Il y a certes un débat d’idées en France, mais il flotte à la surface des choses. Les grandes pétitions d’intellectuels de gauche d’il y a cinquante ans, ne sont plus ce qu’elles étaient. Il n’y a plus que quelques noms du monde du spectacle que l’on mobilise contre le « climat change ». On entend par ailleurs dire que l’intelligence et l’initiative culturelle sont passées à droite. Quelque chose a bien bougé dans le débat d’idées, mais pas ou insuffisamment encore dans la réalité sociale française. Pourquoi ? Parce que schématiquement il y a ces deux grandes masses, ces deux vecteurs sociaux que sont le monde de l’enseignement et le monde médiatique. Deux systèmes de manipulation des esprits d’une redoutable efficacité. Or, ces deux secteurs sont plus que très fortement orientés politiquement, idéologiquement, à gauche.
80 à 90 % du monde médiatique est à gauche, et 70 % du monde de l’enseignement. La partie restante pèse peu face à cette force installée. Enseignement et médias, ce n’est pas rien, ce n’est pas à la surface des choses, c’est au cœur de la société puisque tous les Français passent par l’école, et tous les Français (presque tous) écoutent la télévision, la radio. Ces deux secteurs sont des conservatoires de la pensée dominante et de redoutables vecteurs de transmission des idées de gauche. Qui tient ces secteurs tient la société, contrôle l’opinion. Et c’est bien consciente de cela que, depuis Antonio Gramsci, la pensée de gauche a investi ces secteurs de façon quasi monopolistique, à travers les centres de formation au journalisme et à l’enseignement, sans que la « droite » ait jamais fait quoi que ce soit pour contrecarrer cette mainmise. Il y a deux choses qui expliquent ce phénomène d’accaparement des esprits.
D’abord le fait que la gauche n’est pas une idéologie comme une autre. Elle a le comportement d’une véritable secte à caractère religieux. Les gens de gauche semblent convaincus de devoir accomplir une mission de rédemption sur Terre. Il est donc évident que la gauche ne peut pas ne pas faire de prosélytisme beaucoup plus activement qu’à droite. A droite, face au désaccord, le réflexe semble être plutôt de se dire « je pense qu’il se trompe ». Mais ça ne va pas plus loin. La droite est trop molle, modérée. Et la faiblesse des modérés devient fascinante quand on observe tous les évènements qui en sont sortis (dixit Abel Bonnard). Quand quelqu’un de gauche entend quelqu’un de droite, on sent qu’il éprouve une souffrance profonde, ou une colère qu’il lui est difficile de contenir, parce que l’homme de droite est pour lui un « suppôt de Satan ». C’est souvent vérifiable.
Ensuite le fait que, comme l’a relevé le politologue et sociologue marxiste Sergueï Kara-Murza, les sociétés dites « démocratiques » reposent sur le libre-consentement, qui est une chose très difficile à obtenir. La seule façon d’obtenir une assise politique, c’est donc de procéder à la manipulation des consciences. Car on ne peut théoriquement pas, sous masque démocratique commander, ordonner à coups de menton, on deviendrait ridicule. Or, il faut avoir toujours le soutien du peuple. Kara-Murza relève qu’obtenir l’accord raisonné de deux personnes ce n’est déjà pas évident, dix c’est très difficile, alors des millions n’en parlons pas. La seule solution, c’est donc de s’emparer d’un certain nombre de ressorts psychologiques qui vont permettre de manipuler la conscience des foules (la télé et l’information sont à cet égard de formidables instruments, mais aussi l’enseignement). A partir de là, on n’a plus besoin de contraindre puisqu’on télécommande la pensée des gens. Il n’est plus nécessaire d’avoir des esclaves, on a dématérialisé l’esclavage, ses chaînes sont virtuelles. Le consentement n’est plus libre qu’en apparence. Et Kara-Murza se dit un adversaire virulent de la démocratie à cause de cela, parce que c’est dit-il une aliénation de l’homme pire encore que celle qui résultait des vieilles sociétés aristocratiques. C’est intéressant venant d’un sociologue soviétique. On est là également dans le propos de Sergueï Tchakhotine auteur en 1939 du Viol des foules par la propagande politique.
Gustave Lebon disait pour sa part que les idées mettent à peu près une cinquantaine d’années à descendre dans l’esprit de la foule. D’où le décalage retard entre le débat d’idées des intellectuels, universitaires à un instant T, et le moment où ces idées touchent l’opinion tenue sous influence du discours imposé.
Nous assistons enfin depuis quelques années au commencement du salutaire basculement de la réalité sociale française contre le marxisme culturel après des décennies de débat d’idées et de « magistère moral » imposé par la gauche depuis 1945. La gauche domine, pour l’instant encore et espérons-le pour le moins longtemps possible, la radio et la télévision publique, le Conseil constitutionnel, le Conseil d’État, Bercy, la magistrature, la production culturelle, la législation sur la liberté d’expression d’inspiration soviétique, la législation sur l’immigration, mais elle ne pèse plus grand chose dans les urnes, son carcan sur le pays réel s’est fissuré.
