Le courant libertarien sous l’œil de l’Élysée

Il y a en France des sujets qui soudain semblent mériter une attention toute particulière. En ce moment se déroule une crise politique et sécuritaire majeure dans le pays, plus de 1 000 agressions gratuites par jour, plus de 120 attaques au couteau par jour, des attentats terroristes commis par des clandestins qui auraient dû quitter le territoire, mais pour l’occupant de l’Élysée l’urgence est ailleurs. Selon France Info, l’Élysée a jugé bon de mandater des « experts » de sociétés privées de conseil pour observer un phénomène qui prend de l’ampleur sur les réseaux sociaux depuis quelques semaines : la montée du courant « libertarien », adepte d’un interventionnisme minimal de l’État dans la vie des gens et d’une diminution drastique du gaspillage de l’argent public. Voilà donc que ces analystes s’attèlent à décrypter les discours de certains comptes sur X (le réseau social de Elon Musk ex-Twitter). 

Ce qui préoccupe au sommet de l’État aujourd’hui c’est de voir se diffuser l’idéologie libertarienne dans des cercles de plus en plus étendus, puisque de plus en plus d’intellectuels, de leaders d’opinion de droite, de figures politiques, de journalistes, réputés comme crédibles, partagent les publications de certains comptes qui critiquent donc le Système, estimant que l’on paie trop d’impôts, comptes suivis par des dizaines de milliers d’abonnés.

Le raisonnement est limpide. Pour l’Élysée, s’opposer aux impôts excessifs ne serait pas seulement une question économique, mais un marqueur idéologique douteux. Il faut donc faire des fiches. Car après tout, si l’on commence à questionner la place de l’État dans ce pays, où cela nous mènera-t-il ? Des citoyens qui demandent des comptes sur l’utilisation de leur argent, qui trouvent que les taxes sont trop élevées et osent le dire, quel culot ! 

Mais pourquoi tant d’inquiétude, au point de dilapider une énième fois l’argent des Français pour un douteux rapport ! On parle ici d’une idée qui propose simplement moins d’État, moins d’impôts, davantage de liberté individuelle, rien de bien révolutionnaire pour tout esprit normalement constitué, simplement une philosophie qui part de l’hypothèse que peut-être après tout l’État n’est pas la solution à tous les problèmes, mais en est plutôt la cause.

Cette inquiétude vient de l’influence du nouveau président argentin Javier Milei qui met en place, lui, une véritable politique de coupes budgétaires dans les gaspillages d’inspiration gauchiste, et avec succès. Si en France l’État commence à se crisper seulement à cause de quelques voix « dissonantes » sur les réseaux sociaux, c’est parce que ces idées trouvent aujourd’hui un étendard, et pire encore un exemple concret qui fonctionne donc en Argentine. Javier Milei n’a pas attendu pour passer de la théorie aux actes. A peine élu, il a réduit de 35 % les dépenses publiques en 2024, supprimé 60 % des dépenses allouées au « développement social », refusé toute complaisance envers les bureaucrates, et rétabli l’équilibre budgétaire en un temps record. Pour rappel, le dernier budget français en équilibre fut celui de 1974 année de l’arrivée du funeste Giscard d’Estaing, début de la dégringolade aux abysses. Le résultat est simple : en 2024 l’Argentine a affiché un excédent budgétaire de 357 millions de dollars, une première depuis quinze ans. Milei est en train de sauver progressivement un pays qui fut autrefois l’un des plus riches d’Amérique du Sud avant de sombrer en raison d’une politique économique interventionniste qui a fait exploser l’inflation, les dépenses publiques, la dette, et placé l’Argentine, comme la Grèce, sous le contrôle du Fonds monétaire mondial. Pendant ce temps, la dette publique française est passée à 3 300 milliards d’euros au troisième trimestre 2024 soit 113,7 % du PIB, les dépenses publiques françaises pèsent 57,3 % du PIB, ce qui constitue un record parmi les pays développés, pendant que les prélèvements obligatoires écrasent les travailleurs, les classes moyennes, les entreprises. Les Français maintenus sciemment dans les difficultés par ce Système (la pauvreté est une stratégie de contrôle) sont des drogués accrocs à la dette. Et en retour l’État multiplie les restrictions, les normes, les surveillances.

Alors que disent ces différents comptes jugés libertariens par le pouvoir ? C’est que tout cela va dans un appareil administratif pléthorique, dans des subventions clientélistes et dans des dépenses sociales non maîtrisées. Dès lors on comprend mieux l’angoisse qui aujourd’hui saisit et tétanise l’État. Car si Milei ne provoque pas l’apocalypse économique que ses détracteurs annonçaient à son sujet, comment justifier ensuite la nécessité d’un État tentaculaire pour la France ? Il ne faudrait surtout pas que l’opinion publique réalise que l’étatisme français n’est pas une fatalité.

Mais il y a aussi le problème de la réduction de la liberté d’expression. Face à cette sorte de libertarianisme à la française de bon sens qui tend à monter, l’État a deux réflexes pavloviens bien connus : ficher et museler. D’un côté on va surveiller, rédiger des rapports, on identifie ces fameux influenceurs, on suit leurs réseaux, c’est le Big Brother français qui met tout en place pour garder le contrôle sur sa population. Le simple fait aujourd’hui de partager les idées libertariennes mérite donc une surveillance accrue, c’est un véritable crime de la pensée qui rend fébrile les arcades du pouvoir. De l’autre côté, on ajuste évidemment le paysage audiovisuel avec toute la « neutralité » que l’on connaît et qui s’impose : la chaîne de la télévision numérique terrestre, C8, écartée : une mise en conformité « pour le bien de tous » afin de « garantir un débat public harmonieux et apaisé ». Et si cette tête tombée pour l’exemple pousse les autres médias à s’autocensurer, c’est purement fortuit. A côté de cela nous avons tout le secteur public audiovisuel qui continue à avoir ses émissions où ils peuvent dire absolument tout ce qu’ils veulent, tout cela à nouveau sous perfusion de l’argent des Français.

Jusqu’ici, le pouvoir pouvait ignorer ces idées libertariennes cantonnées à un débat entre économistes universitaires. Mais voilà que ça commence à glisser dans le discours politique de certaines figures de la droite, qui évoquent la tronçonneuse et le « Afuera » de Milei, et c’est ce qui inquiète aujourd’hui. C’est le signe que quelque chose change. Jusqu’ici, la droite française aimait bien critiquer l’impôt tout en le maintenant une fois arrivée au pouvoir avec beaucoup de dépenses publiques. Et c’est bien là le cauchemar dans lequel réside l’Élysée : voir ces idées gagner en crédibilité et en audience, jusqu’à devenir une alternative politique sérieuse. Si les Français, lassés de l’alternance entre deux formes de socialisme, un socialisme de gauche et un socialisme de droite (car comme l’a dit Ghislain de Diesbach, il y a en France deux grands partis de gauche dont l’un s’appelle la droite), si les Français décidaient d’essayer autre chose, cela renverserait la table. Car comme le soulignait Friedrich Hayek, l’auteur phare de l’école d’économie autrichienne qui inspire les libertariens, plus un État est interventionniste plus il engage son peuple sur la route de la servitude. D’autant que la France l’a oublié mais elle a été un pays qui a produit de nombreux auteurs à la base du libéralisme économique, dont Frédéric Bastiat à qui nous avons consacré un article en août 2024 (Bastiat, le libéral inconnu des Français répertorié dans la thématique Économie), Bastiat référence dans de nombreux pays mais totalement passé sous silence par le Système en France.

L’Élysée ne redoute pas une poignée de comptes X, mais une prise de conscience collective, un réveil qui pourrait bien envoyer au tapis tout ce Système qui nous martyrise depuis trop longtemps.