Depuis le Bill of Rights anglais de 1689, les droits de l’homme (l’expression apparaît pour la première fois en France en 1762 avec le Contrat social de Rousseau) ont été déclinés en de multiples versions, toutes empreintes d’universalisme et d’égalitarisme hérités de l’Évangile. Universalisme, égalitarisme, mais aussi droit au bonheur. L’article premier de la Déclaration de 1793 dispose que « le but de la société est le bonheur commun ». Au regard de ce que nos tenants du régime, maçons patentés ivres de ces belles déclarations, ont fait de la France et de la situation, il y a loin de la coupe aux lèvres !
La déclaration des droits de l’homme est devenue le « credo » insurpassable de la société laïque. L’individualisme est l’héritier logique du libéralisme. Désormais, l’individu est libéré de toute obligation vis-à-vis du groupe auquel il appartient et n’a que des droits que l’État serait tenu d’assumer. Vénération du dieu « argent », matérialisme nihiliste, esprit de jouissance, déculturation, perte des repères moraux, nivellement de la vie sociale, consumérisme, voici « l’homme nouveau ». Comment ne pas reconnaître dans ce tableau les crapauds pillards d’articles de marque (Nike, etc.) et leurs familles gavées à la Politique de la Ville et aux allocations. Quant aux devoirs à l’égard de l’État et de la communauté, ils considèrent n’en avoir aucun. Si l’homme antique trouvait naturel de défendre sa patrie – ce qui s’est vérifié jusqu’à la Première Guerre mondiale en France – l’individu moderne estime que sa vie vaut plus que la terre et le peuple qui l’ont enfanté. L’État lui a d’ailleurs donné raison en supprimant le service militaire qui, en plus de dispenser une formation militaire à tous les jeunes, avait l’immense mérite de constituer un creuset social inégalable. Cette suppression n’était pas le premier acte de forfaiture commis par Jacques Chirac. On a aussi pris soin de ringardiser la notion de patriotisme, et de diaboliser le passé historique du pays. Quant au nationalisme, il est condamné au prétexte que le national-socialisme en serait né. Le national-socialisme est né de la nécessité de sauver l’Allemagne et de l’extraire du cloaque de Weimar, mais c’est un autre sujet.
L’individu se voit également libéré des chaînes familiales. La cellule unitaire, formée d’un homme et d’une femme unis par le mariage en vue de faire des enfants destinés à assurer la continuité de la communauté, a volé en éclats sous les coups de la révolution morale engagée dans les années 1960 : banalisation du divorce, légalisation de l’avortement, création du Pacs, puis instauration du mariage et de l’adoption chez les invertis. Les familles décomposées et recomposées sont devenues tendance même si elles sont des machines à déraciner leurs progénitures. Et les « droits de l’enfant » ont cédé la place au « droit à l’enfant », au nom de l’égalité et de la liberté. Sans parler de la théorie du genre, ultime manœuvre destinée à semer la confusion dans les esprits.
L’individualisme est aussi néfaste parce qu’il brise la solidarité intergénérationnelle. Jusqu’à naguère, les anciens étaient pris en charge par la communauté et les enfants étaient promesse d’avenir. De nos jours, chacun ne se préoccupe plus que de lui-même : les « vieux » sont des empêcheurs de (bien) vivre ; quant aux enfants, ils n’auront qu’à se débrouiller. L’égoïsme de la génération du baby-boom a été tel que, pour satisfaire son hédonisme, elle n’a pas hésité à endetter ses enfants, et maintenant ses petits-enfants, jusqu’à la fin de leurs jours.
