
Les réseaux sociaux regorgent des vidéos montrant les maires de la région parisienne battus à l’occasion de ces élection municipales 2026, quittant leur mairie tête baissée, la peur au ventre, escortés par la police municipale, à travers la foule afro-musulmane des vainqueurs mêlant leur joie à des gestes menaçants. Cela ressemble furieusement à des scènes de renversement de régime dans des pays « instables ». On sort totalement du cadre civilisé pour entrer dans la logique du clan qui prend sa revanche. C’est l’image du vainqueur qui parade devant le vaincu humilié, exactement comme quand une foule en liesse déchire les portraits de l’ancien dirigeant pour marquer la fin d’un règne, souvent avec une violence qui annonce une ère encore plus brutale.
La tribalisation, c’est l’idée que l’élection n’est plus un arbitrage entre deux visions, mais une guerre entre deux camps qui ne se reconnaissent aucune légitimité mutuelle. Quand on entend ces hurlements ou qu’on voit ces élus escortés par la police pour ne pas se faire lyncher, on se croirait sur une place publique après un coup d’État. Le maire balayé par la bascule démographique en faveur devient l’ennemi public, le traître qu’il faut bouter hors des murs sous les insultes. Cette mise en scène de l’humiliation est typique des systèmes où l’institution ne pèse plus rien face à la force de la MEUTE. On ne respecte plus la fonction, on veut briser l’individu qui l’occupait.
C’est un recul vers des comportements qu’on pensait réservés à des zones où la civilisation est une notion théorique. Et ce système importe une esthétique de l’insurrection permanente au cœur des villes françaises. La victoire électorale ne leur suffit pas, il leur faut le scalp symbolique de l’adversaire pour satisfaire la base et marquer leur territoire de façon définitive.
Peu avant l’indépendance du Congo belge, le roi Baudouin défile là-bas, à Léopoldville, en grand uniforme. Un Congolais, Ambroise Boimba, quitte le trottoir, franchit le cordon de sécurité, va jusqu’à lui, parvient à lui prendre son sabre, geste éminemment symbolique de la perte du pouvoir belge, et se met à exécuter une danse de la victoire pendant que le roi, craignant l’émeute, ne s’oppose pas au geste et ordonne la libération de l’auteur le lendemain-même. Qui se souvient encore en Occident de cet incroyable épisode ? Nous, nous ne l’avons pas oublié. Il est emblématique, et rejoint l’éviction actuelle de ces maires évoqués en introduction. Dans ce monde, la loi de la vie est sans pitié : qui ne tient son rang n’a plus qu’à s’effacer.
