Diffamer pour contraindre

Dans ce monde où la presse a perdu toute indépendance du fait qu’elle est sous perfusion des ressources publicitaires et dans certains pays de la subvention publique dont l’arrose le pouvoir (et qui paie ordonne !), de nouveaux militants numériques et anonymes, les « sleeping giants », s’activent pour monter des réputations « sulfureuses » à certaines publications et dissuader les annonceurs de s’y afficher. L’apparition en 2016 de ces militants gauchistes qui comme chacun sait, selon leur conception de la démocratie, ne supportent pas l’existence d’une pensée différente de la leur, est la conséquence de la première élection de Donald Trump, avec cette idée que si cette victoire a été rendue possible, c’est parce que des médias ont tenu un discours qui culturellement, médiatiquement, intellectuellement la rendait possible. En conséquence, pour en finir avec la possibilité d’une élection, où que ce soit, qui échapperait aux porteurs du mondialisme, il faut donc créer un environnement médiatique purgé de ces médias divergents.

Les « bons médias » sont ceux qui font la promotion de « l’ouverture », de la diversité, de la tolérance, autrement dit de l’idéologie multiculturaliste, néo-féministe, wokiste, théorie-du-genriste, ce sont ceux qui portent cette vision, qui luttent contre ceux qui s’y opposeraient. Et il y a les mauvais médias, qui ne reprennent pas ce programme officiel, qui ne reprennent pas ce catéchisme, et qui sont accusés pour cela de tenir des discours « haineux ». Or, qu’est-ce qu’un discours haineux dans l’esprit de ces belles âmes gauchistes ? c’est celui qui s’oppose aux revendications des « minorités » ou de ceux qui prétendent parler en leur nom. Le mot haineux a donc été détourné de son sens habituel et académique (une aversion à l’endroit de quelqu’un, d’une idée). Il désigne désormais un type de discours qui doit être proscrit parce qu’il n’est pas compatible avec leur conception de la société multiraciale. 

Que faire dès lors avec ces médias qui refusent de chanter les louanges du Système ? Il faut les interdire. Et si l’on ne parvient à pas à cette interdiction, on doit être capable de les assécher financièrement. À minima il faut tout faire pour que leur parole ne puisse plus parvenir à la population, parce que les « progressistes » ont toujours une grande peur, ces démiurges savent dans leur for intérieur que leur discours n’est pas accepté par tout le monde. Ils doivent donc verrouiller l’espace public, éviter qu’une seule voix n’arrive, car si une seule voix arrivait et se faisait entendre, cela pourrait réveiller ce qu’ils appellent des préjugés et des stéréotypes, ce qui viendrait dérégler le diktat qu’ils imposent (encore, mais de moins en moins) au débat public. Il s’agit donc de rendre infréquentables certains titres ou même certaines figures publiques. Alexis de Tocqueville dans De la démocratie en Amérique écrivait : « Le maître ne dit plus vous penserez comme moi ou vous mourrez, vous êtes libre de ne point penser ainsi que moi ; votre vie, vos biens, tout vous reste ; mais de ce jour vous êtes un étranger parmi nous. Vous garderez vos privilèges à la cité, mais ils vous deviendront inutiles ; car si vous briguez le choix de vos concitoyens, ils ne vous l’accorderont point, et si vous ne demandez que leur estime, ils feindront encore de vous la refuser. Vous resterez parmi les hommes, mais vous perdrez vos droits à l’humanité. Quand vous vous approcherez de vos semblables, ils vous fuiront comme un être impur ; et ceux qui croient à votre innocence, ceux-là mêmes vous abandonneront, car on les fuirait à leur tour. Allez en paix, je vous laisse la vie, mais je vous la laisse pire que la mort. » Nous y sommes. 

Comment fonctionne cet activisme ? Les « sleeping giants » et autres activistes numériques de cette gauche auto-érigée en référence morale mènent des campagnes de diffamation contre certains médias, ils les accusent de tous les grands classiques, de racisme, de sexisme, d’être d’extrême-droite, et de tous les qualificatifs en « phobe ». Un fois ces réputations établies, ils se tournent vers les annonceurs publicitaires qu’ils interpellent publiquement (selon la méthode dite du name and shame) en leur demandant s’ils veulent sérieusement s’associer à tel média faisant la « promotion de propos haineux », la promotion d’un « discours inacceptable ». S’associer à ces médias argumentent-ils, c’est se rendre soi-même coupable des idées qu’on leur reproche de tenir, et dès lors c’est mériter une campagne de dénonciation. La chose porte un nom, c’est du terrorisme idéologique. Il s’agit de rendre « nauséabonds », infréquentables certains médias en faisant en sorte que les annonceurs s’en détournent par crainte d’être vus par l’opinion (cette masse d’idiots) comme s’associant à leurs idées. On sait que globalement le monde de l’entreprise est un monde assez frileux, la peur de porter la moindre controverse, même infondée en réalité, convainc de se détourner du dit média, de ne plus le financer, et les régies publicitaires relaient cet interdit. Il s’agit donc dans l’esprit de ces terroristes d’une logique d’épuration prétendument civique, de « nettoyage éthique » de l’espace, de condamnation à la mort sociale, à l’invisibilité des médias qui ne se soumettent pas à l’idéologie dominante imposée par la pensée « progressiste ». Et ces gens n’ont que « démocratie » à la bouche ! Leur credo est bien connu, ils ne conçoivent la liberté d’expression qu’à la condition de dire la même chose qu’eux. Ces « gardiens du dogme » diront que la liberté d’expression ne consiste pas à tenir des propos établis comme relevant de ce qu’ils ont édicté être un délit. Or, l’empire du « délit » ne cesse de s’étendre.

La grande perversion de ces activistes, c’est qu’ils nous disent exercer leur liberté d’expression en traitant autrui de raciste, de sexiste, de xénophobe afin de le diaboliser, de le criminaliser, et que parce que c’est fait par eux, cela est normal. Dans la société médiatique telle qu’on la connaît, la souveraineté appartient à celui qui est capable de créer le scandale. Celui qui est capable de dire « ceci est un scandale, et vous devez tous être scandalisés en même temps, et si vous n’êtes pas scandalisés au moment où il le faut, par votre petit tweet, par votre communiqué, si vous n’êtes pas scandalisés alors que nous disons que c’est scandaleux, nous savons dès lors que vous êtes complices de la bête immonde, de l’idéologie interdite, de la réaction, et vous serez la prochaine cible de notre action ».

Tout ce contexte révèle et justifie la nécessité d’une pensée de la dissidence contre ceux qui veulent à tout prix faire taire ceux qui ne pensent pas comme eux.