On ne peut pas comprendre la révolution bolchevique, la soviétique et celles qui ont été à l’œuvre ailleurs en Europe, si l’on en ignore les principaux acteurs. C’est à ce travail d’éclairage que s’est attelée Anne Kling. C’est une connaissance fondamentale parce que cette entreprise de subversion menée depuis le XIXème siècle a toujours des conséquences de nos jours dans nos pays occidentaux. Un ouvrage de présentation de ce catalogue d’activistes à conseiller particulièrement à chaque génération de notre jeunesse, avant que les mouvements gauchistes héritiers de cette pensée rouge, encore tellement vivaces et agissants avec la complicité médiatique, ne viennent y faire leur moisson, les égarent et les instrumentalisent contre les intérêts vitaux de notre continent.
Nous trouvons en première page ces deux extraits cités :
« Il n’y avait pas une seule organisation politique de ce vaste empire qui ne fût influencée par des Juifs ou dirigée par eux. Le parti social-démocratique, le parti socialiste révolutionnaire, le parti socialiste polonais comptaient tous des Juifs parmi leurs chefs. (…) Plehve maintenait que 80 % des révolutionnaires en Russie étaient Juifs. Plus que les Polonais, les Lettons, les Finlandais, ou même que n’importe quel groupe ethnique du vaste empire des Romanoff, ils [les Juifs] ont été les artisans de la révolution de 1917 » – Dr Angelo Solomon Rappoport, Pioneers of the Russian revolutions, Londres, 1918
« Tout ce qui n’est pas « conforme » est gênant. Je crois à la vertu des vérités qui gênent » – André Gide, Journal, 8 décembre 1944
L’auteur signe en avant-propos :
Dans sa saga relatant l’histoire commune des Juifs et des Russes pendant la période soviétique, intitulée Deux siècles ensemble (tome 2, 1917/1972), Alexandre Soljenitsyne écrit ceci : « … Plus tard, en 1939, embrassant du regard les destinées du judaïsme sous le noir nuage de l’ère nouvelle qui s’annonçait, le même Bickerman écrivait : « La grande différence entre les Juifs et le monde qui les entourait était qu’ils ne pouvaient être que l’enclume, et jamais le marteau. » Je ne prétends pas creuser ici, dans cet ouvrage limité, les grandes destinées historiques, mais j’émets sur ce point une réserve catégorique : peut-être bien en fut-il ainsi depuis que le monde est monde, mais à partir de l’année 1918, en Russie, et pendant encore une quinzaine d’années, les Juifs qui ont adhéré à la révolution ont servi également de marteau – du moins une grande partie d’entre eux ».
En d’autres termes, les révolutionnaires juifs jouèrent un rôle essentiel dans la révolution bolchevique, aussi bien dans sa gestation que dans la phase de consolidation qui suivit. Cette fois-là, il furent bel et bien le marteau, et le peuple russe l’enclume. En réalité, leur rôle se poursuivra bien plus longtemps que la quinzaine d’années évoquée plus haut, quoique de façon moins ostentatoire. A la mort de Staline, en 1953, n’oublions pas que le numéro deux du régime est Lazar Kaganovitch. Dont les pouvoirs n’étaient pas de carton-pâte.
Dans l’extrait reproduit ci-dessus, Soljenitsyne semble faire démarrer cette très forte influence à l’année 1918. Sans doute, après les accusations d’antisémitisme qui s’étaient abattues sur lui à l’apparition de l’Archipel du Goulag, en 1973, a-t-il éprouvé le besoin de redoubler de prudence et de circonspection.
En réalité, les révolutionnaires juifs n’avaient pas attendu 1918 pour se manifester. Ils étaient déjà massivement présents dans les mouvements de la fin du XIXème siècle et du début du XXème siècle, qui donnèrent bien du fil à retordre à la police tsariste et préparèrent la voie au coup de force d’Octobre. Et ils étaient déjà largement financés depuis l’étranger. Finalement, Lénine et sa bande parviendront, à la faveur de la guerre mondiale qui faisait rage, à tirer les marrons d’un feu auxquels ils ne croyaient presque plus.
Pour apprécier pleinement le rôle de ces précurseurs pré-bolckeviks, il faut rappeler la situation des Juifs dans l’empire tsariste à l’aube du XXème siècle : leur population, de l’ordre de cinq à six millions de personnes, représentait environ 4 % de la population russe totale. Ils étaient tenus de résider sur certaines parties du territoire de l’empire, nommées « zones de résidence », essentiellement l’Ukraine et la Biélorussie. Il est exact que le pouvoir tsariste manifestait une vive suspicion à l’égard de cette communauté qui refusait obstinément de se fondre dans le moule national. Il faut remarquer à ce propos que les restrictions et limitations qui effectivement la frappaient étaient automatiquement levées en cas de conversion à l’orthodoxie. Une possibilité dont fit usage le grand-père maternel de Lénine. Commerçant juif d’Odessa du nom d’Israël Davidovitch Blank, il devint Alexander Blank après sa conversion.
Le présent ouvrage ne prétend nullement réécrire une énième fois l’histoire de la révolution bolchevique, ni même d’en éclairer tous les aspects. Cette histoire longue et complexe a été abondamment décrite, sans doute pas toujours avec toute l’objectivité souhaitable.
Rappelons simplement que la révolution d’Octobre proprement dite démarre à Petrograd (anciennement Saint-Pétersbourg), alors capitale de la Russie, par une insurrection armée dirigée par Trotski, dans la nuit du 24 au 25 octobre 1917 (de l’ancien calendrier julien, qui correspond en fait à la nuit du 6 au 7 novembre). A partir de cette date, les bases de la révolution bolchevique vont être rapidement lancées.
Dans les mois qui suivirent, une vague de révolution déferlèrent un peu partout en Europe : Allemagne, Hongrie, Finlande, Italie. Révolutions qui seront écrasées, laissant les bolcheviks – qui espéraient étendre le feu révolutionnaire au monde entier – plutôt isolés et en proie à la guerre civile.
Cet ouvrage se propose de braquer un court instant les projecteurs sur un certain nombre d’acteurs de la première heure de cette révolution qui fut particulièrement sanglante et inhumaine. Les hommes et les femmes qui seront ici évoqués eurent tous d’importantes responsabilités et jouèrent un rôle, souvent majeur, dans cette très macabre tragédie. Car comment qualifier autrement ce régime qui, se proposant en toute simplicité d’établir la paix et la justice universelles(*), ne parvint qu’à mettre à genoux les peuples et les pays qu’il réussit à tenir dans ses griffes, tous dévastés au sortir de cette aventure ? Ces personnages, enfin, étaient tous issus des communautés juives de Russie et des pays voisins.
Encore faut-il préciser que ces portraits ne représentent nullement tous les protagonistes qui auraient mérité d’y figurer. Ceux-là sont infiniment plus nombreux et surgissent en fait de partout dès que l’on se penche avec attention sur la question. Bien sûr sont ici présents les incontournables ainsi qu’un certain nombre d’autres bien injustement tombés dans l’oubli. Leurs actes, pourtant, justifieraient une attention bien plus soutenue. (…) nombre de ces personnages mériteraient un livre à eux seuls pour détailler leurs agissements et les conséquences qu’ils eurent sur un nombre incalculable de vie. (…)
Il ressort quelques caractéristiques communes à tous ces portraits et elles sont assez étonnantes : ainsi ces révolutionnaires juifs, quoique vivant sous un régime tsariste affreusement antisémite, font des études, voyagent, se rendent un peu partout en Europe et même bien plus loin, aux Etats-Unis ou en Chine. Ils parviennent même à publier un certain nombre de journaux : Novy Mir, la Pravda, Iskra, Nache Slovo, etc. Tous verront le jour durant ces années d’exil. Qui les finançait ? (…)
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(*) Nous sommes là pleinement dans la transcription en action politique d’une aspiration religieuse messianique, celle du tikkun olam, voir notre article dédié La pensée juive veut « réparer le monde », répertorié dans la thématique Mondialisme, Cosmopolitisme.

