La langue française subit deux attaques, celle des concepteurs de l’écriture inclusive, soldats de l’indifférenciation et du mondialisme destructeur des identités ; et celle de la submersion migratoire extra-européenne, des « crapauds » de quartiers sensibles, qui en fait un usage abâtardi, d’une vulgarité à vous faire saigner les oreilles, et qui se répand à une partie de la jeunesse blanche baignée par ce melting-pot. On se passera d’en donner des exemples, pour préférer publier ces quelques passages signés Aymeric Chauprade :
La langue est l’une des composantes fondamentales de l’identité des peuples et des ethnies. Elle est l’un de leurs caractères différenciateurs les plus évidents, et en cela peut-être, leur principal caractère de définition identitaire. La langue est sans doute la propriété fondamentale d’un peuple, son bien le plus précieux. Un peuple qui perd sa langue perd non seulement son âme, mais aussi sa qualité de peuple différencié. La langue est un élément fondamental de définition identitaire.
Pour un peuple, une langue est une sorte de génome oral. La phonologie et la lexicologie permettent de retracer l’histoire géographique des populations. On sait combien la science linguistique est précieuse dans la connaissance du passé des peuples. Nombre de savants ont par exemple montré grâce aux travaux en linguistique, d’une part la communauté de passé des peuples sémites, d’autre part celle des peuples indo-européens. Les langues indo-européennes possèdent des traits phonologiques, morphologiques, syntaxiques et lexicologiques communs qu’on ne retrouve nulle part ailleurs. Il est admis que vers le troisième millénaire avant notre ère, existait un peuple – ou un groupe de peuples – parlant sinon une langue unifiée, dont les parlers étaient du moins assez proches les uns des autres.
L’Europe carolingienne du Moyen-Âge s’était donné le latin comme langue commune. Mais la force des particularismes linguistiques portait les nations en construction. Au moment où les dépouilles de l’Empire de Charlemagne sont disputées entres ses quatre fils, deux d’entre eux, Charles et Louis, tentent une alliance à Strasbourg. Pour y intéresser les peuples, ils doivent leur parler, non en latin, langue de l’Église, en usage dans les traités et les conciles, mais en langues populaires, celles pratiquées en Gaule et en Germanie. Le roi des Allemands Louis fait serment en langue romane, ou française ; celui de Français jure en germanique. Le tout se passe sur le Rhin, limite des deux peuples. Cet acte solennel est le premier monument de leur nationalité. C’est un acte d’affirmation linguistique.
Aujourd’hui comme hier, nombreux sont les peuples qui veulent construire un destin autonome à partir d’une originalité linguistique. C’est le cas du Québec qui fait de sa qualité de francophone, un véritable facteur de définition nationale susceptible de déboucher un jour sur l’indépendance. La langue est le chemin qui conduit à l’indépendance. Les séparatistes régionaux français l’ont compris qui, par l’affirmation de leur langue, gagneront peut-être leur guerre séculaire contre l’Etat-nation français.
Aymeric Chauprade – Géopolitique, Constantes et changements dans l’histoire, Editions Ellipses – extraits.
