Conséquences pour la Chine de son proto-communisme du XVe siècle

Dès le début du XVe siècle, les Chinois développent une formidable thalassopolitique : entre 1405 et 1431, ils entreprennent sept grandes expéditions navales et explorent les détroits indonésiens, malais, et l’océan Indien. L’idée est de montrer aux Asiatiques la splendeur et la puissance de l’Empire céleste plutôt que de faire des profits. Les flottes sont gigantesques et comportent les plus grands vaisseaux jamais bâtis : de hautes jonques à ponts multiples fonctionnant comme des camps flottants. La flotte de l’amiral eunuque Zheng He compte, en 1405, 317 vaisseaux et 28 000 hommes. La construction navale chinoise fonctionne à plein, employant les populations des provinces maritimes de l’Empire. Près de 1 700 navires sont armés de 1404 à 1407 et constituent la plus grande Armada du monde, qu’aucune grande puissance maritime de l’Europe ne peut aligner. Cependant, cette brillante thalassopolitique connaît un brutal coup d’arrêt dans les années 1430.

La menace que font peser les Mongols sur la Chine des Ming pousse l’empereur Yong-Lo à transférer la capitale de Nankin à Pékin, largement plus au Nord, en 1421. Par ailleurs, les mandarins dont le pouvoir est essentiellement né de l’administration d’une agriculture d’État – et de la maîtrise de l’eau permettant l’essor de celle-ci – craignent qu’une Chine de marins et marchands ne supplante une Chine de paysans qu’ils dominent.

A partir de 1436, le développement des chantiers navals est bloqué. L’entretien des flottes publiques et privées décline faute d’ouvriers que l’on oblige à rester paysans ; la piraterie japonaise se met à proliférer au détriment de la maîtrise maritime de la région par la Chine. A la fin du siècle, toute personne qui construit un vaisseau comportant plus de deux mâts peut être condamnée à mort ; les navires de haute mer sont détruits, les armateurs emprisonnés. Le commerce devient un crime. La thalassopolitique de la Chine qui avait enclenché un mouvement de diaspora chinoise marchande et dynamique dans toute l’Asie, au début du XVe siècle, est durablement abandonnée.

La Chine est entrée dans un processus de fermeture à la mer et plus généralement aux étrangers, Européens en particulier (avait-elle compris, comme le Japon, qu’il valait mieux se prémunir de l’inoculation du christianisme dans le pays ?). Aucun vaisseau chinois ne sera plus visible en Atlantique avant 1851 quand, pour des raisons diplomatiques, la Chine enverra un navire à l’Exposition Universelle de Londres.

Il n’y a pas eu d’amiral Alfred Mahan chez les mandarins. Mahan théoricien du Sea power, du pouvoir par la mer. Le caractère anti-économique de l’abandon de la mer par une administration d’Etat voulant conserver son pré carré terrestre annonçait le futur communisme chinois. Si la Chine s’était ouverte à la mer, les Chinois ne seraient certainement pas restés si pauvres si longtemps et auraient fait l’économie du communisme bien des siècles plus tard. En ce sens le refus de la mer fut un désastre pour la Chine qui a peut-être tiré les leçons du passé : loin de négliger sa politique maritime, elle développe ses moyens navals au point d’inquiéter ses voisins.