Le système juridique des peuples germaniques païens était bien plus proche de ce que nous appellerions aujourd’hui un système de « justice rétributive ». Alors que dans la procédure pénale moderne actuelle, la victime n’est plus qu’un simple témoin, la personne lésée avait alors une réelle influence sur l’issue de l’affaire.
Il y avait trois piliers du système juridique germanique :
La vendetta comme devoir juridique : La vengeance par le sang n’était pas un accès de colère incontrôlée, mais un devoir rituel. Quiconque manquait à son devoir de venger le meurtre d’un parent perdait son honneur aux yeux de la communauté (nið). La vendetta servait à rétablir l’équilibre entre les clans.
La réparation personnelle : Un acte n’était considéré comme juridiquement et spirituellement expié que lorsque la victime (ou son clan le plus proche) faisait face à l’auteur de l’acte. L’honneur bafoué ne pouvait pas être restauré par un bourreau extérieur à l’affaire — il fallait agir soi-même afin de prouver sa propre force et sa capacité à se défendre.
La soupape de sécurité (le wergeld) : À côté de toutes ce système existait toutefois une alternative : le wergeld (le prix de l’homme). L’auteur pouvait échapper à la vengeance en se racheter de la vengeance du sang. Mais la coutume demeurait stricte : la victime ou son clan devait accepter volontairement cette compensation financière. Si elle était refusée, c’était de nouveau l’épée qui prévalait afin d’obtenir une réparation jugée suffisante.
Ce n’est qu’avec la christianisation que la réparation privée fut progressivement interdite. Un passage de la réparation personnelle du préjudice à un système juridique abstrait et détaché, fondé sur de nouvelles lois.
