Les vertus même du nationalisme

La devise de Vichy n’en fait pas pour autant un des hauts-lieux du fascisme. Combattre la démagogie, la facilité, l’esprit de jouissance n’est que la partie négative du fascisme, celle qui est commune au fascisme et à d’autres doctrines qui ont analysé correctement l’esprit démocratique et qui en souhaitent la disparition. On n’est pas fasciste par le seul fait qu’on réclame la disparition de la comédie parlementaire. J’approuve aussi ces vertus que le régime de Vichy recommandait, l’épargne*, le travail, la patience, vertus paysannes, vertus sérieuses. Ce sont les vertus de la sagesse et de la santé. Et elles ne valent pas seulement par le sérieux qu’elles mettent dans la vie nationale, mais encore parce qu’elles repoussent et excluent : le clinquant, la publicité, la vanité tapageuse, la spéculation, enflure et parade du monde moderne, qui déguisent mal la prostitution et le dessein de vivre du travail d’autrui. Ces vertus robustes sont le fond de la tapisserie antidémocratique. Elles font partie du fascisme comme le refus du marchandage parlementaire et de toutes les autres formes de la bassesse et de la tricherie. Mais elles ne sont pas davantage le propre du fascisme. Ce sont, en réalité, les vertus mêmes du nationalisme. Et toute doctrine fondée sur le respect de la nation et le refus de l’hypocrisie moderne peut aussi les revendiquer. On n’est pas fasciste par le seul fait qu’on aime l’honnêteté.

  • Maurice Bardèche, Qu’est-ce que le fascisme ? (1961)

*Commentaire : cette vertu de l’épargne que l’on reproche à Vichy, que Guy Konopnicki reproche avec mépris aux Français qui « stockent des patates », La Place de la nation, Editions O.Orban, 1983 (voir notre article Le cosmopolitisme jusqu’à la nausée, répertorié dans la thématique Mondialisme, Cosmopolitisme), ses détracteurs étrangement n’y trouvent rien à redire lorsqu’elle était vantée aux Anglais par Churchill : « Économisez les petites pièces, les billets s’économiseront d’eux-mêmes ». Nous vivons sous la domination d’une pensée de tartuffes malhonnêtes.