Les partisans de l’immigration sont de plusieurs types : il y a les employeurs, pour qui l’embauche d’immigrés est économiquement une bonne affaire ; les sociologues et les intellectuels spécialisés dans le dossier de l’immigration pour qui l’immigrationnisme constitue un gagne-pain, un faire-valoir et une raison d’être professionnelle ; il y a ceux qui, pour divers motifs, détestent la civilisation occidentale, au rang desquels on trouve les militants tiers-mondistes de la gauche qui voient dans les immigrés extra-européens les nouveaux « damnés de la terre » qu’évoquait l’internationale et dont les cervelles frelatées de LFI sont médiatiquement les plus visibles en ce moment avec le buzz autour du rapeur islamo Médine. Mais on trouve également des gens influencés par le christianisme, pour qui l’accueil de l’immigré, quels qu’en soient les inconvénients et l’ampleur des efforts à consentir, constitue une obligation morale. L’Evangile contient certes, cela n’est pas niable, plusieurs passages qui recommandent un esprit d’ouverture vis-à-vis de l’étranger : « J’étais un étranger et vous m’avez accueilli… ».
A de nombreuses reprises d’autre part, le Christ préconise le partage des richesses et une attention particulière aux pauvres. « Heureux les pauvres car le royaume des cieux est à eux » … « Les premiers seront les derniers » … « Il est plus difficile à un riche d’entrer dans le royaume des cieux qu’à un chameau de passer par le chas d’une aiguille » …
D’autres passages montrent que l’Evangile est universel et qu’il s’adresse à tous les hommes, égaux devant Dieu.
L’Evangile promeut la paix, la réconciliation et le pardon : « Aimez vos ennemis… ».
Le texte évangélique fait également l’éloge du sacrifice et du martyr… : « Heureux êtes-vous si l’on vous persécute à cause de moi … ».
C’est sur ces passages essentiels de l’Evangile que reposent les choix idéologiques et politiques effectués par de nombreux chrétiens : l’attention spéciale qu’ils portent au tiers-monde ; leur mansuétude à l’égard des assistés et des délinquants ; leur pacifisme ; leur aspiration à l’abolition des frontières.
L’obligation d’accueillir les immigrés leur paraît de même découler directement du texte évangélique. L’immigré en effet est pauvre ; il est étranger et incarne, comme tel, l’universel : il est donc, aux yeux des chrétiens dont nous parlons, doublement prioritaire.
Le mauvais comportement de certains immigrés fraudeurs ou délinquants ne fait pas changer ces chrétiens d’avis. L’étranger se comporte mal, viole les lois de l’hospitalité et mord la main qui l’a nourri ? On doit l’accueillir tout de même parce qu’il faut « aimer ses ennemis ». « Heureux êtes-vous – encore une fois – si l’on vous persécute pour avoir respecté mes commandements… ».
Les chrétiens de Vatican II l’affirment : la lecture de l’Evangile montre que les positions favorables aux étrangers sont les seules conformes à la religion chrétienne ; à l’inverse vouloir arrêter l’immigration et fermer les frontières apparaît pour eux immoral et clairement contraire au message évangélique.
Or, l’Evangile n’est pas et ne peux pas être un programme politique ni un modèle d’organisation de la société. Le Christ indique à ceux qui veulent l’imiter et vivre comme des saints – ces saints qui seront récompensés et placés « à la droite du Père » – comment approcher leur vie au plus près de la sienne. Ce faisant le Christ s’adresse avant tout à ses disciples. S’ils veulent le suivre, ils doivent tout quitter, famille, métier, pays, et se préparer le moment venu à mourir en martyr. C’est à ceux qui sont ses disciples ou qui veulent le devenir que s’adressent les paroles du Christ dans toute leur radicalité.
L’Evangile ne peut être considéré comme un programme de vie complet et détaillé à appliquer tel quel, un projet politique à prendre au pied de la lettre, un modèle impératif d’organisation sociale.
Venons en maintenant au point nodal. La phrase de Matthieu « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » est souvent citée. Elle est en effet centrale pour la compréhension de l’Evangile. Elle fonde la distinction entre l’ordre du temporel et le spirituel : c’est le socle de la laïcité. Elle introduit l’idée que les règles de fonctionnement de la Cité ne sont pas et ne peuvent pas être celles qui gouvernent le Royaume de Dieu.
Il convient de tirer toutes les conséquences de cette distinction. Si l’on concevait l’Evangile comme un programme impératif à respecter au mot près par chacun, comme un programme politique précis et un modèle d’organisation sociale, la vie en société deviendrait tout simplement impossible. Si tout le monde en effet « laisse sa barque » et donne ses richesses aux pauvres pour suivre le Christ, qui travaille ? Qui fonde les familles ? Qui engendre et élève les enfants. Si tous rejettent la propriété individuelle, qui édifie les maisons et les entretient ? Si chacun vit comme Saint-François d’Assise et fait vœu de pauvreté en application stricte de l’Evangile, que devient l’activité économique ?
Appliquons à la question des étrangers le même raisonnement. Si l’on se fait un devoir d’accueillir tous les étrangers sans discernement de provenance et sans limites, et que l’on méprise les frontières, que deviennent les services publics ? Comment les systèmes de sécurité sociale équilibreront-ils leurs finances ? Comment espérer préserver l’environnement dans un contexte d’explosion démographique ?
A ce stade de la dispute, les lecteurs de l’Evangile selon Vatican II opposent alors l’argument suivant : « Une société conforme à l’idéal évangélique, donnant la priorité au partage avec les pauvres et à l’accueil des étrangers, est sans doute difficile à installer aujourd’hui. Mais elle doit constituer un objectif, un idéal. Et nous devons dès à présent prendre les décisions qui nous placent dans cette direction ».
Ces lecteurs idéalistes de l’Evangile se trompent là encore. La question n’est pas d’appliquer ces commandements (priorité aux pauvres, accueil des étrangers…) demain plutôt qu’aujourd’hui. Ce qui est impossible à présent le sera tout autant à l’avenir. L’homme qui vivra dans plusieurs millénaires sera sans doute ce qu’il est aujourd’hui : un homme. Tout autant attaché qu’il l’est aujourd’hui à l’envie de fonder une famille, d’améliorer sa condition et de fermer, le soir venu, la porte de sa maison. La vision de l’Evangile vue comme un modèle d’organisation et comme une utopie sociale est perverse et fausse pas nature : elle le restera dans le futur.
Le chrétien peut aimer son conjoint, aimer et éduquer ses enfants, respecter ses parents et les assister dans leur vieillesse, ne pas nuire sciemment à autrui, par le vol, la tromperie, l’humiliation, respecter ses devoirs sociaux, en travaillant, en ne fraudant pas et en ne vivant pas aux crochets des autres, toutes choses dont sa religion n’a pas le monopole. Il n’est en revanche aucunement demandé d’accueillir chez soi des marginaux au risque de mettre en danger sa famille ; de retirer à ses propres enfants au profit de ceux des autres ; de consacrer son temps au militantisme « humanitaire » en négligeant sa propre famille. Ces comportements ne relèvent pas du bon sens, mais de la pathologie mentale. Découlent du même désordre psychologique la volonté d’accueillir à toutes forces dans son pays des étrangers au détriment de ses compatriotes comme la tendance à la complaisance vis à vis des délinquants et des assistés.
Glissons avant de conclure, cette remarque : la lecture que font de l’Evangile les chrétiens qui se prennent pour des apôtres est souvent hypocrite. Les idéalistes, chrétiens ou non, font en effet le plus souvent les généreux avec l’argent et la tranquillité des autres. Pour ce qui les concerne directement ils s’arrangent fréquemment pour habiter dans des endroits protégés et pour scolariser leurs rejetons dans des établissements préservés. En outre, comme tout un chacun, ils prennent généralement soin de leur compte en banque et ne se dépouillent que rarement au profit des mendiants.
Profitons-en également pour signaler que la vision idéaliste et radicale de l’Evangile est sans conteste l’une des origines du totalitarisme communiste. Oswald Spengler l’a parfaitement exprimé en disant que le christianisme est la grand-mère du bolchevisme. Depuis les Lumières en effet, une nouvelle religion a été installée, la religion communiste, qui fait de l’Egalité un nouveau Dieu. Cette religion de l’égalité est toujours bien vivace, si le communisme officiel a lui perdu de son lustre. C’est d’ailleurs la prégnance des idées communistes qui a conduit l’Eglise à se fourvoyer depuis un demi-siècle.
Pour conclure, les universalistes et les immigrationnistes, qui croient appliquer le message du Christ en accueillant l’Autre et en condamnant les « xénophobes », font de l’Evangile une application profondément dangereuse. En plaidant pour que l’on engloutisse l’argent public dans le puits sans fond du tiers monde, en faisant preuve de faiblesse et de complaisance à l’égard des délinquants, des assistés, des paresseux, des parasites, et surtout en laissant entrer des foules d’immigrés venus de pays qui nous sont profondément étrangers, ils participent à la destruction de notre équilibre économique, de notre culture, de notre identité.
S’ils ne se ressaisissent pas et ne prennent pas conscience à temps de leur erreur, ils seront, comme tous les autres Européens, marginalisés, inquiétés, menacés dans leur propre pays, réduits au statut de dhimmi théorisé et appliqué dans les différents pays où domine l’autre religion messianique qu’est l’islam. Certains de ces chrétiens après tout s’en réjouiront d’ailleurs peut-être, aspirant confusément à mourir en martyr.
Qu’ils réfléchissent tout de même à cette dernière constatation. Il est dès lors probable que la perte de leur souveraineté par les Européens sur leur sol, conséquence inéluctable de l’invasion migratoire si celle-ci se poursuit, se traduira également à terme par la disparition de leur chère religion chrétienne elle-même.

