L’Occident est universaliste. Rien de plus normal, puisqu’il a lui-même subi l’imposition d’une religion sémite à prétention universaliste, et qu’il est sous la domination de la pensée maçonnique elle-même religion politique à prétention hégémonique universaliste. Depuis le XVe siècle il a donc été animé par la propagation de ces « valeurs » sur toute la surface du globe : celles du judéo-christianisme tout d’abord, avec ses missionnaires ; et puis les libertés, la « démocratie », les droits de l’homme (qui sont du judéo-christianisme laïcisé) véhiculés par les États, les organisations internationales et les ONG. Il a exporté jadis ses valeurs par la force, les Britanniques par exemple imposent à la Chine de s’ouvrir au commerce de l’opium qu’ils font venir d’Afghanistan. Maintenant, l’Occident emploi surtout le pouvoir de séduction de son mode de vie. Toutefois, depuis une quarantaine d’années la guerre comme mode de propagation des valeurs occidentales récupère du terrain par le biais du « droit d’ingérence » fondé sur l’idéologie des Droits de l’homme. Bien souvent, cela ajoute la guerre à la guerre. Et sert de prétexte, c’est bien connu, à certains États occidentaux pour conduire des actions militaires dont le ressort profond est un désir de mainmise sur une région constituant un enjeu stratégique important pour ses matières premières ou comme voie de passage incontournable, par exemple.
Dans les années 1900-1920, la puissance de l’Occident atteignit un sommet, si l’on en juge par l’étendue des territoires placés sous son autorité directe (80 % des terres émergées), et son poids écrasant dans les échanges commerciaux. Ensuite, l’Occident reflua. A toute action répond une réaction. Ce fut dans un premier temps la disparition des empires coloniaux français, anglais, portugais. Puis, les ex-colonisés apprirent les sciences, la technologie, la modernité. D’abord dans les universités occidentales, puis dans les leurs. Ils se mirent avec plus ou moins d’efficacité à faire eux aussi de l’agriculture, de l’industrie, de l’informatique… Ils devinrent des concurrents de l’Occident. En même temps, leur démographie galopait, grâce aux antibiotiques, aux vaccinations, aux techniques agricoles et aux infrastructures routières et ferroviaires apportées et laissées par l’Occident, qui éradiquèrent la surmortalité infantile. Sous son obsession de la pratique sexuelle (bien visible à travers les vidéos affichées sur les réseaux sociaux, ces danses de primates simulant le coït, ces agitations de postérieurs féminins véritables appels au sexe…), et par son rejet des moyens de contraception (nous avons souvenir de plaquettes de pilules distribuées aux femmes de villages africains, broyées par leurs maris et prisées comme du tabac ! surréaliste…), le tiers-monde devenait un géant démographique, l’Occident un nain démographique. Le gigantisme démographique du tiers-monde est générateur de sous-développement économique par insuffisance des moyens face à la masse humaine, mais il est un vecteur d’hégémonisme par le nombre, une force en soi qui est un palliatif à l’infériorité économique.
L’Occident d’aujourd’hui est menacé par une gravissime crise des valeurs. Ses multiples transformations internes l’ont déboussolé. A force de muter, il ne sait plus très bien qui il est. Son capitalisme libéral a noyé certaines de ses valeurs traditionnelles sous un flot de richesses, surtout en Europe : le travail, la famille, la patrie… Des mots qui, en France, sentent même le souffre depuis la diabolisation faite du Maréchal Pétain par les vainqueurs de 1945. Sa religiosité a diminué (surtout dans la vieille Europe). L’Occident, c’est maintenant le grand bazar américain du MacDo, d’Hollywood, des films porno, des reality shows, un matérialisme court, un hédonisme sans sublimation, au service des lois du marché. Vendre toujours plus, aiguiser sans cesse les appétits de consommation, jusqu’à l’abrutissement, voilà un trait majeur de l’Occident moderne. Cela provoque une surconsommation d’anxiolytiques et une envolée des statistiques des suicides. Là réside le danger : le délitement des esprits par la société de consommation. Préoccupantes sont les baisses de niveau enregistrées dans les établissements scolaires américains, et ceux de la vielle Europe (avec un léger décalage dans le temps), et même alarmantes s’agissant de la France. La jeunesse occidentale naufrage dans les jeux électroniques. La perte du sens de l’effort la menace. Et pendant ce temps, l’entreprise de submersion et de répartition pilotée par Bruxelles et les ONG et associations militantes amène inlassablement sur le sol européen les marées humaines d’une immigration de miséreux et de quotients intellectuels inférieurs, dont nous n’avons aucun besoin eu égard à l’évolution du marché du travail (numérisation, robotisation…) et au nombre incompressible de chômeurs, totalement étrangère à notre culture, inassimilable dans son immense majorité, mais en quête du « festin » capitaliste. L’admiration et l’envie le disputent à la haine et au mépris, envers cet Occident omniprésent. Omniprésent sur les écrans de télévision et sur les étals des marchands, mais pas omnipotent sur les esprits. Les civilisations acceptent la modernité (la science, la technologie, les banques, les assurances, etc.), mais refusent l’occidentalisation de leurs valeurs, à l’image de la Russie entre autres, surtout s’il s’agit de sombrer dans l’adoption de toutes les dérives pathologiques de l’Occident sur les questions de genre et d’homosexualité. Car le découplage est possible : on peut être chimiste et intégriste islamique, informaticien et fondamentaliste hindouiste, ingénieur spatial et Chinois confucéen. Ce refus des valeurs occidentales (la démocratie, la « libération » de la femme, la laïcité, le métissage, le triomphe du monde gay et lesbien groupusculaire mais imposé par une poignée de dirigeants) s’est affirmé nettement depuis une trentaine d’années.
Au-delà de l’horizon autrefois indépassable du marxisme-léninisme, il est un autre horizon que l’Occident est en voie de dépasser : c’est celui du Siècle des Lumières. Le retour du religieux en Occident boucle un cycle né au XVIIIe siècle, dominé par l’essor de la laïcisation. Au cours des deux derniers siècles, les religions judéo-chrétiennes ne cessèrent de perdre du terrain en ce qui concerne leur pratique et leur influence socio-politique. Un processus qui s’est nettement précipité au tournant des années 1960, ce dont ne se plaindra pas l’européen païen. L’essence du religieux, elle, ne disparut pas pour autant. Elle se réfugia notamment dans les idéologies dérivées du marxisme. Celui-ci était vécu comme une religion sans dieu. Il n’est que de considérer ses modes de fonctionnement : à l’extrême-gauche comme chez les communistes ou les sociaux-démocrates, prédominait le style clérical de la prédication, visible encore de nos jours. Ce style empruntait souvent aux ecclésiastiques un ton cauteleux mêlé de réprobation à l’adresse du pêcheur, quand il ne versait pas dans les torrents imprécatoires de la Grande Inquisition, pour certaines tendances idéologiques. Et lors des « grandes messes » politiques, comme les meetings. Hommes politiques et intellectuels gauchistes moralisaient sans cesse sur le thème de l’égalité, rapatriée de l’au-delà sur Terre. Ils pourfendaient le « Mal ». En contre-jour, le Bien leur apparaissait nettement : le monde ouvrier, jusqu’à ce que ce que ce dernier soit abandonné et trahi au profit du tiers-mondisme et de l’immigration extra-européenne absous de toute faute morale par prédestination. Leur système de pesée était à deux poids, deux mesures : l’Allemagne du IIIe Reich était stigmatisée, le goulag de l’Union soviétique oublié. Il fallut attendre les années 1960 et même 1970 pour que le clergé marxiste-léniniste découvrît et stigmatisât le goulag, que pourtant Lénine avait mis sur pied dès son arrivée au pouvoir. Ce clergé marxiste-léniniste ne voulait pas entendre les appels à l’aide désespérés des rescapés et dissidents de l’univers totalitaire soviétique, lancés sous forme de livres et d’articles qui tombaient à plat dans les médias occidentaux. Les exactions de la Chine de Mao, du Vietnam d’Ho Chi Minh, du Cambodge de Pol Pot, de Cuba, et des régimes qui succédèrent aux puissances coloniales dans le tiers-monde, se virent octroyer de larges indulgences plénières par les prélats de l’intelligentsia gauchiste occidentale. Pour certains de ces intellectuels occidentaux, cela ne relevait pas de la cécité ordinaire, mais d’un choix stratégique : il ne fallait pas « désespérer Billancourt » selon la formule du funeste Jean-Paul Sartre. Car, comme toute église judéo-chrétienne, celle du marxisme avait sa raison d’État. Il lui fallait guider la masse des ouailles. Cela contraignait ses papes et ses cardinaux à un bon usage du mensonge, tiré des leçons adressées par Machiavel aux condottieres de la Renaissance italienne animés du souci de prendre le pouvoir et de le conserver par n’importe quel moyen. Le péché commis contre la vérité par ces hautes consciences de l’Église marxiste était absous par avance, puisqu’il ne visait qu’un but, préparer le règne planétaire de l’utopie égalitaire, réceptacle de la Pureté et du Bien, établissant définitivement le Paradis sur la Terre et non pas au Ciel.
Puis au cours des années 1970, le sentiment religieux occidental devint orphelin d’une Église marxiste-léniniste entrée en agonie en même temps que son État pontifical, l’Union soviétique. L’idéologie des droits de l’homme reprit les Saints Sacrements des mains exsangues de la gauche marxiste-léniniste. Elle les recycla dans la société libérale, où ils font une grande carrière. L’essence du religieux n’a donc jamais disparu en Occident, elle s’est réfugiée dans la compassion laïque. Mais l’idéologie des droits de l’homme montrera rapidement, elle aussi, son impuissance à satisfaire la quête de sens qui travaille les esprits occidentaux. L’abandon de toutes ces fadaises, christianisme et marxisme, pour un retour vers l’identité véritable de leur continent à travers le « revival » actuel de la culture antique, pré-chrétienne, vers les sources polythéistes et païennes de leurs ancêtres, comblera il faut l’espérer cette quête de sens. Il y a quelque cent mille ans, apparaissaient les premières sépultures, manifestation d’un besoin de transcendance religieuse chez l’homme préhistorique. La sépulture, c’est le « bond de conscience » qui a fait passer l’homme de l’animal à l’homme. Cette quête de l’au-delà ne fit que s’affirmer depuis, de façon universelle. Durant les deux derniers siècles, les idéologies, toutes fabriquées par l’Occident, prétendirent guérir l’humanité du religieux, qu’elles considéraient comme une aliénation de l’esprit. Le religieux se réfugia où il put : dans le culte de l’État-providence en Europe, de l’État prolétarien en Union soviétique. Aujourd’hui, c’est l’effet boomerang. Un furieux besoin de religieux explose partout dans le monde depuis vingt ans. L’Occident lui aussi empruntera à nouveau, en fonction de son identité propre, les chemins de la spiritualité, des religions « vraies » en Europe, qu’elles se réfèrent à Odin, Apollon, Athéna, Svarog ou Cernunnos.
