Les Français croient en l’État. Ils croient même que sans l’État la nation française n’existerait pas, qu’elle n’aurait jamais pris forme. Cette croyance est ancienne. Elle a débuté dit-on avec le règne de Philippe le Bel. Et à chaque problème, les Français croient que l’État est la solution. La chose était rappelée en 1850 par l’économiste français Frédéric Bastiat en ces mots : « …Mais alors on s’apercevra qu’on est réduit à compter avec une population qui ne sait plus agir par elle-même, qui attend tout d’un ministre ou d’un préfet, même la subsistance, et dont les idées sont perverties au point d’avoir perdu jusqu’à la notion du droit, de la propriété, de la liberté et de la justice. » Se pourrait-il donc que les Français se trompent, et que l’État, loin d’être la solution à tout, soit aussi le problème, et même sans qu’ils ne s’en aperçoivent, que l’État soit leur ennemi ?
Ce 10 octobre est présenté par le premier ministre le projet de loi de finance 2025. Le budget, c’est l’expression de l’ensemble des missions de l’État, dans toutes ses dimensions, dans sa volonté de prendre en charge la collectivité, de prendre en charge les problèmes des Français, de leur trouver une solution. L’État a réponse à tous nos problèmes. C’est un réflexe partout présent en Occident, mais sans doute davantage en France : quel que soit le problème, la première pensée va à quelle loi peut projeter le gouvernement, ou encore quel programme peut-il mettre de l’avant, de quelle manière peut-il financer un nouveau programme pour résoudre le problème qu’expose la situation aux yeux de tous ?
Mais l’État, c’est la façade abstraite derrière laquelle il y a des hommes, qui prennent des décisions. Et l’on ne se pose pas la question de savoir si l’État ne créerait-il pas lui-même plusieurs des problèmes qu’on lui demande de résoudre. Est-ce que l’État finalement n’est pas le meilleur des pompiers pyromanes. La thèse est connue qu’en France l’État, avec sa royauté et ses robins, ses hommes de robe, clercs et juristes, aurait créé la nation, alors qu’en Italie, en Allemagne, la nation aurait précédé et créé l’État. C’est relativement vrai, mais on abuse de cette thèse. Quand on dit que l’État a créé la nation, ça ne veut pas dire « nous devons la création de la nation à l’État-providence », ça ne veut pas dire que le socialisme administratif a créé la nation, ça ne veut pas dire que l’État tel qu’on le connaît aujourd’hui a créé la nation. Et on a tendance à voir les socialistes, la gauche, s’emparer de l’État tel qu’il est aujourd’hui pour prétendre que toute l’histoire de France a conduit à ses programmes, à ses idées. Ce qui est plutôt inexact.
Point de départ : quelle est la fonction de l’État, à quoi sert-il, pourquoi finançons-nous ce mammouth ? Sa première fonction est d’assurer la sécurité intérieure, assurer la préservation de nos libertés, de notre propriété. Et c’est ce que nous lui demandons d’assurer. Mais c’est aussi, pour cela et pour garantir l’indépendance de la patrie, assurer la protection des frontières, éviter des intrusions qui viendraient déstabiliser le pays. C’est la double sécurité promise par l’État. Tient-il parole, tient-il sa promesse aujourd’hui en la matière ? Il ne semble pas exagéré, pour parler par euphémisme, de dire que non.
Ce que l’oligarchie appelle aujourd’hui l’État de droit, programme une double paralysie de l’État. Cet « État de droit » dévoyé privilégie souvent le délinquant au moment de commette un crime en disant que c’est la société qui l’y a poussée. Et dès lors, la société devrait s’excuser, c’est elle pour ainsi dire qui est coupable des crimes que commet le malfaiteur. Nous sommes dans la « classique » et pathologique inversion des normes sous l’empire de laquelle on nous fait vivre. Il ne s’agit donc pas de l’empêcher de nuire, il s’agit d’empêcher qui soit trop puni. L’État avait originellement pour mission de l’empêcher de nuire, finalement l’État de droit s’allie trop souvent avec le délinquant.
Pour ce qui est des frontières, l’État les protège-t-il encore ? Non. Aujourd’hui, avec l’État de droit, il finance, il rend possible le transfert organisé de masses de populations pour nous dit-on servir tel ou tel segment de l’économie (comme si toute cette masse allait se retrouver sur le marché d’un emploi où il y a déjà plusieurs millions de chômeurs, et ne sera point une masse d’assistés sociaux), pour servir tels ou tels segments électoraux de la gauche. L’État organise donc lui-même la submersion migratoire, ou à tout le moins il n’y résiste pas.
L’État de droit n’assure plus la sécurité, il se retourne contre l’État régalien, en disant qu’il fait le contraire. Plus encore, l’État utilise les moyens de nos impôts pour financer des associations (plus d’un milliard d’euros l’année dernière) militantes qui se disent humanitaires, et qui cherchent à paralyser l’action de l’État lorsqu’il s’agit de notre sécurité, si ce dernier en vient à ne pas se soumettre pleinement à l’action de ces associations (rappel, huit ONG dont Amensty International, la Cimade, la Ligue des droits de l’homme, Médecins sans frontières, saisissaient en 2019 le tribunal administratif pour empêcher la France de livrer des vedettes rapides destinées aux gardes côtés Libyens afin de lutter contre les départs de migrants, voir notre article L’insupportable business des associations d’aide aux « migrants », cliquez pour y accéder). Et l’État se laisse faire par ces gens, se laisse mener devant des tribunaux comme un vulgaire fautif, au lieu de mettre au pas ces pétaudières d’activisme gauchiste. L’État prend l’argent durement consenti par l’impôt, pour le verser à des associations qui vont contrarier son action pour nous protéger, on ne peut pas faire plus dément et inepte. Le lien documenté entre submersion migratoire extra-européenne et insécurité est reconnu aujourd’hui (après combien de négation durant tant d’années !). Cette schizophrénie de l’État sous l’empire de l’État de droit crée donc une insécurité toujours plus considérable, insécurité qui exige des investissements de sécurité eux aussi toujours plus considérables. Tout ceci est le résultat d’une défaillance première de l’État qui a renoncé à assumer sa véritable responsabilité d’assurer la sécurité des Français.
On sait par ailleurs que l’État assure, avec « l’État social », par un socialisme invisible, inconscient, un socialisme auquel les Français se sont tellement habitués qu’ils le nomment libéralisme. Et les dépenses sociales sont toujours plus considérables, pour les populations nouvelles qui arrivent, mais aussi pour une partie de la population qui s’habitue à l’assistant (note propos de Bastiat en introduction). L’État, en finançant des dépenses sociales nouvelles, décourage de croire en la vieille éthique du travail, il pousse les moins vertueux, les moins honnêtes, à se demander comment ils pourraient avoir davantage d’allocations de la part du mammouth qui pourrait ainsi les épargner d’avoir à travailler, pour profiter plutôt des différentes redistributions sociales.
Mais les choses vont encore plus loin. Prenons la question du pouvoir d’achat. On entend sans cesse dire qu’il faut que l’État agisse en faveur du pouvoir d’achat. C’est même essentiel. Que demande-t-on à l’État en la matière ? De redistribuer, à travers différents « chèques » qui se multiplient d’une manière ou de l’autre, en oubliant que la véritable manière d’augmenter le pouvoir d’achat des uns et des autres c’est de permettre à chacun de profiter des fruits de son travail, et de ne pas être toujours taxé et imposé de mille manières avec cette espèce de jeu étrange qui consiste à faire que l’on gagne de l’argent, on le donne à l’État qui crée une structure bureaucratique, laquelle verse ensuite le petit reste en nous demandant de dire merci. En écrasant l’entreprise de charges, en écrasant la vitalité et la liberté économique, l’État crée les conditions d’une pauvreté relative qu’il prétend ensuite combattre en prenant encore plus d’argent pour le redistribuer en « chèques ». Cet État socialiste aime tenir dans sa main les larves dépendantes auxquelles on donne leur pitance.
L’État n’assure même plus la transmission de la culture par l’école. Il a globalement saccagé l’école depuis une soixantaine d’années. Il l’a d’abord fait par des méthodes pédagogiques destructrices qui ont enivré l’enseignant « progressiste », qui ont détruit l’idée même de transmission culturelle. L’État s’est converti à toutes les théories pédagogiques bizarres qui consistaient à déconstruire la culture générale, déconstruire la transmission, le mérite, parce qu’il fallait faire de l’école le lieu de la création d’une société nouvelle et d’un individu « libéré » de la tradition. On ne dira jamais suffisamment combien les idées de gauche ont fait de mal au pays. Non content de ne plus assurer la transmission culturelle, l’État fait entrer dans l’école des associations militantes, soit au nom de l’idéologie du Genre, soit encore au nom de la propagande pro-migrants, pour endoctriner les cerveaux malléables de la jeunesse et de les mouler dans ces orientations. Et cet État ne parvient même plus à assurer la sécurité, ni des élèves, ni des enseignants comme on vient de le voir à Tourcoing où l’affaire s’est limitée à une gifle, et non pas à une décapitation… Et quand les parents cherchent à s’en tirer, soit avec l’école faite à la maison, soit par l’école privée, que celle-ci soit sous contrat avec l’État ou hors contrat, tout est fait pour compliquer leur vie et limiter la possibilité de sortir du piège.
Sans parler de la limitation du droit de propriété, en réalité totalement bafoué, par la légitimation du squat, au prétexte du « droit au logement » de celui qui se présente et a décidé de s’emparer de votre bien.
Au regard de ce panorama très partiel, demandons-nous si l’État, de temps en temps, n’est pas le problème.
La France est le pays aux impôts les plus élevés. Et pourtant l’État, et l’oligarchie politique et technocratique ont toujours l’impression de ne pas en prendre assez. L’État a toujours besoin d’un impôt nouveau pour financer ses opérations qui sont par ailleurs toujours plus déficitaires et qui relèvent toujours plus de l’endettement, le prochain impôt se profile, selon les récents propos du ministre des Territoires, avec dans la fiscalité locale avec un retour déguisé de la taxe d’habitation. A un moment donné, un esprit relativement équilibré s’apercevrait que quand on en prend toujours plus on en gaspille toujours plus, et qu’il serait de bonne pensée de sortir de ce logiciel. Si l’État considère qu’il n’en a pas encore pris assez, à quel moment va-t-il se dire que ça va trop loin ? Jamais apparemment sous la structure politico-technocratique française. Il y a toujours de l’idée pour nous braquer davantage. Plus l’État taxe, plus il impose, plus il gaspille. Et surtout plus il crée, donnée souvent oubliée, un immense appareil administratif qui vampirise les forces de la société. Même le diable dans ses intentions les plus machiavéliques n’aurait pu imaginer une structure administrative aussi complexe et capable de dévorer une société. Un multi-étagier administratif qui pour s’alimenter a toujours besoin de prélever davantage. Et il prétend être au service du bien commun. Dans les faits, il est surtout au service de sa propre expansion et de sa capacité à dévorer les ressources collectives.
La dynamique sociale, dans un pays sur-étatisé, c’est que vous ne mettez plus votre énergie au service de la création de votre richesse individuelle, elle est mise dans une mécanique d’appropriation de la richesse des autres, qui nomme ce détournement de fonds redistribution et justice sociale. Les plus démunis doivent être aidés, là n’est pas la question, mais sous ce prétexte, dans les faits on braque trop souvent et abusivement la classe moyenne. La gauche dit souvent que l’État fait des cadeaux fiscaux, philosophie qui suppose que l’argent que vous gagnez ne vous appartient pas, l’État va vous laisser une petite part une fois qu’il aura comblé ses besoins qui, on le sait, sont infinis. Cette politique laisse croire que le problème n’est pas des dépenses absolument folles prises dans ce carcan administratif, mais le fait que l’on n’aurait pas encore suffisamment taxé. Pourtant, on le sait, c’est la misère dans les services de police, dans la justice, à l’hôpital… Où passe l’argent ? De ce point de vue, la sortie de ce système n’est pas seulement une nécessité économique, mais une nécessité morale. Pourtant, les Français, confits dans le socialisme et l’égalitarisme, sont rétifs au libéralisme. Nous ne sommes pas à la veille en France d’un Big Bang libéral. Si les Français sont rétifs au libéralisme idéologique économique à l’anglo-saxonne, ils ne sont pas rétifs aux révoltes antifiscales. Le système, avec sa force de propagande, a fait une très mauvaise réputation au Poujadisme, parce qu’il s’est agi précisément d’une révolte antifiscale et antibureaucratique des petits indépendants, artisans, commerçants, au moment où commençait à se construire l’État-providence. Les Gilets Jaunes bien sûr, cette révolte contre la hausse du carburant, hausse minime à l’époque sur une hauteur déjà tellement élevée, la goutte d’essence qui a fait déborder le vase. Et pourtant le commun des mortels sentait que cette toute petite hausse allait gâcher sa vie, avec raison. Ce en quoi l’on remarque que l’État kleptocrate et fiscalophile fait mal non seulement aux classes moyennes les plus prospères, mais également aux plus démunis.
