Découvrir et comprendre la Corrida

Pour qui connait le sujet et observe l’argumentaire des « anti » et de ceux qui ont la faiblesse d’être influencés par leur discours, il est patent que ces gens ne savent absolument pas de quoi ils parlent, pas plus que les chroniqueurs de plateaux télé invités à se prononcer pour ou contre. Ils ne peuvent donc rien y comprendre, leur réaction n’est commandée que par une sensiblerie excessive, donc anormale. Connaissant bien le sujet pour notre part, nous présenterons un historique et une description de ce qu’est la tauromachie, et dirons à ces militants écolos qui ne supportent pas la vue du sang (comme ils n’aiment pas la chasse) que leur monde de bouffeurs de tofu déconnectés de la force vitale, leur monde niais et aseptisé, de sucre et de savon, n’est pas le nôtre, qu’il n’a aucune légitimité à prétendre s’imposer à nous, et que tout leur argumentaire n’a aucun poids, aucune valeur face à la culture taurine. Leur propagande est mensongère et manipulatrice. Si les lignes qui vont suivre peuvent instruire des opposants ayant le courage de s’informer objectivement et les amener à changer d’opinion, nous aurons fait notre part dans le combat contre cette influence gauchiste malfaisante.

Les débuts de la tauromachie

Depuis l’aube des temps, et en tous lieux, l’homme a abattu des animaux pour s’en nourrir. Seule l’époque actuelle, par une sorte de sida mental, déroge à cette loi naturelle avec l’accroissement des délires végétariens et antispécistes. Et depuis les Aurochs représentés dans les peintures rupestres, le Taureau est inscrit dans notre plus longue mémoire et dans la culture des peuples du bassin méditerranéen. Culte du Taureau et jeux en Crète (la célèbre fresque de Knossos), Héraclès domptant le taureau du roi Minos, Thésée affrontant le Minotaure, toujours en Crète. Jusqu’à l’Espagne et le sud de la France qui ont conservé une tradition taurine. Par sa puissance et le danger qu’il incarne, le taureau fait partie du bestiaire fantastique, à l’égal du dragon Fafnir dans le folklore germanique, et de bien d’autres créatures de la mythologie grecque, qui révèle l’héroïsme de l’homme européen.

Tradition. Héritage. Courage. Voilà les raisons pour lesquelles Qui se dit opposé à la destruction de nos cultures multimillénaires par le melting-pot du mondialisme apatride, Qui se dit combattant pour la sauvegarde des peuples d’Europe et de leur identité, ne peut pas se positionner dans un rejet de la Tauromachie, sauf à se trouver dans une contradiction insurmontable.

Comme partout en Europe, les nobles Espagnols et Portugais se sont affirmés au regard de la société comme des combattants à cheval. Mais en temps de paix, le cheval auxiliaire indispensable du combat (et de la chasse) devint l’instrument privilégié du divertissement au travers de l’affrontement du taureau présent en très grand nombre dans la péninsule ibérique. Un tel divertissement était aussi bien sûr pour eux un excellent entraînement aux vertus militaires : courage, adresse, force, qualités équestres, agilité. Ce divertissement des nobles sur leurs terres, affrontant le taureau à la lance, finira par être promu au rang de spectacle.

La caractéristique particulière de la race bovine descendante des Aurochs dans la péninsule ibérique, c’est son agressivité, il est surprenant de voir les veaux charger instinctivement ce qui se présente à eux dès qu’ils se tiennent debout, dans cette partie du monde, ces bovins n’ont pas suivi l’évolution qui a pu donner les races placides de Normandie, d’Auvergne, ou des rizières d’extrême-Orient. Et l’idée extraordinaire des hommes de la péninsule ibérique est d’avoir imaginé utiliser cette agressivité, en la canalisant, pour produire des moments de beauté en dépit du risque de mort.

Dès le XIIIe siècle, on joue avec le taureau dans les villages, on berne son instinct d’agressivité, on court (correr en espagnol, corrida, course) avec lui dans les rues les jours de fête. Le parcours aboutit à un enclos, où les garçons de la localité rivalisent, c’est aussi un rite initiatique de passage de l’enfant à l’adulte comme cela a toujours existé dans d’autres sociétés. Ils défient les bêtes en détournant leur charge au moyen d’une cape (le vêtement porté) ou d’un morceau d’étoffe. Ceux qui affrontent le taureau à mort (pour l’alimentation des villageois) sont des braves, qui contre rémunération font montre de leur expertise dans ce combat. Mais nous n’en sommes pas encore à la tauromachie moderne, rien n’est codifié. Dans ces jeux et dans ces mises à mort, le souci de la recherche artistique n’est pas encore présent, et chacun agit selon « sa façon de faire ». Il s’agit uniquement de prouver à tous son courage, d’éviter le coup de corne, et de fournir le boucher local.

C’est dans l’abattoir de Séville, à partir du XVIe siècle, que les employés bouviers, par la manœuvre quotidienne des bêtes dans les couloirs et les enclos, vont peu à peu élaborer les techniques, les recours face au danger, et les premières « figures » (se plaisant à ajouter un souci d’esthétique au geste) dont naîtra la tauromachie moderne à pied. Un rapport présenté aux élus Sévillans le 17 mai 1546 les informe « qu’à l’intérieur de l’abattoir on court chaque jour des taureaux à portes fermées et à pied, de telle sorte qu’il en résulte un grand dommage pour les toitures… ». Les toitures ? Pourquoi donc ? Parce que ces « courses » sont déjà spectacle, hommes et jeunes gens escaladent le bâtiment et se juchent sur les toits pour suivre les combats des hommes et des taureaux. Le combat à cheval par les nobles est entraînement et divertissement pour eux. Le combat à pied est un spectacle éminemment populaire. Se sont ainsi élaborés au cours de trois siècles de manœuvre et d’observation du comportement du bétail, les techniques d’esquive qui devaient engendrer le toreo de cape et de muleta, de même que le geste essentiel de l’estocade à mort basé sur l’anatomie de l’animal. L’abattoir a été le lieu d’entraînement privilégié, parce qu’il réunissait naturellement les taureaux et la main d’œuvre au sein de laquelle naîtraient les premiers toreros professionnels rémunérés au XVIIIe siècle.

Sur ces bases passées, au cours des vingt années qui vont de 1730 à 1750, Séville assiste au développement complet du processus d’invention des corridas de toros modernes. Le premier traité de tauromachie sera édité à Cadix en 1786.

L’évolution technique

Dans la généalogie de cette race bovine, c’est la vache qui transmet l’agressivité, et la « noblesse » (dans le jargon taurin le fait de ne jamais renoncer, toujours répondre par la charge à la provocation du mouvement) ; le mâle transmet le physique. L’éleveur recherche donc, par les essais d’accouplement de ses vaches et de ses mâles reproducteurs au fil des générations, à obtenir des animaux dotés des meilleures de ces caractéristiques : bravoure chez les vachettes ; combattivité, persévérance, puissance et beauté physique chez les futurs adultes mâles issus des essais d’accouplement. Cette synthèse de la beauté et de la dangereuse puissance chez l’animal pourvu d’une « armure » aiguë (ses cornes), contrastant avec la fragilité physique de l’homme qui s’avance héroïquement, est bien sûr un facteur clé de la « chimie émotionnelle » ressentie par le public.

Ne pas perdre son sang-froid face au danger, et soutenir le combat jusqu’à la mort de l’animal. Doté d’une force physique bien moindre mais d’une intelligence plus grande, leurrer et esquiver le taureau est pour l’homme la seule façon d’échapper à la blessure ou à la mort.

Jusqu’au début du XXe siècle, dans le toreo à pied, l’homme « gère » l’affrontement avec l’animal par l’esquive et la mobilité constante. Tout cela présente un aspect assez désordonné. On n’a pas encore inventé d’autre façon de faire. Mais va surgir en 1913 un matador, Juan Belmonte, qui va révolutionner la technique par l’immobilité du corps, parce qu’il n’avait pas les moyens physiques d’une esquive permanente. Il choisit d’être le maître du terrain et de substituer au toreo de jambes, le toreo de bras, en obligeant les taureaux à faire ce qu’ils ne voulaient pas faire, leur imposant des allées et venues autour de son corps proche de l’immobilité absolue, et constamment à la recherche d’un accord entre le mouvement de l’étoffe et la vitesse de la charge de l’animal, mais en contrôlant et en réduisant cette vitesse, de façon à donner à la passe lenteur et durée. Aimanter le regard de l’animal, imposer la cadence sans se faire toucher l’étoffe (idéalement, ou le moins possible), pour prolonger le mouvement rotatif, ce qui dessine d’éphémères moments de beauté plastique, ordonner les trajectoires de l’animal. C’est là grande difficulté, sous la menace permanente du coup de corne si le regard de l’animal lâche le leurre de l’étoffe pour revenir sur l’homme. Belmonte a conçu le toreo comme l’antithèse de la lutte, de la brusquerie, de la rapidité qui étaient celles de la corrida primitive. Il a éprouvé le toreo comme cadence, rythme, suavité du geste. 

L’élevage taurin

C’est en Andalousie que s’est constitué ce que l’on pourrait appeler le laboratoire des taureaux faits pour la corrida. Le jeu ancestral avec les Aurochs sauvages étant devenu spectacle, avec ses professionnels, la production de bêtes concentrant les meilleures caractéristiques à cet effet devint nécessaire. Apparaitront donc successivement, en 1740, 1757, 1760, à Utrera près de Séville, trois premiers élevages de taureaux dédiés à la corrida. 

Seuls les mâles sont destinés aux arènes. Avant cela, ils grandissent librement en troupeau, parcourant les immenses domaines fonciers des éleveurs (qui consacrent trois hectares d’espace par animal), sans contact (ou le moins possible) avec l’homme qui les surveille à distance et se contente de leur apporter la vaccination et le complément de fourrage éventuellement nécessaire en hiver. Une vie sauvage et privilégiée au grand air, qui fait de ces animaux des athlètes.

Comme chez les cervidés, les caprins, etc. les mâles s’affrontent, durement. Chez le taureau brave, le blessé, celui qui n’a plus la force de se relever, subit les attaques du reste du troupeau, sans pouvoir toujours être sauvé par l’intervention des hommes. Nature et espèce animale impitoyables avec la faiblesse. Nietzsche a noté la chose, la Nature fortifie le fort et affaiblit le faible, améliore la santé de celui qui est sain et multiplie les maladies du malade. « Un malheur n’arrive jamais seul » dit la sagesse populaire. C’est que la Nature n’aime pas les malheureux. Elle est éprise de santé, de beauté, de force, bref de ce qui est qualitatif. Ce qui est malheureux, elle le rend plus malheureux encore, jusqu’à disparition définitive.

A l’âge de quatre ans, adultes, les taureaux seront mis à mort par les matadors (tueurs en espagnol) professionnels. Aux jeunes toreros en formation et n’ayant pas encore l’expérience pour affronter des bêtes plus âgées, on consacre des animaux de trois ans, les « novillos », moins gros, moins armés, dans des corridas nommées pour cela novilladas.

Sans la corrida, qui est le fondement de l’existence de cette espèce animale développée avec ses caractéristiques zootechniques spécifiques pour elle, cette espèce serait vouée au déclin et donc à sa disparition, revenant à celle de l’Auroch primitif.

Ce qui précède la Corrida

Les taureaux voyagent vers les arènes en camions, dans des caissons individuels. A leur arrivée, les sortir des ces boîtes (cajon en espagnol) qui les protègent les uns des autres est appelé le desencajonamiento. Ils auront ensuite quelques jours de détente dans les corrals de l’arène, afin de s’acclimater et récupérer de l’inconfort du trajet.

C’est là que les matadors et leurs équipes viennent les observer préalablement et que se fera la répartition entre eux par tirage au sort effectué par les hommes de confiance représentant chaque matador. Comme un rituel, le numéro de chaque taureau est inscrit sur un petit morceau de papier à cigarette que l’on roule en boule et que l’on met dans un chapeau. Un second chapeau recouvre la main qui va tirer au sort deux taureaux par matador. Qui sera bien servi ce jour-là ? Qui le sera moins ? Qui pourra développer au mieux ses passes, exprimer son toreo, jusqu’à l’enchantement du public qui fera un triomphe ? Quelle bête révèlera un comportement hors du commun allant jusqu’à provoquer la demande de grâce par le public, et quelle autre sera davantage banale ? Y aura-t-il dans ce lot un taureau dont la destinée en fera un tueur ? La dramaturgie de la corrida commence là. Et le moment de vérité, dans l’arène, apportera les réponses.

La Corrida

Une corrida se déroule toujours en présence d’un représentant de l’autorité, un élu, un notable local, qui fait office de présidence placée à un balcon dédié et qui prendra diverses décisions au cours du déroulement. Les textes qui réglementent la corrida ont force de loi et dépendent du ministère de l’Intérieur espagnol. Outre la présence de membres des forces de l’ordre derrière les barrières, deux représentants de l’autorité, cavaliers vêtus de noir coiffés d’un chapeau à panache blanc (les Alguazil), veillent au respect du règlement par les protagonistes. Ce sont eux qui démarrent la corrida en allant saluer la présidence dont ils perçoivent la clé ouvrant la porte aux taureaux, puis vont chercher les cuadrillas, les matadors et leurs assistants pour les mener jusqu’à la présidence qu’ils saluent eux aussi. Les Alguazil sont ceux qui remettent aussi les oreilles ou la queue du taureau au matador ayant brillé.

L’harmonie municipale est également présente pour animer la corrida entre chaque taureau et annoncer diverses étapes de son déroulement. Elle joue sur ordre de la présidence lorsqu’il est manifeste que le ballet de l’homme et de l’animal atteint un degré de beauté et de charge émotionnelle qui mérite d’être salué.

Après la mise à mort, le public manifeste le cas échéant son souhait de voir le matador récompensé (les oreilles, la queue, selon la qualité de la faena, la prestation), ou le taureau gracié, en agitant des mouchoirs blancs. La corrida est le dernier lieu authentique d’expression démocratique et du référendum. 

Avant qu’il ne surgisse dans l’arène, le taureau reçoit sur l’échine les couleurs de son élevage (petite épingle à rubans).

La cape

Dès sa sortie, il est appelé par des coups de cape afin de le faire réagir, observer sa course, sa charge, son comportement. Pour l’œil avisé des professionnels et des connaisseurs du bétail, c’est l’occasion de tirer diverses informations qui seront utiles à la suite du combat, la lidia ; pour le public, c’est celle d’admirer l’animal dans toute sa puissance et sa nervosité d’origine.

Sans tarder, le matador muni d’une large cape (el capote, traditionnellement jaune or et rose fuchsia) vient accrocher le regard du taureau. Les premières passes le laissent volontairement poursuivre sa course. On l’intéresser progressivement au mouvement de l’étoffe. Puis subitement, le voilà aimanté, il suit de la tête cette chose insolente qui se dérobe à ses cornes. C’est là encore l’occasion d’observer le comportement de l’animal, et pour le matador de produire des poses sculpturales dans le mouvement. On met un terme à la série de passes par un vif retrait de la cape vers le corps, afin de rouvrir le champ large de l’arène à la vue du taureau. Durant cette première étape, le matador conserve sa coiffe (la montera) sur sa tête.

La pique

Puis vient le moment où l’on pique l’animal, au moins à deux reprises. C’est le premier moment qui indigne les « anti ». Le picador, à cheval et armé d’une lance procède à ces piques. Pourquoi cette étape ? Nous savons que pour la beauté et l’émotion du spectacle, l’éleveur cherche à obtenir des animaux dotés des meilleurs des caractéristiques des géniteurs qu’il fait s’accoupler. Pour mieux avancer dans le choix des animaux reproducteurs, il faut donc tester leur descendance in situ, et essentiellement leur bravoure. La pique est le moment de vérité en la matière. Après une première blessure, on observe si le taureau va de nouveau oser charger le cheval et recevoir une nouvelle pique. Le taureau révèle sa bravoure, son caractère, s’il pousse avec les reins, pattes arrière abaissées par l’effort, le front collé au matelas qui protège le cheval, « patiemment », sans coup de tête, malgré le fer. Sans la pique, la sélection qualitative des élevages déclinerait.

Un taureau qui par couardise refuse de se confronter à la pique n’offrira pas les conditions ensuite requises idéalement pour produire ce ballet entre l’homme et le danger, et pour pouvoir procéder à la mise à mort dans les meilleures conditions, pour l’animal, et pour la réussite générale de la prestation du matador. La pique, en effet, inutile de se le cacher, sert aussi bien sûr à tempérer la fougue initiale du taureau, et faire qu’il ait un port de tête moins haut, de façon à rendre possible la dernière phase à la muleta (l’étoffe plus petite et rouge). Il n’y a aucun esprit sadique dans la pique, mais de la simple nécessité pratique. Elle obéit à un placement réglementaire du cheval et du taureau qui se fait de part et d’autre des deux cercles tracés sur le sable, qui établissent la distance faite pour créer la charge spectaculaire de l’animal. Après chaque pique, on contrôle le comportement du taureau à la cape, pour juger de la nécessité de prolonger ou de stopper la phase de pique. C’est la présidence qui accorde ou non l’arrêt de la pique sur la demande du matador.

Les banderilles

Elles succèdent à la phase de pique. Leur fer posé sur notre main peut nous paraître important. Il faut ramener sa dimension à celle de l’animal de 500 kilos. Ces fers en forme de harpon sont précisément calibrés pour traverser sa peau épaisse et s’y accrocher sans pénétrer abusivement le muscle. La pose crée certes des blessures, légères, mais l’objectif selon la profession est avant tout, après l’épreuve de la pique, de re-stimuler la combattivité du taureau et qu’il reprenne confiance par le fait de voir l’homme fuir devant lui. L’intention artistique étant omniprésente dans la corrida, le papier crépon entourant le bois des banderilles bien positionnées crée un bouquet de couleurs. Elles sont habituellement posées par la cuadrilla (les assistants du matador), mais un matador également entraîné à cette technique de course croisant la trajectoire du taureau, peut choisir de les poser lui-même. C’est un exercice difficile, fait en courant, sans le secours de la cape, la poitrine exposée par les bras levés sur la tête de l’animal au moment de clouer, et qui n’est pas toujours couronné de succès, donnant parfois lieu à des ratés peu esthétiques et des fuites peu glorieuses. Un banderillero ayant plu au public sera autorisé par le matador à quitter la barrière pour venir saluer et remercier la foule.

La muleta

La lidia (le combat) d’un taureau s’achève avec la phase de muleta (étoffe rouge plus petite, fixée à un bâton de saisie). Avant de commencer, le matador peut souhaiter honorer une connaissance, un ami, une personnalité présente dans les gradins, en lui dédicaçant les passes et l’estocade qu’il va effectuer, auquel cas il confie à cette personne sa montera (son chapeau). En l’absence de dédicace, certains matadors défient le destin en lançant leur montera par terre. Le monde des toreros est pétri de superstitions. Une montera tombant « bouche ouverte », c’est-à-dire l’intérieur tourné vers le ciel, comme la bouche restée ouverte d’un cadavre, n’est pas de bon augure. Et certains matadors refusant que leur montera soit tombée du côté « défavorable », ne l’acceptent pas et la retournent bouche vers le bas de la pointe de l’épée avant d’entamer la faena.


Une montera tombée « du bon côté »

Le matador va construire sa faena en alternant des passes sur chaque corne, de la main droite avec l’étoffe étendue par l’épée, puis de la main gauche, la passe dite naturelle, avec l’étoffe réduite (l’épée restant tenue par la main droite). Le matador est de fait davantage exposé au coup de corne dans l’exécution des passes de la main gauche.

Comme nous l’avons dit dans la présentation de Juan Belmonte, la passe consiste à trouver l’accord entre le mouvement de l’étoffe et la vitesse de la charge de l’animal, mais en contrôlant et en réduisant cette vitesse, de façon à donner à la passe lenteur et durée. Aimanter le regard de l’animal, imposer la cadence sans se faire toucher l’étoffe (idéalement, ou le moins possible), et en baissant la main le plus possible, ce qui ajoute de la beauté à la gestuelle.

Mais chaque taureau a son lot de passes à donner. Lorsqu’il n’est plus possible de tirer de lui sa participation à la faena, vient le moment de le mettre à mort. Un taureau qui se sera comporté de façon exceptionnelle, avec une bravoure et une noblesse que rien n’aura pu entamer, répondant inlassablement à chaque sollicitation du matador, peut être gracié (l’indulto en espagnol) à la demande de ce dernier ou du public. Une opportunité que n’a jamais le bovin d’élevage qui finit à l’abattoir. Acclamé, il finira sa vie comme reproducteur pour transmettre ses qualités. Le matador accomplit alors un simulacre d’estocade, sans épée, se contentant de toucher l’animal à l’endroit où elle aurait dû s’introduire.

Au moment de la mise à mort, l’étoffe de la muleta, arme d’illusion, a pour fonction de faire baisser la tête du taureau afin de présenter la zone d’introduction de l’épée tout en déviant la tête de l’animal pour éviter le coup de corne. Si le taureau ne suit pas l’étoffe, le matador peut être mortellement blessé. Le matador met sa vie dans la balance tout au long de la faena, mais plus encore à chaque mise à mort.. « Pour que le taureau perde la vie, je dois lui donner l’opportunité de me faire perdre la mienne » dit Saul Jimenez Fortes, matador. Il n’y a aucun sadisme de la part du matador ni du public spectateur. Si la mort du taureau n’est pas obtenue rapidement, qu’il faut plusieurs coups d’épée, le matador est hué et voit le bénéfice de ce qu’il a pu réaliser durant la lidia réduit à néant. Personne, chez les matadors et dans le public n’éprouve de plaisir à voir une mise à mort se prolonger par de multiples coups d’épée. L’argument d’inhumanité brandi par les écologistes anti-corrida est fallacieux. Le monde taurin, professionnels et aficionados est éminemment respectueux du dieu Taureau dans la réalisation de ce spectacle tragique. Si la mort n’est pas immédiate avec l’introduction entière de l’épée, il est nécessaire d’achever l’animal en lui sectionnant le bulbe rachidien, ce qui cette fois provoque la mort instantanée. Un attelage de mules, enfin, évacue le taureau et les garçons de piste remettent l’arène en état pour la lidia suivante.

Conclusion

Dans notre époque, est-il inutile, superflu, dépourvu de sens d’affirmer publiquement la valeur du courage, les ressources de l’homme sans le secours des machines, sa capacité à créer de la beauté gestuelle, fut-ce au cœur du danger et au mépris de la mort ? La Corrida a toujours eu une dimension politique. La gauche l’associe aux valeurs franquistes. Elle découle de racines plongeant dans le polythéisme païen de l’Antiquité. Elle n’est pas le terrain de l’Open Society des Soros, des Caron, des métrosexuels urbains. Elle est le domaine d’hommes et de femmes de Tradition. Elle est ancrée dans le réel. Il y a du sang, auquel ne sont plus accoutumés ceux qui consomment des blancs de poulet achetés en barquettes au supermarché et qui n’ont jamais eu à tuer un lapin. Elle est un ballet et une tragédie baroque où la mort se manifeste, que certains Occidentaux ramollis par des décennies de « progressisme gauchiste » ne sont plus capables de supporter. On imagine leur capacité à combattre pour leur pays en cas d’invasion armée.

Le matador Jose Tomas sérieusement accroché par son taureau

Le toreo est l’art qui exprime le mieux tout à la fois la vie, la mort, l’astuce, la peur, la terreur, l’agonie, l’intelligence, et la beauté. Il n’y a au monde pas d’autre rituel qui soit autant didactique, tragique, beau, comme la Tauromachie. Si vous ne l’avez jamais fait, venez assister à une corrida.