L’indécence du « Théâtre africain »

Il est bien loin le temps où les dirigeants africains étaient lucides et reconnaissants sur le développement de leurs pays par les apports bienfaiteurs de la colonisation française.

« Nous sommes fils d’un monde nouveau, né de l’esprit et de l’effort français ». La formule est de Ferhat Abbas, l’un des premiers indépendantistes algériens.

Le 15 septembre 1960, à Brazzaville, lors de la fête de l’accession du Congo à l’indépendance, un parachutiste français entreprend d’abaisser le drapeau tricolore. Manifestant à haute voix son désaccord, le président Youlou exige que le drapeau congolais soit monté avec celui de la France : « Il n’est pas question, dit-il, de séparer l’enfant de sa mère ».

Qu’en est-il soixante ans après ces déclarations ?

À l’image d’un activisme communautaire emprunté aux gauchistes américains instrumentalisant l’accusation de racisme systémique (on ne peut plus fausse, chacun voit et sait combien tout ce qui vient d’Afrique est chéri du pouvoir français), le sort de délinquants avérés sert ici de prétexte à des gens – dont les parents et grands-parents n’auraient peut-être même pas existé sans l’apport sanitaire des Français en Afrique – pour prétendre exiger de nous on ne sait quelle repentance, actes de contrition, et faveurs particulières (comme si ce n’était pas déjà le cas par l’ampleur de la discrimination positive imposée au forceps à leur avantage, donc au détriment des autres). À titre personnel, nous n’avons colonisé personne, et eux, les Comité Adama, les Rokhaya Diallo, n’ont connu aucun champ de coton.

Le pays qui sous le gauchiste franc-maçon Jules Ferry voyait dans les colonies une source de débouchés pour les entreprises françaises (en 1958, Algérie comprise, l’Afrique ne totalisera pourtant que 5 % des ventes de la production industrielle française), le pays qui se sentait investi d’une mission mégalomane d’apport des « Lumières » aux bons sauvages de Rousseau et qui a légué à l’Afrique 50.000 kilomètres de routes bitumées, 215.000 kilomètres de pistes carrossables en toutes saisons, 18.000 kilomètres de voies ferrées, 63 ports équipés, 196 aérodromes, 2.000 dispensaires, 600 maternités, 220 hôpitaux, 16.000 écoles primaires et 350 écoles collèges ou lycées, ce pays qui a dépêché sur le continent africain 28.000 maîtres et professeurs (soit le huitième de tout son corps enseignant), ce pays qui pour la seule décennie 1946-1956, a dépensé en infrastructures dans son empire colonial la somme colossale de 1.400 milliards de francs de l’époque (sur l’argent du contribuable, l’investissement privé ayant jugé dès avant 1914 l’entreprise coloniale insuffisamment rentable), ce pays est ainsi remercié d’avoir fait de l’Afrique une « passion française ».

La présence française en Afrique a pu aussi s’accompagner d’injustices sociales. Néanmoins, il est malhonnête et impossible de généraliser. Pour certains fonctionnaires corrompus, combien d’administrateurs exemplaires ? Pour certains colons peu dignes, combien d’entrepreneurs modèles ? Pour certains techniciens médiocres, combien d’ingénieurs remarquables ? Des dizaines de milliers de Français, hommes ou femmes, auront tout donné à l’Afrique. Les adolescents maghrébins ou africains vivant en France qui s’estiment aujourd’hui ethniquement victimes de la société feraient bien d’apprendre l’histoire de l’immigration en France. Ils y trouveraient la preuve que la République a été plus contraignante (et il n’y avait là rien d’anormal) envers les immigrés de pays européens aux valeurs compatibles avec celles des Français et dont on vante rétrospectivement les facultés d’assimilation, qu’elle ne l’est envers eux.