Comme chacun sait, la chose s’est trouvée officialisée jusqu’au sein des gouvernements et des réunions internationales.
Le mot est apparu en 1987 dans le rapport Brundtland, devenu célèbre pour cette raison même. Il s’agissait d’une étude, réalisée pour la CNU-CED (Conférence des Nations Unies pour le commerce et le développement) par la norvégienne Gro Harlem Brundtland, ancien Premier ministre de son pays et directeur général de l’OMS. Intitulé Notre avenir à tous, il recensait les menaces écologiques mondiales qui pèseraient sur l’avenir de la planète et proposait un modèle de « développement durable », défini comme le développement « qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs ». On reste éternellement admiratifs de l’intelligence visionnaire et altruiste de ces gens de gauche.
A l’issue d’une conférence des Nations Unies sur l’homme et l’environnement, en 1972, la Déclaration de Stockholm avait déjà dit la même chose, et lancé le concept d’ « éco-développement ». Mais c’est le « développement durable » qui s’est imposé après le rapport Brundtland, triomphant au fameux sommet de la Terre de Rio en 1992, puis à celui de Johannesburg en 2002. Dans le même temps, le « développement durable » occupe également les participants des sommets de la mondialisation (G8, OMC), et ceux des contre-sommets (Seattle, Gênes, Porto-Allegre, etc.).
En fait, il s’agit d’un double alibi :
– Pour les puissants de la planète, la mise en avant du développement durable vise à faire croire que les multinationales et les gouvernements des pays riches ne sont pas insensibles aux problèmes d’environnement et ne cherchent pas que le profit à tout prix sans s’occuper de l’avenir de la planète.
– Pour les gauchistes de l’écologie révolutionnaire et altermondialiste, cette mise en avant vise à faire croire que l’on recherche à promouvoir un développement économique respectueux de la nature, alors qu’il s’agit d’une arme dialectique destinée à attiser le conflit entre les pays dits « en développement » qui ne décollent pas de la misère, et les pays développés qui seraient responsables de cet état de fait parce qu’ils ne respectent pas les règles du développement durable.
Les uns et les autres adoptent ouvertement cette démarche dans un souci d’ « humanisme ». Cet « humanisme » que l’on retrouve également dans les discours des uns et des autres sur la mondialisation, tant du côté des mondialistes que des altermondialistes. Mais on sait ce qu’il en est de cet humanisme, qu’il s’agisse de celui qui émane des loges maçonniques, ou de celui qui caractérisait, selon Karl Marx, le communisme.
Il n’est nul besoin d’inventer de nouveaux concepts en verbiage technocratique pour respecter, dans la vie économique, les équilibres de la nature (« développement durable ») comme la dignité humaine (« commerce équitable »). Il suffit de prendre au sérieux et de mettre en application la loi naturelle.
