La France s’est-elle auto-piégée dans son rapport à l’Algérie ? Quand on s’enferme dans une représentation fausse du réel, les actions qui suivent cet enfermement sont inévitablement inadéquates.
La première chose à faire quand on observe les faits, c’est d’avoir le souci de la description des choses telles qu’elles sont. Or, il y a du côté des autorités algériennes absence de réciprocité du discours tenu par la France.
Depuis des décennies l’ensemble de la classe politique française, à quelques exceptions près, présente généralement l’Algérie comme une nation « amie », une nation sœur, au destin historique partagé. A entendre l’oligarchie française, fondamentalement la France n’aurait que de nobles sentiments à l’endroit de l’Algérie qui en retour n’aurait que de nobles sentiments à l’endroit de la France. Un discours d’érotomane. Cette classe politique française se fait croire qu’elle, et la France, sont aimées de l’Algérie alors qu’elles ne le sont peut-être pas, pour parler par euphémisme. Il ne suffit pas d’aimer très fort quelqu’un pour que cette personne nous aime en retour. Or c’est le problème avec l’histoire de l’Algérie. Quand on observe l’expression de l’Algérie sur la France, nous ne sommes pas du tout dans un discours sur le mode « nous sommes des partenaires historiques, nous avons traversé l’épreuve de la réconciliation et désormais nous faisons face à l’Histoire ensemble main dans la main ». Absolument pas. A sans cesse tenir un discours d’érotomane qui s’ajoute à celui de la « repentance » (la France a eu tort, elle est coupable, elle n’aurait jamais dû venir chez vous, etc.) doublant l’érotomane d’un masochiste, face à un discours algérien de perpétuel reproche, comment la classe l’oligarchie politico-administrative française peut-elle dans de telles circonstances espérer un dialogue fructueux et amical !?! Elle se raconte des fables, elle se ment à elle-même.
Et il y a en Algérie contre la France un discours revanchiste, vindicatif fort (ces mots d’un ministre à l’Assemblée nationale algérienne, « La France, notre ennemi traditionnel et éternel »), qui est un des fondements du régime du FLN depuis l’indépendance. Mais plus encore, c’est un régime qui a façonné sa population, ce qui fait qu’elle a intériorisé ce discours revanchiste à l’encontre de la France, on a souvent l’occasion de le constater dans le cadre de l’exportation d’une partie de sa population sur le sol français.
Du point de vue des Algériens, leur indépendance est une grande réussite. Mais sur le plan de la réussite historique, pour l’instant nous sommes davantage sur le registre de l’échec. C’est un régime qui a confisqué les richesses et les fortunes à l’avantage de quelques-uns, et qui dans les faits condamne une partie de sa population à s’exiler, population qui arrive en France et nous place dans ce paradoxe algérien où la fierté est d’autant plus forte qu’elle n’est pas vécue sur le sol algérien. Une partie de la population algérienne arrive ici, et est entretenue dans une forme de fantasme contre le pays qui la reçoit. La France accueille ces Algériens, dont une partie en tout cas, n’a pas une déclaration d’amour aussi forte envers la France. Le discours de ces « influenceurs » algériens actuellement à l’œuvre sur l’Internet contre la France est une chose, mais pourquoi y a-t-il un terreau qui soit réceptif à ce discours en France même ? La question est autant celle de ces quelques énergumènes appelant ouvertement au crime contre les Français, que celle des centaines de milliers de personnes réceptives à ce discours.
Les désormais célèbres Accords de 1968 sont devenus le symbole du privilège algérien dans la vie politique française. Dès lors, si l’on veut créer une suite, si l’on veut remettre en cause l’ampleur de l’immigration algérienne, qui se poursuit aujourd’hui à travers le flot de visas délivrés, pas seulement aux apparatchiks du régime, si l’on veut contenir des flux migratoires qui transforment la France en profondeur, la dénonciation de ces accords est un préalable indispensable. Alors on nous dit que c’est trop complexe, argument traditionnel de ceux qui ne veulent rien faire. Rien ne sera possible s’il n’y a pas une déculpabilisation préalable de la mémoire française, sans tenir aucun compte de l’avis algérien, pour affirmer enfin la vérité sur l’œuvre française sur cette autre rive de la Méditerranée, qui n’a pas été si « terrible » que cela si l’on en croit ce qui a été laissé à l’Algérie lors de l’indépendance, et l’accroissement de sa population sous l’action sanitaire et médicale française. Sur ce sujet, le lecteur peut utilement se tourner vers les ouvrages de l’historien expert de l’Afrique Bernard Lugan. La France n’a commis là-bas aucun « crime contre l’humanité, contrairement au propos révoltant en 2017 lors d’un voyage officiel de l’occupant de l’Élysée.

