Un orateur habile peut convaincre un auditoire de la justesse d’une idée fausse ou perverse, et de la fausseté d’une idée juste. Politique, commerce, mœurs, et même « sciences humaines », le langage y reste opaque ou transparent, honnête ou chargé d’intentions dissimulées. Les mots, selon le cas, révèlent ou cachent le réel, libèrent la pensée ou la manipulent.
Sans même parler de ces modernes techniques (publicité, propagande) qui se sont fixé pour objectif de tordre les mots à seule fin d’influencer les comportements, notre langage reste en permanence imprégné de sa double potentialité. Les mots ne véhiculent pas seulement des fragments de réel, mais des visions du monde, des jugements implicites, des systèmes de valeur impulsés par ceux qui les ont mis en circulation, consciemment ou à leur insu. Cela est si vrai que les gouvernements ouvertement adeptes de la gestion par la contrainte, comme c’est le cas dans plusieurs pays d’Europe occidentale actuellement, ont compris qu’il convenait de légiférer en matière de langage comme en toute chose : ils imposent l’usage de certains mots et en proscrivent d’autres. Leur régulation linguistique est subtile : elle allie la séduction à la coercition. La France y baigne jusqu’aux yeux avec sa propagande prétendant empêcher de penser librement, et son arsenal de lois interdisant effectivement de s’exprimer librement sur certains sujets.
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