La légende des Nibelungen fait partie de ce fond mythique nord-européen qui, des sagas scandinaves aux cycles celtes et jusqu’aux emprunts qu’en a fait Tolkien, a marqué l’inconscient collectif et l’imaginaire de notre Occident, tout aussi profondément que les mythes gréco-latins du fonds méditerranéen. Mais cette mythologie nordique nous est moins connue en France (bien que les choses soient en train de changer dans ce domaine), où depuis des siècles les habitudes culturelles nous avaient surtout familiarisés plutôt avec l’héritage gréco-romain, et surtout parce que ces légendes du Nord sont avant tout de source orale et qu’elles n’ont pas été portées à l’écrit avant le XIIIe siècle.
La légende s’ébauche aux premiers siècles de l’ère chrétienne (IIIe et IVe, au moment où débute l’importation sur le sol de notre continent du christianisme fondé loin de là en Judée par un rabbin hérétique), alors que le christianisme était encore loin d’être implanté en Germanie et en Scandinavie, et que le mythe l’emportait de beaucoup sur l’histoire. Précisons d’emblée la seule référence historique : cette légende concerne la race des Burgondes (dont les Nibelungen sont les ancêtres mythiques), qui étaient lors installée à Worms sur les bords du Rhin.
Chantée par fragments dès le XIIIe siècle par les troubadours, cette légende s’est perpétuée vivace dans les contes pour enfants jusqu’à nos jours (au moins en ce qui concerne l’épopée de Siegfried), mais c’est essentiellement Richard Wagner qui, il y a cent-cinquante ans, lui a donné une audience mondiale grâce à sa fameuse tétralogie L’Anneau des Nibelungen (nous verrons pourquoi « L’Anneau ») et dont nous rappelons les quatre opéras qui la composent : 1) L’Or du Rhin, 2) La Walkyrie, 3) Siegfried, 4) Le Crépuscule des Dieux.
Nous suivrons de près du reste le livret de Wagner pour exposer l’enchaînement des différents thèmes initiatiques de la légende, et vous y trouverez les analogies dues aux emprunts qu’a pu faire Tolkien à cette légende burgonde pour la rédaction de ses succès mondiaux Le Hobbit et Le Seigneur des Anneaux, convoitise, querelle fraternelle, forge, puissance, créature souterraine, malédiction, invisibilité, errance, le grand chapeau de Gandalf, l’épée qui sera reforgée, la fin de l’Anneau… (et même des éléments présents dans d’autres références, l’épée Excalibur du folklore celte, le sommeil de la Belle au bois dormant dans le conte de Perrault).
Lire la suite « Les thèmes initiatiques dans la légende des Nibelungen »








