Petite histoire résumée du saccage de l’enseignement en France

Invariablement, les classements internationaux sur l’enseignement (PISA, Hong-Kong et autres) placent la France à des rangs honteux, en dépit des sommes titanesques consacrées par le pays à l’Éducation nationale. Aujourd’hui encore, les performances de la France en mathématiques, en français et en sciences sont tout aussi mauvaises qu’il y a quatre ans selon les résultats publiés puisque moins de la moitié des élèves de 3e ont une maîtrise satisfaisante du français et des mathématiques, au prix d’une illusion d’égalité parfaite entre les élèves. Depuis Jules Ferry, dont le système fut très efficace dans la transmission des savoirs en dépit des intentions idéologiques de ses promoteurs, l’histoire de l’enseignement en France peut aujourd’hui, sous l’action des « pédagogistes » post-soixante-huitards, apprentis-sorciers et véritables charlatans des sciences de l’éducation, se résumer à cette seule formule : Du succès au chaos.

Une enquête du CEVIPOF (Centre d’études de la vie politique française) datée de 2002 nous apprenait qu’à l’élection présidentielle de cette année-là, 16% des instituteurs avaient voté pour un candidat d’extrême-gauche, et un total de 75% avaient voté à gauche. Rien de nouveau dans ces chiffres : c’est un fait connu depuis que les francs-maçons Jean Macé, Ferdinand Buisson et Jules Ferry se sont emparés de la matière et de l’institution scolaire, les enseignants sous la République ont toujours été un bastion essentiel des forces de gauche. Une question cependant : qui usine leurs consciences ? Quelle est la redoutable machine de guerre qui leur procure le bagage idéologico-pédagogique qu’ils transmettent à leur tour à nos enfants ?

Après la Deuxième Guerre mondiale, le rapport Langevin-Wallon de 1947 (qui dicta la très grande majorité de la cinquantaine de réformes ou projets de réforme égrenés à l’Éducation nationale depuis la « Libération ») avait pour objet de rendre les Français plus dociles à l’avènement du communisme en leur enlevant tout esprit critique par l’effacement des points de repère que produit une vraie culture diversifiée. Mais si le Rapport Langevin-Wallon posa les bases de l’enseignement nouveau, la néo-pédagogie, celle des tristement célèbres IUFM (les Instituts Universitaires de Formation des Maîtres, désormais nommés ESPE, Écoles supérieures du professorat et de l’éducation) trouve ses sources originales dans les ouvrages de l’école de sociologie animée par Pierre Bourdieu et René Passeron à l’EHESS (École des Hautes Études en Sciences Sociales) et aussi dans ceux de leurs émules (Baudelot, Establet : L’école capitaliste en France, 1972). C’est avec l’arrivée de la gauche au pouvoir en 1981 que les « délires idéologiques » allaient pouvoir se concrétiser. Il y a eu en particulier le Rapport Peretti de 1982, qui conclut à la nécessité de remplacer les disciplines académiques par la pédagogie dans la formation des maîtres. Il est directement à l’origine de la fondation des IUFM. À ses côtés, deux autres personnalités, liées au nouveau pouvoir socialiste, allaient participer à l’élaboration du plan de bataille afin de transformer radicalement le monde enseignant jusqu’alors formé par les Écoles normales et les Centres pédagogiques régionaux. Le premier est Antoine Prost, important acteur de mai 68, chercheur, auteur de plusieurs livres sur l’éducation et responsable du syndicat SGEN-CFDT. Enfin, un autre gourou des IUFM, Philippe Meirieu, « l’inventeur » des sciences de l’éducation et professeur à l’Université Lyon-II. C’est dans ces machines à détruire l’enseignement, que sous une pseudo-science déguisée dans un langage délirant et hermétique, le professeur est devenu une « personne-ressource », l’élève un « apprenant », et le ballon un « référentiel bondissant » !

Les IUFM/ESPE préparent des milliers de professeurs des écoles qui iront dispenser leur pédagogie dans les établissements scolaires de France métropolitaine et d’outre-mer. Ils sont façonnés selon un moule unique, un catéchisme qui ne tolère aucun écart. Les réfractaires à l’idéologie qui se sont égarés dans cette voie professionnelle sont vite repérés et évacués, par les appréciations des formateurs, et lors des épreuves du concours. Pour les autres, il n’est pas nécessaire de beaucoup pousser ces candidats à l’adoption de l’idéologie, nombre d’entre eux, comme dans le journalisme, étant issus de familles déjà culturellement à gauche ou d’enseignants. Dans son livre Être de droite : un tabou français, publié en 2006 Éric Brunet donnait la parole à quelques jeunes enseignants fraîchement sortis de ces centres d’endoctrinement. Tristan, professeur des écoles depuis 2002, qui s’était amusé à relever les préceptes saugrenus enseignés dans ces IUFM, relate : « Il est difficile d’expliquer à une personne sensée les absurdités qui nous sont injectées dans le cerveau […] Le plus grave, c’est que le savoir et la connaissance sont devenus des notions taboues, ringardes. Un formateur nous a expliqué longuement qu’il se réjouissait que les nouveaux programmes mentionnent explicitement que les savoirs ne sont plus une fin en soi… Car, c’est nouveau, « les connaissances doivent émerger des apprenants ». En clair, le rôle de l’enseignant se limite à placer les élèves dans des conditions favorables sur un mode plaisant et ludique, à la « redécouverte » de leur « science infuse » ! On fait le choix de s’adapter aux jeunes, pas de les élever.

Très normative, la pédagogie en vigueur s’appuie sur des outils méthodologiques et des principes franchement douteux. Pour Claire Laux et Isabel Weiss, auteurs d’Ignare Academy, « un certain nombre de charlatans ou simplement d’individus sans finesse ni envergure trouvent en effet dans ces réformes une idée fumeuse qui leur permet de se donner une célébrité fugace […] mais ce qui semble surprenant chez cette clique de concepteurs de réformes, c’est leur totale absence de scrupules à expérimenter sur les élèves leurs idées les plus loufoques. Enfants, collégiens, lycéens, étudiants et même professeurs ne sont jamais pour les concepteurs de réformes que des objets pédagogiques ». […] Les dogmes fleurissent, ne s’appuyant sur rien de solide. De plus en plus fréquent, un jargon abscons accompagne ces « concepts éducationnels » : « déterminisme socio-scolaire », « schèmes postmarxistes »… Une rhétorique verbeuse, peu limpide et des concepts creux.

Selon Rachel Boutonnet, auteur de l’incontournable Journal d’une institutrice clandestine : « Ce jargon exprime de façon incompréhensible des choses simples et donne des noms nouveaux à des choses anciennes. C’est par cette pseudo-entrée en science que les stagiaires sont leurrés. […] Une marionnette que l’on utilise avec les classes maternelles est un « objet transférentiel ». Les ateliers ne doivent pas être « occupationnels ». La ronde est une « discipline socialisante impliquante ». Un verbiage qui laisse pantois. […] Ce besoin d’innover, c’est le « bougisme ». On change les mots, les noms, les outils, les méthodes. On renouvelle, on transforme, on néologise, on déconstruit. De facto, la honte s’abat sur ceux qui continuent à employer le vocabulaire d’avant. […] Les audaces ne s’arrêtent pas là. Ainsi, les IUFM professent que ne pas dire le « ne » de la négation, ne constitue pas une faute à l’oral. « Les normes de la langue sont déterminées à partir de la langue de la classe dirigeante. Parler en mettant le « ne » de la négation, c’est parler la langue d’Île-de-France, celle des nobles de l’Ancien Régime. Seuls les enseignants d’ailleurs s’attachent encore au « ne » de la négation. C’est une attitude élitiste et passéiste. En banlieue on ne parle pas ainsi. Pourquoi imposer à ses habitants une langue qui n’est pas la leur ? ».

Depuis, les Français ont eu l’occasion d’entendre parler de ces délires, l’ampleur du désastre étant telle qu’il ne peut plus être cantonné par les médias à la connaissance de quelques-uns.

Parmi les outils utilisés, la méthode globale d’apprentissage de la lecture expérimentée dès 1955, puis ses variantes déguisées, ont créé de considérables ravages dans les générations qui ont été soumises à son application. L’OCDE avait procédé en 1995 à une étude internationale sur l’illettrisme, en adoptant la définition suivante : Est considérée illettrée une personne qui a des difficultés à lire et à comprendre un texte très simple de vingt lignes sur un sujet de la vie courante, et à en faire un résumé de cinq lignes. Des critères un peu plus exigeants donc que de la simple lecture. Résultats selon ces critères : 40% de Français répondant à cette définition de l’illettrisme, contre 7% en Suède, 10,5% aux Pays-Bas, 14,4% en Allemagne, et 20% aux États-Unis. Ceci alors que l’Éducation Nationale emploie 1,4 million de personnes (autant que la colossale armée de la République populaire de Chine), qu’elle est ici le premier poste de dépenses de l’État, et que la France y consacre chaque année (ministère, régions, départements et communes) plus de 100 milliards d’euros ! Ghislaine Wettstein-Badour, spécialiste du « sauvetage » des victimes de la méthode globale, constatait dans ses interventions qu’en première année dans certaines écoles d’ingénieurs, le niveau de français des élèves correspond à celui de la sixième d’autrefois. Depuis mai 68, les théoriciens marxisants qui tiennent les rouages de l’Enseignement public sont parvenus à réaliser un incroyable abaissement de la capacité de réflexion. Cette méthode ne respecte pas le fonctionnement du cerveau, elle empêche les bonnes connexions neuronales du langage de se faire normalement, et un individu qui est privé de ces connexions ne peut pas établir une pensée conceptuelle. C’est une entreprise de casse de l’intelligence critique, et l’on comprend qu’un pouvoir malhonnête soit intéressé à l’affaire, il est bien plus confortable pour lui de cornaquer une population d’idiots qu’un peuple intelligent. Il faut savoir que la méthode globale qui trouve ses racines dès le XVIIIe siècle, n’était déjà donc pas une nouveauté dans les années 1930 où elle était essentiellement portée par Decroly, un médecin belge. On retrouvait, pour l’éducation des anormaux, l’emploi d’un procédé semblable chez Itard et Bourneville. On a donc voulu à partir des années 1950 appliquer à tout le monde une méthode conçue aux XVIIIe et XIXe siècles pour éduquer les déficients mentaux, débiles et idiots au sens psychiatrique.

Et c’est en 1974 que l’on instaura en France, sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing, le concept de « collège unique ». Avec une doctrine de transmission des savoirs adaptée à la « massification » (dans le jargon enseignant, synonyme d’augmentation) du nombre des élèves, méthode basée sur le postulat collectiviste selon lequel tous les individus sont censés se comporter de la même façon et entrer dans le même moule, c’est-à-dire s’agissant d’élèves être tels des moutons sans esprit critique, devant avaler le même et unique contenu, sous peine de finir au rebut, comme une pièce mal usinée. Des enfants-moutons pour un corps social en plein panurgisme. Fruit de cette obsession égalitariste contre-nature visant à gommer les différences et à fondre dans le même creuset les individus des classes populaire et moyenne pour en faire des clones citoyens, le collège unique français recherchait une « unicité » des élèves, d’où son appellation. Il s’est révélé être un collège « inique », une machine à broyer et à formater, totalement en contradiction avec la diversité d’intelligence, de prédispositions et de maturité des individus.

Au final, ce qui frappe le plus aujourd’hui en matière de niveau de connaissances, c’est une forme de déculturation galopante. Les membre du jury et correcteurs des copies à l’ENA (Ecole nationale d’administration) par exemple, sont parfaitement au courant de la médiocrité des connaissances, de l’absence totale de précision dans la terminologie, à quoi viennent s’ajouter des fautes d’orthographe énormes.

Ce déclin de l’instruction est directement lié à la démocratisation démagogique de l’enseignement, aux utopies de Mai 68, et au nivellement par le bas qui a été choisi, « égalitarisme oblige », suite à l’introduction dans les classes d’enfants de l’immigration extra-européenne incapables d’être amenés à ce qu’était par le passé et devrait être encore, le niveau normal des connaissances dans les écoles françaises. S’ajoute à ce tableau aujourd’hui la préférence annoncée pour l’enseignement des lubies et des obsessions sexuelles du Gender plutôt qu’à l’apprentissage des fondamentaux, dont les mathématiques et le français.

La France, c’est ce pays aux résultats calamiteux sur ces trois matières, et qui en même temps annonce des résultats glorieux à l’occasion du baccalauréat qui vient d’avoir lieu.