Toutes les provocations sont dites « intolérables » et l’on aimerait savoir celles qui ne le sont pas. La provocation vient en général de la victime, à qui l’on peut tout reprocher, à commencer par le fait qu’elle existe et qu’elle s’est trouvée là où elle n’aurait pas dû être. Un commerçant qui se plaint d’avoir eu ses vitrines brisées lors d’une manifestation n’avait qu’à pas ouvrir un magasin sur une artère aussi fréquentée, suseptible d’être empruntée par des manifestants. Encore doit-il s’estimer heureux qu’on ne lui réclame pas le prix du temps passé au pillage de son magasin par cette main d’oeuvre improvisée. Pendant la Révolution française, des comités de districts et des sections de quartier ont ainsi présenté à d’infortunés propriétaires dont les maisons avaient été mises à sac la note à payer pour le salaire des patriotes ayant procédé à l’exécution de cette mesure de justice sociale.
— Ghislain de Diesbach, Petit Dictionnaires des idées mal reçues.
