Une dérive très préoccupante de la pratique du droit

Avant d’aller plus loin, rappelons qu’un mot est généralement utilisé pour désigner des objets ou des réalités consacrés par l’usage. Ce qui fait que chacun peut comprendre autrui sans trop de malentendus. Les mots ont un sens. Comme chacun sait, la définition du mot provisoire nous dit que cela est relatif à quelque chose qui n’est pas là pour durer, qui est là en attente d’autre chose. La condamnation judiciaire de Marine Le Pen a fait émerger dans les médias la notion juridique d’ « exécution provisoire », que l’on nous dit signifier que l’application de la peine est immédiate, sans l’effet suspensif des voie de recours. Voilà donc un parfait exemple de subversion/inversion du vocabulaire telle qu’aime la pratiquer la volonté de manipulation constante dans l’idéologie du Système puisque dans le cas d’espèce, sans voie de recours, la peine devient évidemment définitive, ce qui est tout le contraire de provisoire. C’est une escroquerie semblable qui a vidé le mot perpétuité de son sens réel, mot toujours balancé à l’opinion dans le cas de condamnations lourdes, alors que la perpétuité n’est pas appliquée puisque différents mécanismes ont été introduits par le législateur félon à la sécurité des Français, pour qu’elle ne le soit pas.

Cette exécution « provisoire » fait partie de la révolution qui travaille discrètement le petit monde de la magistrature dans le cadre de sa tentative de prise de pouvoir (à moins que la classe politique finisse par se réveiller et ait le courage de renvoyer ces gens à leur place, qui n’est pas celle de dicter la politique qui doit être menée). En effet, le caractère immédiat de l’application de cet étrange « provisoire » que la France est la seule au monde à pratiquer depuis 2016, année où elle a été introduite dans le droit par le législateur lui-même de la façon la plus idiote qui soit, détruit l’un des piliers sur lesquels le droit positif est fondé, qui est le double degré de juridiction c’est-à-dire le droit pour tout justiciable de demander que son affaire jugée en première instance, parce qu’il en conteste la décision, bénéficie du regard d’un autre tribunal, ce que l’on nomme l’appel, puis la cassation, avant que la décision initiale soit déclarée définitive, avec l’exécution faussement « provisoire » la peine est considérée courir immédiatement, même en cas d’appel formulé par le justiciable. On apprend en cette fin de journée que le Système, face au tollé de la décision du 31 mars 2025, envisage d’accorder un procès en appel à l’été 2026, qui permettrait à Marine Le Pen si la décision d’exécution provisoire est cassée de se présenter à la présidentielle de l’année suivante. Mais la détermination de l’oligarchie politico-judiciaire à empêcher l’accession au pouvoir du Rassemblement national ne laisse planer que peu de doute (pour ainsi dire !) : l’exécution provisoire peut tout à fait être reconduite par le jugement en appel. Et elle le sera. Le Système ne va pas se priver de cette carte pour écarter du jeu près de 40 % de l’électorat français.

La révolution dans la magistrature par rapport au droit établi progresse aussi de nos jours avec le renversement de la charge de la preuve. Il est demandé à certains justiciables de prouver leur innocence alors que dans le procès pénal jusqu’à présent c’est toujours à l’accusation qu’il revenait l’obligation d’apporter la preuve de la culpabilité. Avant, le doute devait profiter à l’accusé : cette règle n’est plus unanimement respectée, même ce principe est bafoué actuellement. Certains magistrats sont à la dérive en France.