Traiter de Guerre d’Espagne nécessite d’emblée une précision de vocabulaire afin de ne plus avoir à y revenir : les gens rassemblés par l’historiographie officielle sous le terme Républicain, sont des forces de gauche, socialistes, communistes staliniens, et accessoirement anarchistes.
La génération des intellectuels des années 1930 en Espagne, c’est celle de 1898 c’est-à-dire une génération qui a vécu les pertes de l’Empire espagnol, les dernières étant les Philippines et Cuba. L’Espagne n’a pas participé à la Première Guerre mondiale, mais toutes les guerres amènent du malheur ainsi que du sang nouveau et une façon de remettre en cause les schémas politique que l’on pouvait voir auparavant. L’Espagne a vécu une monarchie décadente, jusqu’au début des années 1920 où un général sympathique, face à l’incompétence politique, a pris les choses en main. Il était le père de Jose Antonio Primo de Rivera. La monarchie s’est éteinte en 1931. Il y a eu des élections. Dans la ruralité on a plutôt voté pour les candidats monarchistes, et dans les villes plutôt pour la gauche. La majorité des Espagnols était assez satisfaite de ce changement de régime, à part ceux évidemment qui pensaient pouvoir défendre des privilèges c’est-à-dire ne pas faire évoluer la société économiquement et socialement.
Comme dans tout changement de régime ou de gouvernement, on critique le précédent, le général Miguel Primo de Rivera fait donc l’objet de critiques autant sévère que fausses et injustifiées. Jose Antonio son fils né en 1903, qui commençait une carrière d’avocat, homme de talent promis à une belle carrière, déjà reconnu par ses pairs, se prend à vouloir défendre la mémoire de son père. Pour ce faire, il décide de se présenter aux élections, et fait un bon score sans être élu pour autant. Il songe dès lors à monter un mouvement politique, avec l’envie de prolonger l’œuvre d’amélioration sociale et économique de son père. Mais il savait qu’il lui fallait un programme politique, que n’avait pas élaboré son père qui était un soldat. Il a eu la chance d’avoir beaucoup d’amis qui lui ont fourni l’opportunité d’organiser au Théâtre de la Comédie à Madrid le 29 octobre 1933 une réunion d’affirmation nationale, avec des intellectuels, et environ 3 000 personnes venant de tous les milieux politiques conscients de la nécessité de rénover les choses dans le pays.
Jose Antonio Primo de Rivera a une culture politique solide, il a lu tout ce qui était sorti à l’époque en Allemagne, Hitler, Rosenberg, ce qui s’est passé en Italie, Mussolini, Roberto Farinacci, Curzio Malaparte, il a lu Lénine, Trotski, les grands auteurs de la Révolution conservatrice allemande dont Oswald Spengler et Werner Sombart, il est nourri des oeuvres de Georges Sorel, il a lu les grands intellecuels et contre-révolutionnaires espagnols, Juan Donoso Cortez, Jose Ortega y Gasset.
Jose Antonio Primo de Rivera a pour contemporains Ramiro Ledesma Ramos et Onesimo Redondo. Ledesma Ramos est un intellectuel et journaliste entre autres, fondateur d’un hebdomadaire, La Conquête de l’Etat, à travers lequel il émet des principes politiques qui vont influencer ce que deviendra La Phalange que Primo de Rivera va créer dans le prolongement de cette réunion d’affirmation nationale du 29 octobre 1933. Ledesma Ramos est également le fondateur des Rassemblements d’Offensive Nationale-Syndicaliste, les JONS (Juntas de Ofensiva Nacional-Syndicalista). Onesimo Redondo, est pour sa part un syndicaliste fondateur des Rassemblements Castillans d’Action Hispanique (Juntas Castellanas de Actuacion Hispanica).
C’est l’alliance de ces trois hommes et de leurs mouvements qui donnera la Phalange espagnole (Falange Española de las JONS). Dans une Espagne où la franc-maçonnerie était très puissante, plus puissante qu’en France à la même époque, notamment dans les milieux militaires, une Espagne où les anticléricaux étaient déjà là et très actifs (pas toujours à tort d’ailleurs), Primo de Rivera condamne la démocratie et ce qu’il appelle la farce des petits papiers que l’on jette dans une urne en verre, il veut un État antilibéral, anticommuniste, religieux catholique, et antimaçonnique bien sûr. Le mouvement de la Phalange sera très social dès la promulgation des 27 points de son programme. On trouve entre autres parmi ces 27 points (liste complète en fin d’article), une définition de la nation comme unité de destin dans l’universel. Unité de l’Espagne donc, ce qui montre que Primo de Rivera n’est pas favorable aux séparatismes cultivés dans certaines régions du pays. Il défend une vision traditionaliste des terroirs, avec une reconnaissance d’autonomie dans certaines décisions locales, ce que l’on nomme de nos jours principe de subsidiarité. Il est pour l’abolition des partis politique pour donner préférence à la Patrie, personne dit-il n’est jamais né dans un parti politique. Il attache une grande importance à la place et au rôle des Corporations et des Corps intermédiaires. Il voit l’armée comme dépositaire des valeurs héroïques de l’Espagne et comme recours en cas de danger subversif. Étant critique du libéralisme et du communisme, il voit la nation comme un gigantesque syndicat de producteurs organisés corporativement en organisations syndicales par branches d’activité, c’est-à-dire un État national-syndicaliste. Il est pour le démantèlement des grandes propriétés agricoles insuffisamment exploitées, et l’octroi en conséquence de parcelles cultivables aux paysans, ce qui avait un aspect moral (le servage existait encore chez certains grands propriétaires) mais était aussi une nécessité économique. La démarche rejoint celle du national-socialisme hitlérien qui souhaite transformer le paysan en un propriétaire de moyenne entreprise prospère.
L’histoire a fait que la Phalange originelle n’était pas un mouvement fasciste, contrairement à celle proche du début de la guerre civile. Les réalisations italiennes étaient visibles, celles de l’Allemagne naissante en 1933 ont été visibles dès l’année suivante, la Roumanie avait la Garde de Fer de Codreanu… Les premières années de la Phalange résonnent de toutes ces matrices naissantes en Europe. La Phalange est le produit d’une génération politique européenne qui par mimétisme arrive à des constats similaires sur les effets néfastes du démocratisme et du communisme. La Phalange est aussi un mouvement allègre et inscrit dans une modernité, Primo de Rivera dit qu’il veut une Espagne allègre et en jupes courtes, poétique. Il y a une mystique de la Phalange, que l’on verra dans les faits, puisqu’à la fin de la Guerre d’Espagne énormément d’anarchistes de la CNT et de la Fédération anarchiste ibérique, opposés au communisme victorieux des « Républicains » qui les avait massacrés durant le conflit, rejoindront la Phalange. A son âge d’or, avant la guerre civile, le mouvement comptera 3 000 à 4 000 militants encartés, souvent des intellectuels et des étudiants. Ce chiffre grossira considérablement, pour atteindre 80 000 adhérents pendant la guerre.
La Phalange a subi des attaques et la répression de la droite démocratique et des socialistes du Frente popular, fermeture de ses locaux, interdiction de publication de ses journaux, militants emprisonnés… Il faut rappeler que la période de 1933 à 1936, et surtout à partir de 1934 avec la Révolution des Asturies fomentée par les socialistes, année qui est celle du véritable début de la guerre civile et non 1936, cette période est celle de meurtres politiques quotidiens en pleine rue entre les factions rivales de la politique espagnole. Les principaux cadres dirigeants de la Phalange seront emprisonnés, et à de rares exceptions tous mourront en détention, ou ensuite pendant la guerre.
La Guerre d’Espagne fut précédée par le soulèvement nationaliste du 18 juillet 1936 contre le pouvoir de gauche en place depuis février 1936. Dans cette année de troubles, Jose Antonio Primo de Rivera sera emprisonné à Alicante par les Républicains et fusillé le 20 novembre 1936. Parmi les soldats qui firent partie de cette révolution derrière le général Franco, un tiers n’étaient pas des militaires de métier mais issus des mouvements politiques et parmi ce tiers 56 % furent des Phalangistes soit 40 000 hommes de première ligne, et 34 % des Carlistes (monarchistes traditionalistes). Tous types de participants confondus, la Phalange engagera 128 000 hommes dans la guerre. C’est la Phalange qui a créé l’Auxilio social, c’est la Phalange qui a créé le Secours d’hiver avec Pilar Primo de Rivera, la sœur de Jose Antonio, c’est la Phalange qui distribuera 200 000 repas par jour à Madrid quand ils libèreront la ville en 1939.
En hommage à Jose Antonio, en 1939, des jeunes de la Phalange se relaieront pour porter son cercueil sur plus de 400 kilomètres d’Alicante au site royal de l’Escurial à Madrid. En 1959, il sera transféré, toujours à dos d’homme, dans la basilique du Valle de los caidos.

Don Jose Antonio
Les 27 points de la Phalange, énoncés en octobre 1934.
Nation – Unité – Empire
1 – Nous croyons en la réalité suprême de l’Espagne. La fortifier, l’exalter et l’étendre est la tâche collective urgente de tous les Espagnols. A la réalisation de cette tâche, devront se subordonner inexorablement les intérêts des individus, des groupes et des classes.
2 – L’Espagne est une dans son destin universel. Toute inspiration contre cette unité, doit être repoussée. Tout séparatisme est un crime que nous ne pardonnerons pas.
La constitution en vigueur, en ce qu’elle incite aux désagrégations, attente contre l’unité de destin de l’Espagne. C’est pourquoi nous exigeons son abrogation immédiate.
3 – Nous avons la volonté d’Empire. Nous affirmons que la plénitude historique de l’Espagne est l’Empire. Nous réclamons pour l’Espagne un poste important en Europe. Nous ne supportons ni l’isolement international, ni l’immixtion étrangère.
Quant aux pays de l’Amérique latine, nous tendons à l’unification de culture, d’intérêts économiques et de pouvoir. L’Espagne revendique son statut de centre spirituel du monde hispanique, comme titre de prééminence dans les entreprises universelles.
4 – Nos forces armées – sur terre, sur mer et dans les airs – devront être aussi capables et nombreuses qu’il sera nécessaire pour assurer à l’Espagne, à tout instant, la complète indépendance et la hiérarchie mondiale qui lui correspond. Nous rendrons aux armées de terre, de mer et de l’air toute la dignité publique qu’elles méritent, et nous ferons, à leur image, qu’un sens militaire imprègne toute l’existence espagnole.
5 – De nouveau l’Espagne cherchera sa gloire et sa richesse sur les routes de la mer. L’Espagne doit aspirer à être une grande puissance maritime pour le danger et pour le commerce. Nous exigeons pour la Patrie la même hiérarchie pour les flottes maritimes et pour les flottes aériennes.
État – Individu – Liberté
6 – Notre État sera un instrument totalitaire, au service de l’intégrité de la Patrie. Tous les Espagnols y participeront à travers leur fonction familiale, municipale et syndicale. Personne ne participera à travers les partis politiques. Le système des partis politiques sera aboli implacablement, avec ses conséquences : suffrage inorganique, représentation par des bandes en lutte, et Parlement du type connu.
7 – La dignité humaine, l’intégrité de l’homme et sa liberté sont des valeurs éternelles et intangibles. Mais seul est vraiment libre celui qui forme partie d’une nation forte et libre. Il ne sera licite à personne d’user de sa liberté contre l’union, la force et la liberté de la Patrie. Une discipline rigoureuse empêchera toute tentative d’envenimement, de désunion ou de rébellion des Espagnols contre le destin de la Patrie.
8 – L’État national-syndicaliste permettra toute initiative privée compatible avec l’intérêt collectif. Plus encore, il protégera et stimulera les initiatives profitables.
Économie – Travail – Lutte de classes
9 – Dans l’économie, nous concevons l’Espagne comme un gigantesque syndicat de producteurs. Nous organiserons corporativement la société espagnole au moyen d’un système de syndicats verticaux, par branches de production, au service de l’intégrité économique nationale.
10 – Nous répudions le système capitaliste qui méconnaît les nécessités populaires, déshumanise la propriété privée, et agglomère les travailleurs en masses informes, propices à la misère et au désespoir. Notre sens spirituel et national répudie également le marxisme. Nous orienterons l’impétuosité des classes laborieuses, aujourd’hui déviées par le marxisme, vers leur participation à la grande tâche de l’État national.
11 – L’État national-syndicaliste ne s’abstiendra pas cruellement dans les luttes économiques entre les hommes, ni assistera impassible à la domination de la classe la plus faible par la classe la plus forte.
Notre régime rendra radicalement impossible la lutte de classes, puisque tous ceux qui coopèrent à la production constituent en lui une totalité organique.
Nous réprouvons et nous empêcherons à n’importe quel prix les abus d’un intérêt partiel sur un autre, ainsi que l’anarchie dans le régime du travail.
12 – La richesse a comme première fonction – et ainsi l’affirmera notre État – celle d’améliorer les conditions de vie de tous ceux qui forment partie intégrante du peuple. Il n’est pas tolérable que des masses énormes vivent misérablement, tandis que quelques-uns jouissent de tous les luxes.
13 – L’État reconnaîtra la propriété privée comme moyen licite pour l’accomplissement des fins individuelles, familiales et sociales, et il la protégera contre les abus du grand capital financier, des spéculateurs et des prêteurs.
14 – Nous défendons la tendance à la nationalisation des services bancaires et, au moyen des corporations, de celles des grands services publics.
15 – Tous les Espagnols ont droit au travail. Les entités publiques soutiendront nécessairement ceux qui se trouveraient en chômage forcé.
En attendant l’événement de la nouvelle structure totale, nous maintiendrons et intensifierons tous les avantages concédés à l’ouvrier par les lois sociales en vigueur.
16 – Tous les Espagnols non impotents ont le devoir travailler. L’État national-syndicaliste n’accordera aucune considération à ceux qui n’accomplissent aucune fonction et qui aspirent à vivre en parasites de l’effort des autres.
Terre
17 – Il faut coûte que coûte élever le niveau de vie des campagnes, réserve permanente de l’Espagne. Pour cela nous nous promettons à mener à bonne fin, sans tergiversations, la réforme économique et la réforme sociale de l’agriculture.
18 – Nous enrichirons la production agricole (réforme économique) par les moyens suivants :
- En assurant à tous les producteurs de la terre un prix minimum rémunérateur.
- En exigeant qu’il soit restitué à la terre, pour la doter suffisamment, une grande part de ce que la ville absorbe aujourd’hui en paiement de ses services intellectuels et commerciaux.
- En organisant un véritable Crédit agricole national, qui, en prêtant de l’argent aux laboureurs, à base d’intérêt, contre la garantie de ses biens et de ses récoltes, le rachète de l’usure et du caciquisme.
- En développant l’enseignement de l’agriculture et de l’élevage.
- En ordonnant l’utilisation des terres selon leurs conditions et le possible placement des produits.
- En orientant la politique fiscale en un sens protecteur de l’agriculture et de l’élevage.
- En accélérant les travaux d’irrigation.
- En rationalisant les unités de culture pour supprimer aussi bien la latifundia inexploités que les minifundia trop exigus pour donner un bon rendement.
19 – Nous organiserons socialement l’agriculture par les moyens suivants : en distribuant de nouveau la terre cultivable pour instituer la propriété familiale et stimuler énergiquement la syndicalisation des laboureurs.
En rachetant de la misère dans laquelle elles végètent, les masses humaines qui, aujourd’hui, s’exténuent à égratigner des champs stériles et qui seront établies sur les nouvelles terres cultivables.
20 – Nous entreprendrons une campagne infatigable de reconstitution du cheptel et de reboisement, en châtiant sévèrement ceux qui l’entraveraient, et en recourant, s’il le faut, à la mobilisation obligatoire temporaire de toute la jeunesse espagnole pour cette tâche historique de reconstruction de la richesse de la Patrie.
21 – L’État pourra exproprier, sans indemnité, les terres dont la propriété aurait été acquise ou exploitée illégitimement.
22 – L’État national-syndicaliste aura à cœur la reconstruction des patrimoines communaux des villages.
Éducation nationale – Religion
23 – La mission essentielle de l’État, grâce à une discipline rigoureuse de l’éducation, est de forger un esprit national fort et uni, et d’infuser dans l’âme des générations futures la joie et l’orgueil de la Patrie.
Tous les hommes recevront une éducation prémilitaire, qui les préparera à l’honneur de s’incorporer à l’armée nationale et populaire de l’Espagne.
24 – Les études seront organisées de telle sorte qu’aucun talent ne reste en friche, faute de ressources économiques. Tous ceux qui le méritent auront un accès facile aux études même supérieures.
25 – Notre mouvement incorpore le sens catholique, de glorieuse tradition et prédominant en Espagne, à la reconstruction nationale. L’Église et l’État concorderont dans leurs domaines respectifs, sans que soit admise l’intromission ou une activité quelconque portant atteinte à la dignité de l’État ou à l’intégrité nationale.
Révolution nationale
26 – La Phalange espagnole des jeunesses offensives nationales syndicalistes veut un ordre nouveau, tel que l’énoncent les principes précédents. Pour l’implanter, et en lutte avec les résistances de l’ordre en vigueur, elle aspire à la révolution nationale. Son style préférera l’action ardente et combative. La vie est milice, et elle doit être vécue avec un esprit épuré de service et de sacrifice.
27 – Nous nous efforcerons de triompher dans cette lutte avec les seules forces soumises à notre discipline. Nous pactiserons très peu. Uniquement lors de l’assaut final pour la conquête de l’État, le Commandement s’assurera les collaborations nécessaires à condition que soit toujours assurée notre prédominance.
