De la vengeance

Les véritables injustes sont ceux qui, par une étrange déviation de la pensée – dans laquelle les idées chrétiennes frelatées ne sont pas absentes (aime ton ennemi, tends l’autre joue…) – considèrent que la vengeance est inutile car elle « ne ramène pas les victimes ». En soi c’est exact bien sûr, le mort ne sera pas rendu vivant aux siens, et c’est en cela que cette idée dissimule sa perversité. Cet argument dans lequel son porteur y voit une « supériorité morale », est précisément un argument où la morale a disparu, il est particulièrement méprisable car il sert une entreprise de désarmement face au Mal. Avec ce genre de principe, on crée une société idéale pour l’esprit malfaiteur, qui s’en tire à bon compte tandis que la victime et ses proches subissent le malheur sans devoir réagir. C’est le modèle dont l’archétype est le monde des Eloïs et des Morlocks dans le roman La Machine à explorer le temps de H.G Wells. L’homme juste agit sans attendre une quelconque récompense ou réparation de l’État, d’autant si ce dernier a créé les conditions de sa propre incapacité à protéger les citoyens. La vengeance est toujours la justice, puisqu’elle répond à celui qui en premier a choisi de porter préjudice. La passivité est une fausse vertu.