Sur la compromission de la presse dans les démocraties…

Et en France en particulier.

Dans l’art de convaincre, le renouvellement des sujets masque la répétition des procédés et, par là-même, assure leur pleine efficacité. Et il est impossible de traiter de la manipulation dans une société de communication sans évoquer le rôle de la presse. Il faut cependant préciser le propos, entre presse d’information, et presse de loisir.

Le citoyen moderne baigne dans un milieu saturé d’informations. Si la tromperie intervient à ce niveau, et qu’il n’est pas doté d’esprit critique, il n’a aucune chance de recouvrer sa lucidité. Les démocraties reprochent aux régimes ouvertement totalitaires de miser sur la propagande pour arracher le consentement ou la résignation des populations. Les sociétés démocratiques, véritablement démocratiques, au contraire, énoncent que c’est l’information qui doit s’opposer à toute forme de manipulation. Mais l’information est-elle toujours cet antidote de la manipulation, ne prête-t-elle jamais la main aux mystificateurs ? A priori, sa liberté semble être la garantie absolue du citoyen. 

La France est un cas à part. Nonobstant les dénégations, c’est une société totalitaire à masque démocratique. Un cas à part dans le monde des démocraties parce que sa presse n’est pas libre. Elle est détenue par quelques fortunes amies du Système auquel appartient le pouvoir, et subventionnée par ce dernier sur fonds publics. Deux formules bien connues s’appliquent tout autant à la presse qu’à d’autres sujets : on ne mord pas la main qui nourrit, et qui paie ordonne.

Il faut cependant distinguer entre presse d’information et presse de loisir. L’orientation idéologique servie à l’opinion est surtout présente dans la première. Un magazine spécialisé pour les amateurs de broderie ou de moto-cross est en principe moins susceptible de receler des messages politiques d’influence. Mais on connaît des exceptions d’un culot impressionnant, comme ce qui s’apparente semble-t-il à de la propagande subliminale socialiste dans un numéro de Science & Vie Junior par l’utilisation d’un visage donnée pour être une fidèle reconstitution de celui du héros Gaulois Vercingétorix, et qui a d’étranges ressemblances avec celui de François Hollande sur son affiche de campagne présidentielle en 2012. A ce degré de ressemblance, peut-on encore parler de hasard ? Ou encore l’influence véhiculée par des publications dont personne à priori n’aurait idée de se méfier, telle que nous l’avons démontrée dans notre article Endoctrinement gauchiste par les dictionnaires. Ce type de procédés peuvent sembler puérils. Ils sont loin de l’être, ils fonctionnent sur l’inconscient des plus faibles intellectuellement, des moins regardants, sans quoi leurs auteurs ne se donneraient pas la peine d’y avoir recours.

La foisonnante diversité des kiosques donne le sentiment que tous les faits, tous les messages, toutes les images et toutes les idées sont publiées ; que le Français peut tout savoir, à la seule condition de s’en donner la peine. Une impression première qui demande à être nuancée. Multiple, abondante, diverse et contradictoire (uniquement sur certains sujets), la presse est tout sauf parfaite. Au reste, les Français ne lui accordent qu’une confiance relative. Ils ont conscience que cette institution n’assure pas à elle seule la bonne information, qu’elle peut jouer en faveur du mensonge plus souvent que de la vérité. Surtout en cas d’unanimité du discours. Il faut toujours garder en mémoire les mots de Vladimir Volkoff grand spécialiste des méthodes de désinformation : « Le premier symptôme de la désinformation, c’est quand tout le monde dit la même chose ».

Désinformation, le mot est donc lâché. En quelques phrases, pendant quelques jours, les projecteurs de l’actualité jettent une lumière crue sur une réalité qui sera replongée dans l’ombre et l’oubli aussi vite qu’elle ne fut tirée. Il en résulte une image simpliste, caricaturale, éphémère dans laquelle les intéressés se reconnaissent d’autant moins qu’ils ont eux-mêmes souvent une vision partielle autant que partiale de la réalité.

Revenons sur la défiance méritée des Français envers la presse. Un sondage répétitif déjà ancien de la SOFRES de 1975 à 1988 montrait à l’époque que le pourcentage de ceux qui croient à l’indépendance des journalistes avait chuté de 43 à 27 %, tandis que les incrédules faisaient un bond de 48 à 59 %. La tendance actuelle de défiance est similaire, si ce n’est bien supérieure. Si des publications de presse d’information sont toujours existantes, c’est parce qu’elles sont sous la perfusion de la subvention gouvernementale, pas du fait de lecteurs qui les ont massivement désertées (le cas du quotidien Libération est emblématique à ce propos). La chose s’est aggravée avec l’ampleur des mensonges répétés quotidiennement par le gouvernement et les « médecins de plateaux télé » à propos des injections contre le Covid et la dissimulation des effets secondaires tragiques qu’elle ont introduit chez de très nombreux piqués confiants dans la parole de ces « experts ». Depuis, seuls 16 % des Français déclarent faire confiance aux journalistes. Il y a une majorité dans les sondages de Français clairvoyants qui pensent que les professionnels de l’information ne sont pas libres de leurs propos et qu’ils sont contraints sinon de mentir, du moins d’accommoder la vérité, d’en dissimuler une partie, d’en exagérer une autre… A défaut de ne pas le faire, si l’on n’est pas un militant volontaire du Système, on risquerait d’y perdre sa place. Un défaut que nos vertueuses social-démocraties attribuent pourtant aux sociétés totalitaires.

Le monde de la presse apparaît donc être soumis à un faisceau d’influences maléfiques qui ne laissent au journaliste qu’une apparence de liberté. Influences idéologiques dans la presse d’information, influences politiques dans le service public, influences commerciales partout… celui qui tient la plume ou le micro doit toujours sentir dans son dos un « œil noir » qui le regarde, quand il n’est pas lui-même un agent militant dénué de toute déontologie et de neutralité vis-à-vis de ce qu’il relate. Combien de responsables Irakiens, Serbes, Syriens, Libyens, de Russes, Palestiniens, Kanaks à qui la presse et surtout la télévision auront donné la parole pour leur permettre d’exposer leur point de vue dans le cadre des différents conflits et événements concernés afin d’apporter une information objective et équilibrée, et permettre au lecteur, au téléspectateur, de se faire son propre jugement librement ?… la routine du scénario des méchants et du camp du Bien, de l’hémiplégie orientée et malhonnête de la camarilla politico-médiatique française.

Périodiquement, l’opinion se trouve saisie d’« affaires » qui confortent cette image. La télévision publique est particulièrement favorable à ces accès de haute tension et à ces procès de basses intentions, mais la radio et la presse écrite ne sont pas en reste. A l’occasion de telles polémiques, les Français découvrent : que des faits ont été déformés, « oubliés » ou censurés, des contrevérités publiées ; que des journalistes ont été l’objet de sollicitations, de menaces et de sanctions ; que le pouvoir politique impose en sous-main des évictions ou des promotions ; que les puissances financières changent la direction et la ligne de telle publication, et ainsi de suite. Bref, que les organes d’information sont manipulés ou, du moins, qu’ils risquent de l’être. Durant la décennie de guerre dans les Balkans des années 1990, la diabolisation de la Serbie a été quotidienne de la part de la presse et des médias français relayant en perroquets dociles le narratif de la gouvernance occidentale fourni par les agences de relations publiques Ruder Finn Global Public Affairs et Hill&Knowlton basées à Washington. Ces événements terminés, très rares furent les organes médiatiques à dire et reconnaître qu’ils avaient été trompés par le narratif au service de l’Otan et avaient ainsi propagé à leur corps défendant de fausses informations.

L’étrange ressemblance entre le héros Gaulois Vercingétorix selon Science & Vie Junior, et François Hollande sur son affiche de campagne en 2012.