Nous sommes allés voir le Napoléon de Ridley Scott. C’est un bon film. Joaquin Phoenix incarne très bien le personnage. La réalisation et la restitution décors sont parfaites. La seule chose à regretter est cette manie que l’on voit dans de nombreux films historiques de ternir/griser la colorimétrie de l’image pour faire « ancien » alors que les couleurs des costumes sont au réel tellement vives et belles.
Le film fait en France l’objet de nombreuses critiques négatives excessives injustifiées selon notre point de vue. Il nous semble que ces critiques doivent émaner de trois types de personnes :
Ceux qui prétendent espérer y trouver une biographie fidèle et exhaustive de l’Empereur par Thierry Lenz. Ils se trompent de sujet. L’époque et la richesse des évènements dans la vie du personnage ne peuvent être traitées dans un format de 2h40 (version de lancement en attendant la commercialisation de la version longue), elles nécessiteraient que l’on y consacre une série de 60 heure. De nombreuses batailles ne sont pas évoquées, se contentant de Toulon, le passage en Égypte, Austerlitz et Waterloo. Le génie du stratège ou la mobilité supérieure de son artillerie sur les autres armées, sont peu évoqués pour préférer d’autres aspects, sa vie privée notamment. L’écriture scénaristique et la réalisation sont dans ce film de moins de trois heures, contraintes à diverses évocation toutefois parfaitement suffisantes pour restituer le parcours de Napoléon. Ce sont ces mêmes Français qui viennent pinailler sur l’inexactitude de tel ou tel détail dans le film par rapport à la réalité historique, mais qui par ailleurs se satisfont parfaitement de la façon dont Alexandre Dumas père a traité des Trois Mousquetaires en disant qu’on a « le droit de violer l’histoire, à condition de lui faire de beaux enfants ».
Ensuite, les Français chauvins aigris et jaloux de ce film à grand spectacle dans le jus des grosses productions hollywoodiennes parfaitement rodées à cet exercice, pendant que leur cinéma n’est capable que d’accoucher de merdes ultimes propagandistes du métissage et de la société multiraciale heureuse telles que Cocorico et Les Segpa fond du ski. Il faut supposer qu’ils n’apprécient pas de voir dans le film de Ridley Scott un Napoléon qui n’est pas seulement celui de l’icône glorieuse du « roman national », mais un homme aussi tout simplement humain, avec ses failles et ses faiblesses, pris comme tout le monde dans les tourments de la vie de couple, avec aussi ses jeux amoureux un peu puérils pour solliciter Joséphine dans l’intimité. On imagine fort bien par ailleurs que pour ces gens la vision de l’Empereur dans deux scènes de coït en levrette (du jamais montré selon nos souvenirs) avec une Joséphine qui sait se donner à un homme dont elle a compris qu’il est destiné au pouvoir, écorne l’image d’Épinal et relève du « crime de lèse-majesté ». Le jeune Napoléon a peur en gravissant l’échelle d’assaut de la muraille du fort de Toulon, sabre à la main, c’est humain, mais il le fait. Ces Français chauvins bercés à l’école par la légende dorée de l’Empereur n’ont par ailleurs pas dû apprécier deux aspects qui heurtent l’amour propre national : un Napoléon tel qu’il est vu par les grandes têtes couronnées d’Europe, sans que cette vision sont fausse, c’est-à-dire un petit parvenu qui prétend se hisser à leur hauteur par la mégalomanie du couronnement, qu’il faut corriger et remettre à sa place ; et le chauvinisme britannique s’exprimant certainement à travers le fait que Austerlitz n’est traité qu’à travers l’épisode du lac gelé, tandis que le film donne à voir davantage de la bataille de Waterloo, avec la célèbre formation en carré anglaise neutralisant la cavalerie de Napoléon, mais cette bataille est aussi la dernière de l’épopée napoléonienne, avec sa fin dramatique, il n’est pas anormal de s’y attarder davantage.
Enfin, ceux sur lesquels il y a le moins à dire : les perroquets conformistes, influencés par la majorité du troupeau et qui se doivent de dire comme lui, quoi qu’ils aient vu.
Dernier point dont nous avions par avance la certitude avant de visionner le film : le rôle occulté de la franc-maçonnerie dans la direction de la France, qui est une trame invisible fondamentale sur le plan idéologique pour comprendre l’épopée napoléonienne à travers l’Europe, rôle qui doit toujours être tu, et qui n’est donc pas évoqué, alors que Napoléon est un enfant de la Révolution fruit de l’activisme maçonnique, qu’il est son continuateur et usufruitier, que tous ses maréchaux et généraux sont maçons, ainsi que nombre de ses officiers (la maçonnerie est certes aussi présente bien sûr chez les Anglais), il faut des cadres investis par idéologie, de simples citoyens que l’on motive en leur remettant un hochet* (la Légion d’honneur) sont insuffisants pour tenter d’exporter la Révolution dans les autres monarchies du continent.
Allez voir Napoléon de Ridley Scott, le casting, la réalisation et les scènes d’action sont impeccables, vous passerez un agréable moment.
*Citation attribuée à Napoléon : « C’est avec des hochets que l’on mène les hommes ».

