Aristote…

Tout, ou presque tout, est dans l’œuvre monumentale de ce penseur de génie.

En philosophie, Aristote emprunte à Platon une intuition essentielle : celle que la contemplation de la vérité est, pour l’homme, l’idéal le plus élevé. Mais il fonde ses recherches non sur des idées désincarnées, mais sur l’observation de la réalité qui l’entoure. En associant observation et pensée logique, on peut dire qu’il fonde la science, puisque toutes les sciences créées par notre civilisation occidentale reposent sur ces fondements.

En métaphysique, il pose les bases d’une théologie naturelle qui fera l’admiration des chrétiens du Moyen-Âge. La puissance divine est déjà définie par Aristote comme « Acte pur », seul chose « nécessaire », « pensée de la pensée ». Elle est l’idéal sur lequel se règlent toutes choses, le désirable qui met l’univers en mouvement par sa seule existence. On peut dire aussi que toute la philosophie morale est écrite dans les marges d’Aristote, puisque ses définitions du bonheur et de la vertu inspireront la plupart des penseurs qui chercheront à préciser les rapports entre le désir et les règles morales. Pour Aristote, contrairement aux philosophes inspirés par le protestantisme (Kant), la vertu ne saurait être une lutte contre la passion et le désir. Bien au contraire, pour devenir un « homme de bien », il faut prendre en compte le fait que nous sommes fondamentalement des êtres de désir. Cependant, Aristote a aussi conscience que nous ne savons pas toujours forcément ce qui doit combler au mieux notre désir de bonheur. C’est donc par une éducation fondée sur la connaissance du vrai et la pratique répétée du bien, que nous parviendrons à trouver notre bonheur dans ce qui est bon pour nous et qui correspond au souverain bien. 

En politique enfin, Aristote assouplit et humanise la réflexion platonicienne. Comme Platon, il pense qu’un bon gouvernement ne saurait aller sans vertu et sans éducation des princes. Mais, là encore, Aristote est plus réaliste et moins « dirigiste » que Platon (dont le proto-communisme a souvent choqué les esprits). Si Aristote est le premier à proposer une théorie des différents régimes politiques et une réflexion sur la séparation des pouvoirs, il pense aussi qu’il n’y a pas dans l’absolu de régime qui soit bon en soi et préférable à tout autre. Les circonstances historiques et politiques semblent parfois rendre nécessaire telle forme de gouvernement plutôt que telle autre, mais il faut savoir que tout type de gouvernement peut dégénérer en sa « contrefaçon ». Ainsi la démocratie peut se changer en oligarchie, tyrannie de ce que l’on pourrait appeler, avant l’heure, les « lobbies ». Et la monarchie peut dégénérer en tyrannie quand le monarque n’est pas mû par le souci du bien commun.

Aristote rappelle sans cesse que, du fait qu’il peut être doté de raison, l’homme n’est fait ni pour vivre seul, ni pour s’agréger à un troupeau mené par l’instinct, il n’est « ni une bête, ni un dieu ». Le plus grand privilèges des humains est en effet de pouvoir faire usage de la parole et de l’intelligence pour établir des rapports avec leurs semblables et construire des Cités. L’homme est un « animal politique » et l’individu qui oublie cette vocation ne peut que se rabaisser au rang de la bête.

On ne peut s’empêcher de penser à quelques réflexions à propos de ces théories politiques et morales. La contemplation de la vérité est, pour l’homme, l’idéal le plus élevé ; un bon gouvernement ne saurait aller sans vertu et sans éducation des princes ; le monarque doit être mû par le souci du bien commun… A voir le degré auquel le mensonge a été érigé en règle de fonctionnement par nos élus, et la dégringolade vertigineuse du niveau de la classe politique française avec la présence parmi les députés d’énergumènes mélenchonistes, on mesure combien la France s’est éloignée des principes aristotéliciens.