Il est évident que gens de droite et socialistes, lorsque l’on confronte leurs prises de position sur un certain nombre de sujets fondamentaux, comme l’immigration, comme l’indépendance nationale, comme une lutte réelle contre le capitalisme, se retrouvent en fait sur le fond d’accord. Et cela pose un problème grave parce que le mot « Socialisme » est ainsi aujourd’hui totalement dévalué, alors que c’est un mot qui a sa noblesse dans la mesure où le Socialisme c’est d’abord et avant tout, ce devrait être, et cela a été pendant longtemps, la volonté d’une justice sociale, d’une lutte contre l’exploitation des travailleurs, au bénéfice du grand Capital. Ce vocabulaire peut paraître un peu désuet aujourd’hui. Il n’empêche qu’il a correspondu et qu’il correspond encore à des réalités, parce que quand des libéraux nous explique que la lutte de classes aujourd’hui n’existe plus, il suffit de regarder autour de soi pour savoir qu’elle existe encore bel et bien, d’autant plus qu’il y a un phénomène aujourd’hui qui est majeur sur le plan sociologique, socio-économique en France, c’est la prolétarisation progressive des classes moyennes, et le fait que des gens qui se croyaient pendant longtemps à l’abri en quelque sorte de la prolétarisation se retrouvent bel et bien dans une situation qui est celle d’un prolétariat.
Alors, par rapport à tout cela, il nous faut avoir une position très claire. Nous revendiquons, parmi notre héritage historique, doctrinal, idéologique, le socialisme. Mais de quoi parlons-nous en disant cela ? Nous parlons d’une tradition qui a été très vivante dans la France du XIXe siècle, car le socialisme français du XIXe siècle a été porté par de grands noms comme Pierre-Joseph Proudhon, Auguste Blanqui, Georges Sorel et bien d’autres. Et à cette époque, ces socialistes s’affirmaient partisans d’une société où chacun verrait son travail récompensé en fonction du travail fourni et où l’argent ne règnerait plus en maître, or nous savons bien qu’aujourd’hui l’argent règne toujours en maître. Autrement dit, les enseignements de Proudhon, de Blanqui, de Sorel, restent tout à fait valables. D’autant que si on se penche sur le contenu précis de l’enseignement que des hommes comme ceux que je viens de citer ont laissé, on s’aperçoit que par exemple un principe fondamental comme le fédéralisme est directement le fruit de la réflexion et de l’œuvre d’élaboration de quelqu’un comme Proudhon. Blanqui, lui, a été à la base d’une vision de la prise du pouvoir passant par un mouvement structuré, hiérarchisé, discipliné, et c’est lui qui a mis une insistance certaine sur le fait qu’en politique il fallait avoir des principes d’organisation qui sont proches des principes militaires si l’on veut aboutir à un résultat efficace. Quant à Sorel, bien entendu, c’est le grand théoricien d’un syndicalisme révolutionnaire qui aujourd’hui serait bien nécessaire par rapport à des courants « réformistes » qui finalement font une alliance objective avec ceux qu’ils prétendent combattre.
En conséquence, ce socialisme que nous voulons être nôtre, il est de type organique, c’est un socialisme identitaire, c’est un socialisme qui veut renouer avec un principe de lutte totale contre le système en place, tel que quelqu’un comme Blanqui l’a résumé en disant que le devoir d’un révolutionnaire c’est la lutte, la lutte encore, la lutte toujours, la lutte jusqu’à extinction. Et si nous célébrons, nous à Terre et Peuple, un anniversaire comme celui de la Commune de Paris, c’est dans cet esprit-là, c’est pour dire très clairement que les gens qui se sont battus et qui pour beaucoup ont donné leur vie en ce XIXe siècle qui peut paraître aujourd’hui une époque lointaine mais qui reste très proche puisque nous vivons de ce qui s’est mis en place à cette époque-là, tous ces hommes, toutes ces femmes, comme Louise Michel figure héroïque parfaitement mise en valeur par la belle chanson de notre ami Maurice Rollet, ces gens-là restent pour nous des exemples et nous entendons leur être totalement fidèles. C’est pour cela qu’aujourd’hui, oui, nous voulons être des socialistes européens, des socialistes organiques, identitaires.
Pierre Vial – Président de Terre et Peuple

La Louise
Connais-tu Louise, la bonne Louise,
Celle qui voyait la République
Beaucoup plus belle sous l’Empire,
J’ai ses colères, ses suppliques,
En écho dans mes souvenirs
Qui chantent le temps des cerises.
C’était au temps des camarades
Des fédérés, des barricades,
Qu’on l’appelait la vierge rouge,
Et d’Auberive à « la Nouvelle »
On respira tout autour d’elle
Un air de révolte qui bouge.
Rochefort, Rossel, et Jean-Baptiste,
Deux vrais messieurs, un grand artiste,
Étaient les amis à la Louise.
C’est pas par hasard qu’ils l’aimaient
Elle qui tirait les Versaillais
Pour des ouvriers sans chemises.
Un tiers de sang, un tiers de haine,
Un tiers de Dieu la coupe est pleine,
Ça fait un bien vilain mélange,
Tout ça pour mettre à la raison,
A coups de peine et de prison,
La Louise qui n’est pas un ange.
Dans les cales de la « Virginie »
Comme un forçat ils l’ont serrée
Sous les outrages et les blasphèmes.
Cela n’empêche pas son cri
À six mille lieues de s’envoler
Ô France, ô liberté, je t’aime.
Les Canaques se souviennent encore
Ses yeux si doux, son grand cœur d’or,
Sous les niaoulis, les cyclones
Et tous les vents des mers gémissent,
Chargés de larmes et d’injustice,
Comme des trompes monotones.
Mais sais-tu bien que Théophile
Férré de son nom patronyme,
Un fier garçon de la Commune,
Fut son amour secret, fragile,
Fusillé comme un anonyme,
A Satory un soir sans lune.
1905, c’est à Marseille,
Comme va se coucher Soleil,
Que s’est éteinte la Louise.
Paris qui ne se souvient plus,
Tout juste un nom dans une rue,
Fredonne le temps des cerises.
(Paroles de Maurice Rollet)
