A écouter une certaine frange de la pensée officielle, les citoyens occidentaux n’auraient à se plaindre de rien du fait du confort matériel historiquement élevé qui est le leur. L’accumulation matérielle aurait banni le malheur. La misère vaincue, il ne resterait aucun motif de colère à l’homme. La souffrance n’a plus de raison d’être, car nous disposons de l’eau courante, de l’électricité, de l’I-pad, de l’ordinateur portable, de l’écran plat, de cent parfums de crèmes glacées, d’une garde-robe élargie, et de « vaccins » mis à sa disposition par cette gouvernance si bienveillante. L’homme a trouvé le salut dans la marchandise. Qu’un individu ose déplorer sa triste condition et un chien de garde du système lui répondra que ses griefs sont illégitimes et que, par sa plainte, il se comporte en enfant gâté. Ni ses ancêtres, ni l’immense majorité de la population mondiale n’ont joui de son confort. Alors qu’il se taise.
Cette vision des choses, absolument irritante, constitue l’arrière-fond de bien des discours des vrais décideurs mondiaux. Elle est leur argument choc, censé inhiber toute révolte. Mais l’Homme est autre chose qu’un être destiné à accumuler de la matière, et même comblé des marchandises les plus enivrantes il reste la proie du malheur, de la souffrance et de l’aliénation.
Sur le plan spirituel, pour un croyant, un monde où la matière triomphe est un monde d’idolâtrie et de ténèbres, où le Mal règne et dont la seule finalité possible est la perdition. Pire supplice n’est pas concevable pour l’homme de foi. Mais la question spirituelle étant bannie du débat public en France, cet argument ne pourra être entendu.
En revanche, on ne saurait taire une souffrance qui, elle, a tout du temporel et qui frappe chacun sans que pour autant on parvienne toujours à poser des mots dessus. Cette souffrance est celle du déracinement. Ce mal-être naît quand l’individu ne participe plus, ou n’a plus la sensation de participer à la vie de sa collectivité. C’est une véritable crise de sens contre laquelle toute l’opulence du monde reste impuissante. Le déracinement frappe l’homme occidental d’un vide de l’âme qui le tourmente et le consume psychologiquement. La société actuelle focalise l’esprit de l’homme sur son salaire, sur l’argent, et l’homme n’arrive à ne donner d’autre sens à son existence que par l’accumulation. Ce mal érode peu à peu l’âme et la conscience. A terme, du fait d’une destruction de sa capacité à percevoir la réalité, l’individu sera réduit à l’inertie intellectuelle et, partant, à l’inertie sociale.
Outre l’illusion du bonheur par la marchandise, l’homme occidental subit un déracinement par deux canaux conjugués, qui sont la négation/destruction de son passé historique (pour le Français, la vision du régime qui veut faire naître la France en 1789), et la forme d’« exil intérieur » auquel il est confronté sans avoir quitté son propre sol, par le bain d’immigration extra-européenne (visages, vêtements, cultures, islam) dans lequel il se trouve plongé par la cosmocratie multiculturaliste qu’il a placé et qu’il maintient au pouvoir. Cette question du déracinement n’est évidemment jamais abordée par les classes politiques et intellectuelles systémiques qui le mettent en œuvre. Elle est soigneusement tue. Quand bien même leurs enfants, leurs parents se font malmener, agresser, voler, violer, massacrer, la plus grande souffrance du peuple historique de France et des populations de toutes les sociétés occidentales, n’existe officiellement pas. Mais heureusement l’essentiel est qu’il « ne parle pas allemand » n’est-il pas ?

