Dans les années 1920, un journaliste italien emprisonné, désabusé par le constat que la prédiction de Karl Marx d’une révolution socialiste mondiale spontanée ne se réalisait pas, commença à élaborer une nouvelle stratégie révolutionnaire qui allait profondément marquer la gauche moderne.
Dans ses Carnets de prison, Antonio Gramsci affirmait que les sociétés capitalistes étaient maintenues ensemble non pas principalement par la puissance économique ou la coercition étatique, mais par l’hégémonie culturelle – la domination des valeurs, de la culture et des institutions « bourgeoises » (éducation, médias, famille, religion et société civile). Tant que la classe ouvrière acceptait ces valeurs comme allant de soi, la révolution était impossible.
Sa solution ? : la gauche devait mener une « guerre de position » – une lutte longue et patiente pour s’emparer des institutions qui façonnent la culture et les idées. Ce n’est qu’après avoir conquis la domination culturelle qu’elle pourrait conquérir le pouvoir politique et économique.
Il s’agissait d’une rupture majeure avec le marxisme classique. Au lieu de se concentrer sur les usines et la base économique, Gramsci déplaçait le champ de bataille vers la culture et la conscience. Il avait compris que celui qui contrôle la « superstructure » (la culture) peut à terme contrôler la base (l’économie et la politique).
Les idées de Gramsci sont devenues fondamentales pour ce qui allait devenir le marxisme culturel. L’École de Francfort et la Nouvelle Gauche s’en sont inspirées, déplaçant la lutte de la lutte des classes à la guerre culturelle – s’attaquant aux traditions occidentales, à la morale, aux structures familiales et à l’identité nationale.
Les politiques actuelles, la « longue marche à travers les institutions », les études critiques à l’université et l’instrumentalisation de la culture trouvent toutes leur origine intellectuelle dans l’intuition de Gramsci. Il avait compris que le véritable pouvoir réside dans la définition de ce que la société considère comme normal, moral et vrai. Ce principe est resté un guide pour la gauche depuis lors.

