La République, l’alliée des fortunés

Adolphe Thiers (1797-1877)

C’est vrai qu’il veut la République Adolphe Thiers. Et pourquoi la veut-il ? Deux raisons. Comprenez-moi bien, ce sont des choses que je n’avais pas vues autrefois :

1° La monarchie, un système monarchique, est moins fort que le système républicain pour faire tenir tranquilles les pauvres gens. Pourquoi ? Parce que quand c’est le roi qui parle, on peut toujours mettre en cause la volonté royale, on pourrait dire c’est un homme qui ne veut pas que nous améliorions notre situation. Tandis que s’il y a une révolte de pauvres sous la République, c’est-à-dire sous le suffrage universel, l’autorité qui va contraindre ces gens à rentrer dans leurs tanières elle s’appelle comment ? elle s’appelle « volonté nationale ». Du moment qu’il y a suffrage universel, que le suffrage universel s’est prononcé, que nous avons avec l’Assemblée ce que l’on appelle « la volonté de la nation », cette volonté de la nation, qui est en fait une volonté de notables, est autrement forte qu’une simple volonté royale pour faire tenir tranquilles les misérables. La République est une manière de coincer les pauvres bien meilleure selon monsieur Thiers, que ne l’était la monarchie.

2° Là je voudrais vous apporter une citation de Jean-Jacques Rousseau, que j’ai découverte absolument par hasard et qui va tellement bien à ma pensée. Rousseau écrivait à Dalembert : « Jamais dans une monarchie l’opulence d’un particulier ne peut le mettre au-dessus du prince. En revanche dans une République, elle peut aisément le mettre au-dessus des lois. » Ça veut dire quoi ? ça veut dire dans une République les lois sont faites par qui ? elles sont faites par l’Assemblée nationale. Qu’est-ce que l’Assemblée nationale ? c’est soi-disant le suffrage universel. Qu’est-ce qu’en fait le suffrage universel ? c’est ce que veulent les notables. Par conséquent dans une République bien conduite, c’est l’argent qui est au pouvoir, il n’y a pas de régime meilleur qu’un régime démocratique bien orienté pour la protection de l’argent.

Voilà pourquoi Thiers est républicain.

— Henri Guillemin (Historien)