La peste jacobine

Le jacobinisme est une maladie de l’esprit dont les origines remontent loin dans le temps. Il porte en effet en lui une vieille tare de l’esprit humain : le manichéisme. Phénomène mental bien plus ancien que le personnage, Manès (ou Mani, IIIè siècle de l’ère chrétienne), qui lui a donné son nom et qui n’a fait que formaliser une conception déjà présente, depuis longtemps, chez des populations d’Orient. Tare d’autant plus appréciée par ceux qu’elle marque, qu’elle offre le mérite de la simplification outrancière, toujours tentante pour les esprits limités.

Vision selon laquelle il y aurait depuis toujours, dans l’univers, opposition de deux principes, celui du Bien et celui du Mal. D’où une conclusion, séduisante car rassurante : quand on est dans le camp du Bien, on est à l’abri de tout doute, de toute erreur et il est donc non seulement licite, mais légitime, nécessaire et salutaire de lutter par tous les moyens contre le camp du Mal, jusqu’à son extinction, qui apportera la félicité universelle et éternelle.

Cette maladie mentale, qui refuse d’accepter la complexité du réel, a marqué de son empreinte les monothéismes, dont toute la logique – si on peut utiliser ce terme en l’occurrence – repose sur un affrontement entre la Vérité (celle du Dieu unique) et l’Erreur (tout ce qui ne fait pas allégeance au Dieu unique).

A la fin du XVIIIè siècle, le jacobinisme, forme laïcisée du monothéisme, a hérité de celui-ci la conviction que sa cause est sainte. Si elle n’est plus bénie par Dieu – laïcité oblige – elle l’est par la Raison. La Déesse Raison. Une Déesse dont le règne allait apporter le bonheur à l’humanité. A condition bien sûr que celle-ci se plie au modèle unique, uniformisateur et égalitaire porté par les apôtres des Droits de l’Homme. D’où l’application terroriste, par l’État jacobin, du mot d’ordre évangélique : « Qui n’est pas avec moi est contre moi ».

Pierre Vial.