Le 2 avril dernier, avec seulement 2 voix contre sur 304 votants, le Sénat a adopté la loi dite SREN (visant à « Sécuriser et réguler l’espace numérique »), foncièrement liberticide qui crée un délit d’outrage en ligne aux contours plus qu’opaques ! Aucune des deux assemblées (l’Assemblée nationale fera de même) ne s’oppose donc à la suppression de la liberté d’expression, liberté déjà combattue depuis la loi Pléven de 1972. C’est donc le projet de TOUTE la classe politique. Mais nous savons de longue date de quoi sont faits ces parlementaires français et ce qu’ils valent. Georges Bernanos ne fait pas partie de nos auteurs de prédilection, mais on reconnaît le temps présent dans ses mots : « Nous n’assistons pas à la fin naturelle d’une grande civilisation humaine, mais à la naissance d’une civilisation inhumaine ».
Cette loi vise à criminaliser et pénaliser, par la surveillance des agents de l’État ou suite à délation, toute critique jugée hostile ou offensante envers une personne, une institution, une décision politique, une tendance sociétale, y compris sur les réseaux sociaux et les messageries privées. Le principe de l’État de droit et de la répression des infractions, c’est que ces dernières doivent être très précisément prévues par le Code pénal afin d’éviter l’arbitraire. Avec cette loi qui ne remplit pas ce critère, n’importe quel propos, de façon totalement subjective au gré de l’idéologie des plaignants et des juges, peut être qualifié d’hostile ou d’offensant pour telle ou telle catégorie de personnes, et dès lors puni d’un an de prison et de 3 750 euros d’amende.
Cette classe politique n’a que « État de droit » à la bouche, mais avec l’adoption de cette loi scélérate elle vient de faire voler en éclats ce dernier. Avec cette loi, le débat ne sera plus possible sans la crainte de poursuites, ce qui obligera les moins courageux à l’auto-censure. La France rejoint les plus belles heures de l’ex-URSS et de ses pays satellites. Le slogan bolchevique vu sur les murs de Moscou en 1917 prend en France un tour décisif, « D’une main de fer, acculons l’humanité au bonheur ! ». Les relations sociales vont devenir fausses, insincères, et la méfiance généralisée. L’ère du soupçon est de retour. Mais ce sol de France n’est-il pas celui qui vit déjà fleurir la « Loi des suspects » sous la Révolution en 1793 ? Les Français dans le futur n’auront pas d’autre choix, sauf à s’étioler et dépérir mentalement, que de repousser le couvercle totalitaire qui est en train de s’abattre sur eux.
Nous écrivions en octobre 2022 (notre article La dictature des minorités répertorié sous la thématique Pensée unique, Terrorisme intellectuel) que dans une société normale, la liberté d’expression tend à protéger l’expression de toutes les opinions, et pas seulement les opinions qui ont la faveur du pouvoir ou d’une majorité. Mais la France n’est plus une société normale. Dire quelque chose qui plaît à tout le monde, c’est facile. La véritable liberté d’expression, c’est à l’inverse de pouvoir formuler des opinions qui heurtent l’État ou une partie de la population. C’est ça la véritable liberté d‘expression, c’est de pouvoir exprimer ce qui dérange. N’avoir le droit de dire que ce qui plaît, ou ce avec quoi la majorité est d’accord, ce n’est pas de la liberté. En conséquence, il est donc évident que de toutes les opinions existantes, celle qui doit être par-dessus tout protégée dans son expression c’est précisément l’opinion minoritaire, ou celle qui refuse l’orthodoxie officielle en place. Sans cette protection, on bascule de fait dans la dictature de la pensée. Nous y sommes, mais pas pour une bonne cause.
Dans 1984 George Orwell fait dire « Ils peuvent nous obliger à dire ce qu’ils veulent, mais ils ne peuvent pas nous le faire croire ».

Arborer un masque de félicité leur permettait de tromper les commissaires politiques exigeant de tous l’adhésion au bonheur obligatoire.
