A qui sert la pensée de gauche ?

Comment peut-on être encore marxiste au XXIe siècle ? Le socialisme, le communisme et leurs émanations altermondialistes, écologistes, pourraient-ils exister s’ils n’avaient une fonction précise dans le système idéologique dominant ? Pourquoi la gauche et l’extrême-gauche révolutionnaire sont-elles l’objet de tant de bienveillance de la part des régimes économiquement libéraux ? Ses façades légales ont pignon sur rue dans l’échiquier électoral (Lutte ouvrière, NPA, LFI…), tandis que la droite nationaliste, souverainiste, identitaire, est unanimement diabolisée et condamnée. La réponse est simple :

Le socialisme actuel n’est plus qu’un succédané, qu’un ersatz entretenu et financé par le grand capital. Au bord de la faillite en 2006 par manque de lecteurs, le quotidien Libération a été renfloué par l’argent du Baron Rothschild, et L’Humanité aurait disparu de longue date sans le soutien subventionné de l’État. Dans les années 1980, le nombre minimal de députés requis pour pouvoir constituer un groupe parlementaire (ce qui procure certains avantages) à l’Assemblée nationale était de 30 ; les députés communistes étant à l’époque tombés à moins de 20 députés (16, et encore grâce au renfort bienveillant de 4 écologistes) en 2007, le seuil fut opportunément baissé de 30 à 15 afin de leur permettre de demeurer constitués en groupe (avec les avantages que prévoient les textes régissant l’assemblée par rapport à des députés « isolés »). Les leaders socialistes sont formés dans les écoles étatiques ENA, Science Po, ils sont souvent agents de la fonction publique, ils sont des piliers du système actuel. Les dirigeants de l’extrême-gauche font partie du système. S’ils étaient véritablement une menace pour ce dernier, nul doute qu’ils seraient eux aussi diabolisés.

En réalité, si le socialisme fait l’objet de tant de bienveillance et d’entretien, ne serait-ce pas parce qu’il est in fine un outil majeur de la grande finance ? Au nom des acquis sociaux, de la solidarité, les gouvernants, de la pseudo-droite ou de gauche, peuvent pressurer les classes moyennes. Le socialisme libéral ou le libéralisme social, visages du Janus républicain, pratiquent le chantage social. Par un habile tour de passe-passe, les revenus des classes moyennes sont outrageusement ponctionnés pour financer les innombrables aides sociales et sont donc partiellement redistribués aux assistés de tous poils, oisifs et cas sociaux. Ces derniers sont les enfants chéris des « social-démocraties » et des grands financiers qui les manipulent. Un cas social est une aubaine : il consomme tout, n’épargne rien, n’acquiert pas de patrimoine durable. Il est l’homo consumens idéal. 

Au bilan, la soi-disant redistribution des richesses qu’est censé organiser le système social n’est qu’une machine à transformer les finances publiques en bénéfices privés. Grâce aux revenus sociaux, les pauvres redeviennent solvables et empruntent, achètent à crédit à des taux usuraires, renégocient leurs dettes, gavent les banquiers du fruit de leurs allocations. Au nom de la sacro-sainte solidarité, les grands financiers peuvent endetter les peuples sans demander leur consentement. Aujourd’hui, chaque Français qui naît hérite de 43.000 euros de dette selon les estimations les plus récentes (premier trimestre 2022), avec un taux d’endettement du pays à 114% du PIB ! (il était à 80 % fin 2010, il s’est envolé de près de 3 000 % depuis 1980). On exige de lui qu’il finance son avenir, la retraite de ses aïeux, mais aussi et surtout, l’afflux inextinguible de migrants légaux ou non, dont beaucoup ne travailleront jamais de manière officielle donc ne cotiseront à rien mais auront droit à tout. Les bénéficiaires de ce surendettement sont aux deux extrémités du spectre social : les assistés d’une part, les magnats de la finance de l’autre.