewicz, Wanda, Nathalie. Bianca, devenue Lamblin, racontera elle-même dans Mémoires d’une jeune fille dérangée (le titre est un coup de poignard volontaire contre celui de Beauvoir) le système de domination affective et sexuelle qu’elle a subi adolescente. La philosophe de la liberté féminine a passé sa vie d’adulte à instrumentaliser des filles à peine sorties de l’enfance pour satisfaire le désir d’un homme et préserver sa place auprès de lui.

Fait n°3. En 1977, Simone de Beauvoir signe, avec Sartre, Foucault, Derrida, Barthes, Aragon, Sollers, Glucksmann, la pétition publiée dans les quotidiens Le Monde et Libération demandant la libération de trois hommes accusés d’ « attentats à la pudeur sans violence » sur des mineurs de moins de quinze ans. Elle signe également la lettre ouverte au Parlement demandant la suppression pure et simple du seuil de consentement sexuel pour les mineurs : la grande figure du féminisme a, par signature publique, défendu des hommes ayant eu des rapports sexuels avec des enfants, et milité pour leur impunité légale. Une « féministe ».

Fait n°4. Beauvoir a soutenu Staline. Elle a soutenu Mao (elle a co-écrit La Longue Marche, hymne adoré à la Chine populaire, pendant que des millions de paysans mouraient de faim). Elle a soutenu Fidel Castro. Elle a minimisé le Goulag tant qu’elle l’a pu. Elle a méprisé Soljenitsyne. Sur la plupart des grand carrefour moraux du XXe siècle elle a choisi le camp des bourreaux contre celui des victimes. Elle a fait ça pendant cinquante ans, avec l’aplomb de la conscience pure.

Fait n°5. En 1975, dans un entretien avec Betty Friedan, papesse militante juive américaine du féminisme de gauche, Beauvoir déclare textuellement : « Aucune femme ne devrait être autorisée à rester à la maison pour élever ses enfants. La société devrait être totalement différente. Les femmes ne devraient pas avoir ce choix, précisément parce que si un tel choix existe, trop de femmes le feront. » La grande prêtresse française du choix féminin pense qu’il faut interdire aux femmes le choix de la maternité, parce qu’elles risqueraient (horreur) de le préférer. La liberté de la femme, chez Beauvoir, s’arrête à la porte des décisions qu’elle ne valide pas.

Voilà pour les faits. Maintenant la question : comment se fait-il qu’avec ce dossier, Simone de Beauvoir soit encore sur la couverture des manuels scolaires de nos enfants ? Comment se fait-il qu’on baptise des écoles, des bibliothèques, des amphithéâtres, des stations de métro avec son nom ? La réponse est simple. La formule de l’élite culturelle progressiste depuis des décennies tient en une phrase : nous sommes les libérateurs. Libérateurs des femmes, des minorités, des sexualités, des peuples du Sud, des opprimés en général. Or Beauvoir est la sainte fondatrice de cette formule. La déboulonner, c’est mettre en cause la formule elle-même. C’est obliger la classe dirigeante à se regarder dans le miroir et à se demander si, par hasard, elle ne se serait pas trompée d’icônes pendant soixante ans. C’est insoutenable pour la classe dirigeante française confite dans le marxisme culturel. Donc elle protège l’icône, quel qu’en soit le prix factuel. Leur survie psychique dépend du maintien de la fiction.