Sartre, emblème majeur de la pourriture mentale de l’homme de gauche

Sartre a soutenu Staline pendant le goulag. Sartre a soutenu Mao pendant la Révolution culturelle. Sartre a préfacé Frantz Fanon en transformant la violence anti-coloniale en hygiène mentale (« abattre un Européen, c’est faire d’une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé : restent un homme mort et un homme libre… »). Sartre est allé visiter Andreas Baader dans sa prison de Stammheim en 1974 et en est ressorti en défendant le terroriste. Sartre a signé en 1977, avec Beauvoir, Foucault, Derrida, Barthes, la pétition pour la dépénalisation des rapports sexuels entre adultes et mineurs de 13 ans.

Il faut s’arrêter une seconde sur cette liste. Parce qu’elle est sans équivalent dans l’histoire intellectuelle du XXe siècle. Il n’existe pas un seul grand basculement totalitaire ou criminel du siècle dernier que Sartre n’ait, à un moment, justifié, excusé, ou refusé de condamner. Quand le siècle a fabriqué un cauchemar, Sartre a tenu la porte ouverte.

Et pourtant, il est au programme. Du baccalauréat. De l’agrégation. Des manuels. Des thèses. Il a sa rue à Paris. Ses cendres au cimetière du Montparnasse, en pèlerinage. Sa statue intellectuelle intacte. On enseigne L’Existentialisme est un humanisme à des lycéens de seconde comme on enseignerait un sermon de Bossuet.

Sartre est un scandale. Mais il en est un autre qui le surplombe. Sartre n’est qu’un homme (avec ses lâchetés, ses fanatismes, sa radicalité qu’il a mis au service de l’idéologie qui a fait 100 millions de morts au XXe siècle). Le scandale qui lui est supérieur, c’est que la prétendue élite intellectuelle d’une nation ait décidé, collectivement et silencieusement, qu’être systématiquement du côté des bourreaux n’était pas disqualifiant pour devenir le grand intellectuel de ladite nation.

Ce que cela révèle est terrible. Une civilisation choisit ses prophètes, et ce choix la définit pour des siècles. La France a choisi un brillant flatteur de bourreaux. Et elle a payé ce choix au prix fort. Une classe intellectuelle entière, formée à la révérence sartrienne, a appris que l’engagement compte plus que l’exactitude, que la générosité de surface compte plus que les conséquences réelles, qu’aimer « le peuple » en théorie autorise à mépriser les gens en pratique.

Toute la pathologie de l’intellectuel français contemporain est déjà là.