De la notion d’élite dans un régime politique

L’élite représente ce qu’il y a de meilleur dans le peuple parce qu’elle regroupe les éléments physiquement les plus sains, moralement les plus purs, politiquement les plus conscients de l’intérêt de la nation. Étant l’émanation de ce qu’il y a de meilleur et de plus vigoureux dans la nation, cette minorité se substitue au peuple lui-même, c’est-à-dire qu’elle a le pouvoir d’approuver à sa place et de réaliser en son nom. Cette existence d’une élite à laquelle le régime lui-même confère une fonction propre dans l’État est la négation la plus vivante et la plus frappante du credo démocratique fondé sur la toute-puissance du nombre.

Cette élite assure une triple tâche qui lui est naturellement dévolue parce que les multitudes suivent, mais sont impuissantes à créer. D’abord, les idées nouvelles doivent être portées au commencement par les forts : eux seuls peuvent provoquer la rupture des habitudes et des intérêts, eux seuls peuvent accomplir le dur travail des pionniers. Et c’est leur première tâche. Mais ensuite et chaque jour, la multitude a besoin d’exemples. Car elle est perfectible, mais ne peut être perfectionnée que par l’exemple. C’est pourquoi toute idée, comme toute religion, a besoin de vies exemplaires qui l’incarnent. Et c’est la deuxième tâche de ceux qui portent l’idée. Et enfin, un pouvoir fort, justement parce qu’il est fort, a toujours besoin d’agents sûrs, fidèles, désintéressés, qui lui indiquent ses erreurs, ses omissions, ses ignorances et qui, en revanche, fasse comprendre ses objectifs et ses décisions. Et c’est la tâche proprement politique de l’élite, qui est de contrôle et d’instruction. Ces trois tâches correspondent aux trois principes du pouvoir que la célèbre théorie de Montesquieu séparait, mais qui en réalité sont réunis dans tous les États complets et sains. A la première tâche, correspond la crainte, car aucun État ne peut se passer de discipline. A la deuxième tâche correspond l’honneur, car aucun État ne peut se passer d’idéal. A la troisième tâche correspond la vertu, car aucun État ne peut se passer de désintéressement. Et à ces trois principes correspondent aussi les trois vertus cardinales de l’action : le courage dans la confession de la foi, le sacrifice dans la pratique de chaque jour, l’amour dans la vocation qu’on donne à sa vie.

Maurice Bardèche, Qu’est-ce que le fascisme ? (1961)