De la théorie des baïonnettes intelligentes

Tout le monde a compris que l’opération d’abattage du bétail bovin lancé par le pouvoir en France contre les éleveurs n’a aucun fondement sanitaire – prétexte fallacieux -, mais répond à une entreprise d’ordures ouvrant la voie aux importations voulues par Bruxelles, un massacre organisé par les directives européennes, et à la mainmise par des entités financières sur les terres d’agriculteurs qui finiront ruinés. Selon le journaliste Baudouin Wisselmann, « Ce n’est pas une maladie très grave : la mortalité avoisine 5 %. La dermatose nodulaire contagieuse n’est pas transmissible à l’homme et n’altère quasiment pas la qualité de la viande ou du lait. » Il suffit donc d’abattre les seuls animaux malades au gré de leur apparition, ce qui se fait dans les autres pays européens. Nonobstant, les forces de l’ordre obéissent une fois de plus aveuglément à ce qui leur est demandé. Elles font le siège et l’attaque de la ferme dans laquelle un troupeau de 208 bovins (dont un seul semble-t-il est atteint) défendue par une mobilisation, doit être abattu en Ariège. Et cette obéissance aveugle finit par poser un énorme problème qui conditionnera la teneur et l’évolution des troubles majeurs qui éclateront à court terme dans ce pays.

En droit pénal, est prévue la « théorie des baïonnettes intelligentes », supposée attendre des militaires en premier lieu, mais également de tous les agents de l’État, misant sur leur bon sens, leur conscience, et leur connaissance du droit, de refuser d’obéir à un ordre manifestement illégal qui leur serait donné. N’est pas pénalement condamnable celui qui désobéit à un ordre illégal, il est de son devoir de ne pas suivre cet ordre. Reste alors à savoir ce qu’est un ordre illégal, et à ces troupes à déterminer si l’ordre en question est recevable ou s’il est entaché d’illégalité.

Or, les cas sont innombrables d’ordres qui ont l’apparence de la légalité, comme c’est le cas de ces abattages de bovins, parce que donnés par des autorités qui pour l’heure sont encore perçues comme légitimes par une majorité de la population, mais qui sont des ordres contraires à la morale. Le sujet est consubstantiel au droit, tout ce qui est estampillé de légalité n’est malheureusement pas forcément moral, et vice et versa. Le monde se porterait beaucoup mieux si cette grave tare juridique n’existait pas. Mais le pouvoir ayant le pouvoir, c’est lui qui décide si quelque chose de moral doit être combattu.

Cet ordre malsain du commandement doit être renversé. Et pour cela, il serait temps que les agents de l’État, en objection de conscience, arguent de la théorie des baïonnettes intelligentes en l’étendant au-delà du cas de l’ordre illégal, aux ordres immoraux d’un pouvoir immoral. Mais il faut en avoir le courage. Avoir le courage de s’opposer à la hiérarchie, avoir le courage d’accepter une mention défavorable dans le « dossier administratif », avec les conséquences qui peuvent en découler sur le déroulement de carrière. C’est pourquoi cette désobéissance morale n’a de sens que si elle est massive, comme en tout sujet c’est le nombre qui change les choses, quelques vertueux agissant isolément se voueraient au sacrifice. Les cas de mutinerie d’unités sont quasi inexistants dans l’histoire française.