« Les civilisations se valent toutes » affirmait l’anthropologue Lévy-Strauss, avant de démentir ces propos à la fin de sa vie dans un article du Figaro opportunément oublié. Si l’on parle encore (de moins en moins) des civilisations, il est politiquement très incorrect de faire référence à la civilisation. En effet, un tel concept renvoie nécessairement à un jugement de valeur, et à une hiérarchie, avec ses capables et ses moins capables.
Civilisation… le mot, pourtant, signifie clairement : action de civiliser ; soit, selon la définition du dictionnaire Robert, « faire passer une collectivité à un état social plus élevé » dans l’ordre moral, intellectuel, artistique, technique.
S’il y a des états sociaux plus élevés, il en est d’autres qui le sont donc moins. Une telle évidence, de nos jours, est insupportable aux partisans de la pensée unique. C’est pourquoi ils préfèrent parler de manière plus neutre des civilisations. Le même mot prend alors un sens tout différent. Il s’agit de « l’ensemble des formes acquises de comportement dans les sociétés humaines ». Il n’y a plus, dès lors, place pour l’appréciation ou le jugement. Beaubourg ou Chambord, Vivaldi ou le tam-tam, la valse viennoise ou le twerk, Shakespeare ou les paroles du rap, un pont de singe en rondins et lianes ou le viaduc du Millau, tout cela se vaut. Si la différence est encore tolérée (pour combien de temps ?), la hiérarchie, elle est bannie. Un tel sentiment heurte naturellement le sens commun. Les œuvres des hommes ne se valent évidemment pas, parce que le Beau et le Vrai créent des hiérarchies entre les productions humaines. On le sait, cette obsession égalitaire et relativiste est propre à la pensée de gauche parce que celle-ci nie le réel pour lui préférer une version frelatée davantage conforme à ses utopies.
En outre, cette prise de position est totalement illogique puisque ceux-là mêmes qui nient toute hiérarchie entre les civilisations sont, en même temps, les adeptes de la religion du Progrès. Or, si ce « Progrès » existe, il part bien d’un état donné pour aller vers un autre jugé supérieur, il y a donc une évolution positive des civilisations. Cette évolution ne peut qu’aboutir à une hiérarchie. Mais on ne peut attendre d’une cervelle de gauche qu’elle fasse preuve de cohérence et d’honnêteté intellectuelle.
A qui fera-t-on croire que toutes les civilisations évoluent de manière rigoureusement parallèle de telle façon que toutes, sans exception, se trouvent, à chaque instant, au même niveau ? Une « civilisation » (doit-on la nommer ainsi ?) qui conçoit et pratique par exemple la lapidation ou l’infibulation des femmes est incontestablement inférieure sur ce point à d’autres qui n’ont jamais adopté ces pratiques.

Il y a ceux dont le génie a fait l’avancée de ce monde, et ceux qui selon Nicolas Sarkozy dans son discours à Dakar en 2007, « ne sont pas assez entrés dans l’histoire ».
