Poursuivons sur ce que les penseurs des « Lumières » avaient véritablement dans la tête à propos de « l’homme nouveau » qu’ils appelaient de leurs vœux. Nous avons vu avec l’Acte I (Derrière le fard humaniste, des eugénistes pur jus) consacré à ce sujet, que ces penseurs considéraient l’homme Français comme insuffisamment qualitatif, et qu’il fallait « améliorer la race ». Mais pas au point d’en faire un surhomme, non, l’idée étant qu’il demeure aussi le plus aisément gouvernable.
Il faut oser « revoir et corriger l’œuvre de la nature », rectifier l’homme, modifier sa substance, le remodeler, régénérer la race humaine, etc. C’est le propos de Cabanis et de ses semblables penseurs des « Lumières », époque qui s’est fait une spécialité des débuts du dévoiement et de la subversion du vocabulaire, laquelle ne cessera d’avoir cours par la suite sous le régime républicain, jusqu’à nos jours où la pratique est florissante. Revoir et corriger l’œuvre de la nature, laissant au passage entendre que sa source créatrice était incompétente et que l’on va faire mieux, rien que ça ! Pour en faire donc un homme amélioré « affiné », supérieur comme l’idée en est répandue ? Non pas, car si ces idéologues comprenaient parfaitement leur propos, la formulation pour autrui en est volontairement incomplète, imprécise. Il faut bien tromper son monde. Un projet de remodelage pour en réalité faire de l’homme un produit correspondant au nouveau mode de gouvernement alors théorisé, le type d’homme qui sera « parfait » pour cela, un parfait modèle moyen, et non pas un modèle parfait en tant que summum abouti. La nuance est de taille ! Cet idéal du « modèle parfait » n’est donc pas ce que l’on pourrait croire. Le modèle parfait ainsi rêvé, c’est en définitive celui d’un « type moyen » répétons-le, ce qui change tout. Un parfait type moyen, c’est-à-dire porteur de l’intelligibilité et de la gouvernabilité les plus adaptées au confort du gouvernant.
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