Ce poison de la pensée de gauche…

Dans la forêt, on finit par juger scandaleux que certains arbres soient plus hauts que d’autres. Les chênes furent accusés d’arrogance verticale, les peupliers de privilège structurel, et les sapins d’afficher une réussite indécente. Le Conseil pour l’Équité Sylvestre lança donc une grande réforme.

D’abord, on limita la croissance des plus grands, pour ne pas humilier les plus petits. Ensuite, on arrosa intensivement les plus fragiles, on installa des tuteurs publics, on créa un Secrétariat à la Réduction des Écarts de Canopée, puis un Comité indépendant chargé de mesurer, chaque trimestre, le ressenti des arbustes face à la domination historique des troncs élancés.

Comme les différences persistaient, on conclut que la forêt souffrait surtout d’un manque de moyens. On doubla les budgets. Puis les budgets des budgets. On mit en place un plan “Une cime pour tous”, des ateliers d’estime chlorophyllienne, et un programme pilote destiné à aider les buissons à se projeter dans une trajectoire de séquoia.

Quelques années plus tard, les chênes poussaient discrètement la nuit, les buissons restaient buissons, les sapins remplissaient des formulaires de croissance prévisionnelle, et la seule chose qui avait vraiment prospéré, c’était l’administration.

Alors le Conseil publia un rapport de 400 pages concluant, avec une gravité admirable, que la forêt n’avait pas échoué à cause du plan, mais à cause de son manque d’adhésion au plan. On décida donc de relancer une réforme plus ambitieuse encore, avec davantage d’arrosage ciblé, moins de croissance libre, et un nouveau slogan peint sur l’écorce de chaque tronc : « L’égalité progresse. »

Et ce fut ainsi qu’on obtint enfin une forêt exemplaire : moins haute, moins robuste, moins vivante mais parfaitement conforme à l’idéal de ceux qui préféraient rabaisser les chênes plutôt que laisser pousser les arbres.

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Cette métaphore forestière vous rappelle quelque chose ? : Le tableau français, la bureaucratie totalitaire, la dépense pour des objectifs néfastes, le nivellement par le bas – pour le peuple uniquement, pas pour les aparatchiks du régime – qui occupe de façon obsessionnelle les « élites » philosophiques, idéologiques qui mènent le pays, qui empêche le véritable progrès et l’épanouissement, chose que la cervelle de gauche est trop stupide pour comprendre. Ce poison de la philosophie égalitaire a été remarqué et pointé de très longue date, dès l’Antiquité. Dans la Grèce classique, les Aèdes contaient qu’un odieux personnage du nom de Procuste (ou Damaste) attirait les voyageurs dans sa demeure où se trouvaient un grand lit et un petit lit. Il obligeait les petits visiteurs à se coucher dans le grand lit, et les grands à se coucher dans le petit lit. Puis il les étirait, ou leur coupait les membres, afin de les mettre à la dimension de leur couche. Nul n’en réchappait jamais. L’ayant vaincu, Thésée le fit mourir en le soumettant au même supplice.

La Nature n’est pas égalitaire. Et c’est ce que rejette la gauche qui prétend la plier à ses lubies frelatées d’égalité, parce qu’elle se voit en démiurge manipulant la pâte humaine dans un rapport qui est celui de l’argile et du potier.