Illustration magistrale de l’idiot utile

New York, 1950. Jackson Pollock est ivre. Fauché. Profondément anti-américain. Dans son atelier crasseux, il jette violemment de la couleur sur des toiles. Il veut détruire l’ordre bourgeois. Il est persuadé de cracher au visage du gouvernement à chaque éclaboussure.

Mais à 350 kilomètres de là, dans un bureau sécurisé de Washington, quelqu’un l’observe. Cet homme s’appelle Thomas Braden. Il porte un costume sur mesure. Il dirige les opérations culturelles de la CIA.

La Guerre froide s’intensifie. En Europe, l’URSS impose son « réalisme socialiste ». Un art lisse, parfait, glorifiant le communisme. L’Amérique doit riposter. Elle doit prouver qu’elle est la patrie de la liberté d’expression absolue. Le problème ? Le public américain et le président Truman haïssent viscéralement l’art moderne.

Braden prend alors une décision radicale. Il va pirater le marché de l’art mondial. Dans le secret le plus total. Là où tout le monde voit des gribouillages dégueulasses d’ivrogne dans cette pratique de l’art dégénéré, l’espion voit une arme psychologique dévastatrice. Le chaos abstrait de Pollock est l’antidote parfait à la propagande soviétique.

La CIA déclenche l’opération. Braden va lancer l’adoration d’une escroquerie. Il met en place des fondations écrans. Il blanchit des millions de dollars de fonds secrets. Cet argent noir va tout contrôler. Payer les critiques d’art. Acheter les toiles. Et propulser l’œuvre de Pollock dans les plus grands musées d’Europe.

Le braquage est un succès absolu. L’Europe est subjuguée par cette avant-garde féroce. L’Amérique gagne la guerre de l’image. Pollock, lui, est mort en icône mondiale. Il était persuadé d’avoir fait plier le système par la seule force de son génie subversif. Il n’a jamais su que sa rébellion avait été intégralement financée par l’agence qu’il détestait le plus au monde.

Le plus grand « rebelle anti-système » de l’art moderne n’était en fait que la marionnette la plus docile de la CIA.