La fracture qui divise les Français de « droite »* entre suiveurs de Jésus et Païens suit la division entre les partisans de l’Etat-nation et ceux des patries charnelles. La chose est illustrée par les prises de position de quelques penseurs et auteurs sur le sujet.
(*Les guillemets les plus appuyés qui puissent être s’imposent autour de ce mot s’agissant de la France tant il ne signifie plus rien du fait du dévoiement qu’il a subi de la part de gens tels que les faux « droitards » mous de la filiation RPR/UMP/LR qui ont prouvé depuis cinquante ans qu’ils n’ont aucun attachement aux valeurs d’identité, d’ordre, mais sont au contraire de parfaits escrocs mondialistes pleinement co-responsables avec la gauche du chaos multiculturel dans lequel ils font vivre les Français.)
Jean-Jacques Matringhem : « Contre le cosmopolitisme et le métissage généralisé, Saint-Loup propose cette forme d’ethno-différencialisme qu’est le concept de « patrie charnelle » : une communauté ethniquement homogène sur un territoire délimité par l’histoire, la langue et les coutumes. Cette notion politique permet, bien mieux que l’état-nation ou le concept universaliste de « citoyen du monde » de préserver les différences, ou pour mieux dire, les identités. La patrie charnelle est le rempart à l’impérialisme et à l’uniformisation, fille perverse du multiculturalisme ultra-libéral. »
Philippe Randa écrit : « L’œuvre de Saint-Loup qui me fut une révélation – le mot n’est pas trop fort – est le cycle des patries charnelles. C’est lui qui devait me faire prendre conscience de la nécessité d’une Europe des ethnies – l’Europe aux cent drapeaux ! – seul rempart contre l’avènement d’un grisâtre cosmopolitisme. »
Pour Jean-Jacques Mourreau : « La lutte pour les patries charnelles ne relève pas de la frigide rationalité, mais de la passion, de la volonté et du rêve de quelques hommes, à la fois activistes et poètes, qui ont la nostalgie d’un devenir identitaire. »
Jérôme Bourbon, directeur de Rivarol, est lui, en tant que catholique, évidemment totalement réticent à notre Europe des patries charnelles : « On le sait, car il s’agit d’un vieux débat, l’exaltation du paganisme, de l’européanisme, du révolutionnarisme, du séparatisme régionaliste est à l’évidence aux antipodes du nationalisme à la française dont les références principales, sinon exclusives, sont capétiennes et chrétiennes. Mais de plus, et l’on rejoint là un débat très actuel, le mondialisme n’a-t-il pas aujourd’hui intérêt à promouvoir, fut-ce artificiellement, tous les régionalismes et les irrédentismes afin d’affaiblir l’État-nation, structure la mieux adaptée pour résister à toutes les agressions tant intérieures qu’extérieures ? »
Francis Bergeron, l’auteur du Saint-Loup. Qui suis-je ? aux Editons Pardès abonde dans le sens de Jérôme Bourbon : « le thème de la résurrection de patries charnelles dressées contre les États paraît aujourd’hui illisible quand l’uniformisation d’un monde devenu quasiment unipolaire menace tous les États. »
Aymeric Chauprade prend le contrepied avec l’évocation de l’instrumentalisation des nationalismes comme ferments de division et de conflit entre européens : « Les capitalistes de Londres et de New York dont le seul but est de ruiner le projet européen (de la France jusqu’à la Russie), par crainte de voir le développement européen abattre la domination anglo-saxonne, contribueront au déchaînement des nationalismes continentaux (français, allemand, russe). »
Tandis que Pierre Vial commentant Francis Bergeron prend lui aussi position pour « les patries charnelles qui heurtent le nationalisme hexagonal de l’auteur [Francis Bergeron], par ailleurs dubitatif sur la réalité de leur existence, alors qu’elles sont selon nous le seul mythe fondateur capable de résister au mondialisme, sur l’air bien connu du « vivre et travailler au pays »… »
Georges Feltin-Tracol ne dit pas autre chose : « j’exècre l’actuelle U.E. Atlantiste, libérale, bureaucratique, centralisatrice, soumise au Diktat du marché et pétrie de l’idéologie totalitaire des droits de l’homme parce que je suis européiste, identitaire et fédéraliste. Les souverainistes l’accusent d’être « fédérale ». C’est faux. Elle est en réalité « jacobine » puisqu’elle veut abolir toutes les différences substantielles. Conçue et promue par les atlantistes, les mondialistes et les technocrates, l’U.E. N’est qu’une parodie sinistre de l’idée européenne. Souhaitons-lui une fin rapide ! D’autres élites, identitaires et alter-européennes celles-là, la refonderont sur des fondements plus réels. »
Conclusion : entre les deux courants, les patries charnelles d’une part, et l’Etat-nation chrétien ou jacobin centralisateur d’autre part, le choix ne fait pas un pli pour le païen identitaire.
