Le génocide est une théorie propre au socialisme

C’est ce que révèle l’étude non expurgée de ses textes fondateurs. Encore faut-il commencer par préciser que nous ne parlons pas du socialisme français de Proudhon, Blanqui, Sorel, etc. qui n’est pas concerné par la volonté génocidaire du socialisme marxiste qui a hélas triomphé. Jean-François Revel dans La Grande Parade (éditions Plon) nous apprend que Engels, en 1849, appelait à l’extermination des Hongrois. Il donna à la revue dirigée par son ami Karl Marx, la Neue Rheinische Zeitung un article retentissant dont Staline recommandera la lecture en 1924 dans ses Fondements du léninisme. Engels y conseillait de faire disparaître, outre les Hongrois, également les Serbes et autres peuples slaves, puis les Basques, les Bretons et les Écossais. Dans Révolution et contre-révolution, Marx lui-même se demande comment on va se débarrasser de « ces peuplades, les Bohémiens, Carinthiens, Dalmates, etc… ». 

L’assassinat de masse fut un des éléments majeurs du bolchevisme. Comme le dit Stéphane Courtois « le nœud causal c’est le passage à l’acte fondateur, le crime de masse ». La « première fois » qui crée un précédent, ouvre la voie et « autorise » la réitération ultérieure. Les bolcheviques et Lénine mirent en place leur modèle d’élimination de masse par la loi du 5 septembre 1918. Staline l’appliqua ensuite à son tour.

Leur référence est la Terreur « made in France ». Le 26 octobre 1917, à la séance des Soviets de Petrograd, Trotski lance : « N’espérons pas, camarades, que la dictature du prolétariat puisse s’exercer sans la terreur ! ». Lénine a repris les fondamentaux de la Révolution française, en y ajoutant quelque chose qui n’existait pas en 1789, la création d’un parti de professionnels exclusivement dédiés à la préparation et à la menée de la révolution, en l’occurrence le parti bolchevique. Ces derniers étaient nourris des idées de 1792 et de la Terreur jacobine. Stéphane Courtois, célèbre co-auteur du Livre noir du communisme, nous apprend qu’ils avaient constamment à l’esprit le modèle de la Révolution française, ils en étaient littéralement imbibés, au point de se qualifier eux-mêmes, dans une récupération/adaptation à la sémantique du parti, de « jacobins-prolétariens ». 

A l’instauration de la terreur, il faut un outil. Le 7 novembre 1917, Lénine signe le décret qui institue une organisation de police politique nommée Vserossiïskaïa Tcherzvytchaïnaïa Kommissia. Soit en abrégé : Tcheka. Selon lui, « on ne peut être un bon communiste sans être un bon tchékiste ». Sont nommés à sa direction et chargés par Lénine d’organiser la terreur, Felix Dzerjinski et son adjoint Moïse Salomonovitch Ouritski. Ce dernier déclarera : « 90% du peuple russe peut périr pourvu qu’il en reste 10% qui survivent au moment de la révolution mondiale. Ces 10% constituent la meilleure fraction, celle qui nous intéresse. » Le 30 août 1918, Ouritski est abattu par un tireur le même jour où une jeune fille tire à trois reprises sur Lénine, le blessant à l’épaule et au poumon. Furieux, Dzerjinski exige « 10.000 innocents ! » pris au hasard qu’il fera fusiller.  Quinze jours plus tard, il ordonne de grever la population « bourgeoise » de chaque ville de « l’impôt du sang ». Était évidemment « bourgeois » tout ce qui n’était pas bolchevique. 250.000 personnes seront exécutées le même jour jusque dans les coins les plus reculés du pays.

Dzerjinski proposera le 15 novembre 1924 au comité central de l’URSS, de remplacer la Tcheka par une administration politique étatiste unifiée. En orthographe française le Guépéou. Cette administration aura pour rôle de reprendre toutes les tâches de la Tcheka plus une assistance au Komintern (soutien à l’action de la IIIè Internationale) c’est-à-dire la projection du bolchevisme hors des frontières de l’URSS. Le Guépéou aura également la charge des camps de concentration du Goulag. Menjinski, successeur de Dzerjinski au Guépéou se vantera d’avoir déporté 70.000 suspects en deux ans au camp de Solovski. Quand le camp était saturé, on chargeait quelques milliers de malheureux sur des bateaux plats que l’on coulait en mer, méthode qui avait été mise en œuvre en 1793 contre l’opposition Vendéenne sur la Loire par Carrier et les « colonnes infernales » dépêchées par le Comité de salut public. Le Guépéou sera également le bras armé de Staline lors des célèbres purges subies par les Russes sous un régime dont les idéologues et principaux dirigeants, comme le montrent leurs noms et leurs familles, n’avaient pas grand-chose de russe. Louis Aragon, la référence poétique des communistes français, manifestement en toute conscience et en toute connaissance de cause eu égard au vocabulaire qu’il a utilisé, écrit en 1930 à la gloire de l’organisation, « J’appelle la terreur du fond de mes poumons […] Je chante le Guépéou nécessaire à la France ». On appréciera.