La société dans laquelle nous vivons est le fruit des événements du XXe siècle siècle, plus particulièrement de ceux ayant eu cours durant la Deuxième Guerre mondiale. Cette société a été bâtie par les vainqueurs de ce conflit, en recherchant à rendre impossible ce qui s’y était passé. Il fallait une société castrée, décervelée et sans conscience. Sacrifier notre continent pour ne plus revivre ce qui avait été, sous le pilotage de l’Union européenne érigée en empire. Et la chose s’est faite sous l’anesthésie de la société de consommation. Les lucides le savent, ils ont fait cette analyse et ce constat. Mais c’est ce que rappelle brillamment avec évidence Renaud Camus à travers ce texte, description terrible d’une réalité dont il est inconcevable que notre continent et ses peuples ne se libèrent pas un jour…
Europe
Il y avait, au bout d’un continent, sur une péninsule aux contours échancrés, avec ses propres péninsules, ses îles, ses golfes, ses détroits, un empire populeux que l’on nommait Europe.
Europe avait connu, du temps que ses vieillards étaient enfants, des guerres, des massacres, des exterminations même, et des destructions inouïes. De ces abominations, les victimes et les coupables étaient bien distincts, évidemment. Toutefois l’empire lui-même, comme beaucoup de ses sujets, se sentait appartenir successivement, si ce n’est en même temps, à ces deux catégories. Il ne savait pas bien laquelle était la plus désagréable à vivre. Plus jamais ça, tel était en tout cas la ferme résolution d’Europe, pour un empire où l’on ne vivrait ce que l’on avait déjà vécu. Or, afin d’être tout à fait sûr que l’horreur ne se reproduirait pas, que les heures les plus sombres ne seraient pas revécues, que l’éternel retour serait enrayé à jamais, les maîtres d’Europe n’avaient trouvé qu’un seul moyen. Il fallait, mais sans le dire, car le déclarer constituait un événement historique, une contradiction immédiate, et donc un mauvais début pour l’ère nouvelle : il fallait sortir de l’Histoire.
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