Camarade Staline

Dans une tentative désespérée de défendre leur idéologie, les partisans du communisme vous diront qu’il a été dévoyé, que ce qui a été appliqué dans les pays communistes n’était pas le communisme authentique, que Staline en fut un avatar monstrueux qu’il est malhonnête de l’utiliser pour en discréditer l’idéal. L’ennui, pour cette affirmation, c’est que le communisme réel n’est fait que de ces « avatars » producteurs, si l’on peut dire, de la plus impressionnante liste de génocides et massacres que l’humanité ait connue sous une seule enseigne idéologique et en une période d’un siècle. Les « avatars » ont pour noms Lénine, Trotski, Staline, Mao Tse Toung, Ho Chi Minh, Bela Kun, Janos Kadar, Ceaucescu, Mengistu, Enver Hodja, Pol Pot, Kim Il Sung, et la liste n’est pas exhaustive. L’ennui aussi c’est que tous ces « avatars » prouvent bien qu’ils participent d’une inéluctabilité idéologique, qu’ils participent d’un système au sein duquel les mêmes causes produisent les mêmes effets. Ce système s’appelle le marxisme-léninisme.

Avec Mao, Staline en est certes le produit le plus génocideur. Cela tient simplement à l’immensité de l’URSS et de la Chine et aux chiffres de population.

L’ennui enfin c’est que tous ces dictateurs rouges ont rencontré l’approbation inconditionnelle, l’admiration, l’encensement voire la déification, non seulement chez eux mais dans l’intelligentsia marxiste de tous les pays d’Occident, sans que d’ailleurs cela suscite quelque repentance généralisée une fois la vérité connue de tous. Les anciens staliniens, trotskiste ou maoïstes tiennent le haut du pavé médiatique, pullulent dans les médias, la culture, l’Éducation nationale et les ministères. Ils perpétuent la transmission au public et aux jeunes générations de cette peste. Ils n’ont aucune honte de ce passé. Bien au contraire Bernard-Henri Lévy n’affirmait-il pas naguère dans un numéro du Quotidien de Paris qu’il entendait « réhabiliter le rôle du maoïsme », et Guy Konopnicki dans Informations juives (du 28/02/1991) ne se vantait-il pas de ses très bonnes relations de jeunesse « avec les étudiants du FUNK, qui ont fourni les cadres du régime de Pol Pot ». ((au sujet de Guy Konopnicki nous renvoyons le lecteur vers notre article qui lui est consacré, Le cosmopolitisme, jusqu’à la nausée)).

Staline aura sans doute été l’individu le plus encensé de l’histoire, non pas parce qu’il représentait l’Etat ou le parti, mais bel et bien pour sa géniale, son incommensurable personne, ce que n’exigeaient ni les pharaons, ni les rois, ni les tsars, les plus autocratiques. Véritable déni certes de la grise et absurde théorie marxiste selon laquelle l’histoire n’est que superficiellement faite par les individus mais fondamentalement par l’évolution de l’infrastructure économique et sociale des sociétés.

On pourrait à la rigueur comprendre que sous l’effet conjoint de la terreur et de la servilité de la propagande et du conditionnement, Staline ait pu passer en Union Soviétique, comme l’a dit Vladimir Volkoff ironiquement, « pour le plus grand penseur, le plus grand politique, le plus grand homme de guerre, le plus grand écrivain, le plus grand historien, le plus grand savant ». Mais rien n’imposait que ces superlatifs coulent à flot, en cataractes ininterrompues jusqu’à sa mort sous la plume de milliers de thuriféraires de par le monde, tels Louis Aragon, en quelque sorte plus atrocement surréaliste dans son adulation du petit père des peuples, de sa Tcheka et de ses massacres, que dans la partie dadaïste de son œuvre littéraire. 

Et l’incroyable, c’est que cela se produisit avec tous les autres monstres du système tel l’Albanais Enver Hodja massacreur du quart de la population de son pays et dont dans le journal Le Monde, le professeur bordelais Escarpit ne cessa pendant vingt ans de vanter les réalisations paradisiaques.

Ainsi, le fils d’un pauvre cordonnier géorgien né le 18 décembre 1878, Jossif Vissarionovitch Djougatchvili entré dans l’histoire avec son dernier pseudonyme de Staline, « l’homme d’acier », est-il devenu le prototype, mais pas l’exception, dans la réalisation du communisme réel. En dehors de la Corée, ce communisme réel de type stalinien s’est aujourd’hui effondré ici ou là, lézardé presque partout, et pris ailleurs des masques capitalistes. Mais le virus est mutant. Il a enfilé les habits de l’ « altermondialisme » encore parés d’innocence pour une partie de l’opinion  naïve et crédule (nous renvoyons le lecteur à notre article Focus sur les Altermondialistes) puis aujourd’hui du wokisme.