Dans le principe démocratique honnêtement appliqué, le jeu social consiste à obtenir l’adhésion des citoyens. Dans la démocratie contemporaine effective, en France et dans quelques autres pays d’Europe occidentale, le jeu social consiste à obtenir cette même adhésion mais en maintenant le citoyen enfermé dans une offre limitée qui présente l’apparence de la diversité pour en réalité conserver le même fondement philosophique, mener toujours la même politique unique, dans la même orientation. Quelles que soient leurs étiquettes, tous les partis ayant gouverné la France depuis cinquante ans ont mené la même politique, dans la même orientation : immigration massive, écrasement fiscal, construction européenne. Il y a tromperie sur la marchandise, pour obtenir l’adhésion de ce citoyen abusé, non pas seulement au moment des élections, mais en permanence et dans tous les domaines. La seule limite théorique qui s’impose à tous, c’est l’interdiction de la violence. Faute de pouvoir user de la contrainte pour faire accepter une politique, les truqueurs doivent recourir à la manipulation. Du moins ce fut vrai dans le passé. On a vu en France avec quelle violence la contrainte a été appliquée dans la répression policière des Gilets Jaunes, et dans l’atteinte majeure aux libertés fondamentales lors de l’affaire Covid-19. Et quand le citoyen ne participe plus à sa manipulation, proclamer que l’on respecte la volonté du peuple, après s’être arrangé pour la fabriquer, c’est tout le secret de la démocratie nous dit Abel Bonnard (Les Opinions, 13 avril 1941).
Brandir à tout propos l’argument des « valeurs » fait partie des ficelles actionnées par les tenants du régime. Combien de fois ne les a-t-on pas entendus, avec gravité ou des trémolos dans la voix déballer cet argument, sans que quelqu’un soit capable de décrire ce que renferme ce mot-valise ! Cette classe politique des « partis de gouvernement », de l’ « arc républicain », qui vit grassement du Système en place, et qui cherche à se concilier l’opinion ou, du moins, s’assurer de sa neutralité (un abstentionniste de plus, c’est toujours une voix qui n’ira pas à l’ « extrême-droite », et le contingent restant des cons sera suffisant à la maintenir dans l’alternance organisée), cette classe politique a compris longtemps qu’elle doit jouer sur le registre des « valeurs » bien plus que sur l’argumentation. De fait, la comédie de l’imposture fait recette à tous les carrefours du Système. Quoi que ces gens dénoncent, demandent ou défendent, il leur faut s’abriter derrière les plus belles intentions ou les plus beaux idéaux. Ces mêmes valeurs intangibles se changent en tabous pour protéger les plus coupables défaillances, les pires excès. Les sociétés n’ont que deux moyens de subsister. Il leur faut choisir entre la force et la vertu. Nos démocraties, ayant opté pour l’apparence de la seconde solution, s’appuient sur un code moral pour obtenir l’adhésion des citoyens. Car la froide raison ne suffit pas à emporter la conviction de ceux qui constituent le troupeau, elle doit être mise au service d’idéaux plus chaleureux. Les politiciens de nos démocraties s’efforcent donc de gagner une légitimité qui dépasse le seul plan de la cohérence et de l’efficacité. Intervenant dans le débat public, ils sont tentés d’en appeler à ces « références suprêmes » afin de conférer plus de force à leur propos. L’idéal étant de parvenir à se faire juger sur leurs intentions plutôt que sur leurs réalisations. Et ça marche, l’électeur ayant une mémoire de poisson rouge réagit aux promesses pour l’avenir, incapable de tenir compte de ce qu’a été le passé. Grâce à ces milliers de réflexes conditionnés, chaque individu en particulier qui en est sujet et le corps social dans son ensemble offrent des réponses prévisibles qui permettent de les contrôler. Les politiciens des social-démocraties jouent de ces sollicitations et de ces réactions. Lorsque ces stimulants sont bien maîtrisés, comme ceux des chiens de Pavlov, ils remplacent avantageusement un appareil policier et dispensent de longues démonstrations. Lorsque, à l’inverse, ces références ne sont plus reconnues, le système se bloque et l’on bascule dans une crise majeure.
Nous faire vivre dans un monde magique et sacré, peuplé de héros et de monstres incarnant les valeurs et les antivaleurs, nous tenir à bonne distance des réalités, des problèmes, de ce qui nous concerne, pour nous confiner dans la sphère des principes et des idéalités, c’est tout le but des manipulateurs au pouvoir. En laissant jouer à plein ces mécanismes, ils peuvent infantiliser des millions d’individus. Le récent épisode du Covid-19 en a été une parfaite illustration, avec ses pro-vaxx, et ses anti-vaxx. Les premiers, ces héros rangés dans le « camp du bien », qui n’avaient en réalité rien à craindre du virus dont le taux de survie était de 99,97 % (seuls les vieux fragiles étaient vraiment concernés par le risque de décès), croyant aveuglément la parole du gouvernement et des gros médias, tenus à bonne distance des réalités des risques et des effets secondaires chez les injectés. Et les seconds, ces monstres paranoïaques, mauvais éléments, adeptes de la théorie du complot, qui par leur bon sens et leur esprit affûté se seront révélés avoir raison avant les autres. Le problème avec les complotistes, c’est qu’ils ont raison trop tôt. Sous les apparences de débats, de discussions et de délibérations, le jeu social s’efforce bien souvent de court-circuiter le jugement personnel, d’éblouir la raison critique afin d’en venir à des comportements d’adhésion plus immédiats et plus émotionnels. Pour tout dire, la gouvernance de ce régime s’efforce de mettre hors-jeu ce personnage encombrant qui s’informe, ne s’arrête pas au narratif officiel, réfléchit, objecte, conteste, critique, questionne, et ne dit jamais oui avant d’avoir pensé non. Car c’est lui le grain de sable qui vient contrarier la belle machinerie de désinformation, qui perturbe le « bon fonctionnement » de la société. Tout le plaisir du pouvoir se trouve gâché par ces gens qui demandent des comptes, mesurent leur soutien, écoutent tous les avis. La cervelle, voilà bien le fléau pour toute démocratie.
L’efficacité des pièges que tendent les manipulateurs réside toute entière dans la complaisance des victimes. Encore une fois, nous l’avons vu avec l’affaire Covid. Nous l’avons vu dans le passé avec l’exemple communiste : nul ne fut trompé qui ne voulut l’être. C’est le désir, selon la vision communiste, d’appartenir au camp des opprimés en lutte contre le camp des oppresseurs, au camp des justes contre le camp des salauds, d’être dans le bien, la vérité et le sens de l’histoire qui attira au parti des individus disposés à tout accepter, à tout croire. Les communistes ne furent pas les seuls à savourer le bonheur des consciences satisfaites, nos « gens comme il faut » tirent depuis toujours les mêmes satisfactions de l’ordre moral. Et nous voyons exactement la même chose depuis fin février 2024 avec les partisans de la présidence va-t’en-guerre dans le cadre de l’opération de bashing anti-russe et de rediabolisation du Rassemblement national en prétendant que ce parti est allié de Vladimir Poutine. Ce faisant, l’exécutif ne fait que tenter de nous rejouer l’épisode « Goldstein » dans 1984, ce « grand méchant » fictif coupable de tous les maux, à travers lequel les membres du parti sont manipulés et fanatisés. Toujours les mêmes ficelles, grosses comme un pylône d’éolienne, que seuls les simples d’esprit et les ignorants sont incapables de voir.
